La patiente a laquelle j’ai annoncé cet après midi avoir trouvé un cancer dans son colon, a été
particulièrement cynique.
Je ne tiens pas à la vie m’a-t-elle dit. Je ne fais que m’occuper des autres, et personne ne s’occupe jamais de moi.
Avec mon mari (qui était juste à côté d’elle et auquel elle n’a pas lancé un regard), nous n’avons rien à nous dire, nous cohabitons. Ma fille ne s’intéresse pas à moi, mes petits enfants ont 14
et 11 ans, leur grand-mère n'aura plus d'importance pour eux.
La vie n’a donc aucun intérêt pour moi, m’a répété cette patiente à de nombreuses reprises
Et pourtant, en poursuivant la conversation, la dame m’a parlé de son implication auprès de sa sœur handicapée, de
son implication dans je ne sais plus quelle association. Elle a évoqué sa vie, mais chaque fois en indiquant qu’elle n’y prenait aucun plaisir, aucune joie, et que la vie ne présentait aucun
intérêt pour elle.
Et pourtant, elle a posé des questions sur le traitement, la chirurgie, et ne s’y est à aucun moment
opposée.
Elle m’a seulement posé un moment la question suivante : que se passerait t’il si je ne faisais rien du
tout ?
Et durant tout cette discussion, son mari pleurait silencieusement. Je le connais bien , car je le soigne depuis
plusieurs années. C’est un homme de 70 ans, magnifique, belle prestance, le visage auréolé de cheveux blancs. Sa femme ne s’est pasune seule fois tournée vers lui, et lui non plus n’a pas osé le moindre geste en sa direction
Le cynisme de cette femme était glaçant.
Pour l’interlocuteur médecin, cette situation est heureusement rare. Malgré les formations reçues et données ces
dernières années sur la communication, il m’a été difficile, à certains moments de refouler totalement mon émotion.
Suite à un passage aux urgences la nuit, pas de caisse, donc pas d’utilisation de
carte vitale
Reçu une facture contenant ça :
Ou l’on apprend que l’assuré social normal, celui qui bénéficie normalement de la
sécu et éventuellement d’une mutuelle, est en fait bénéficiaire d’une couverture sociale partielle.
Ou l’on apprend aussi, qu’au cas malheureux ou vous viendrait l’idée saugrenue de
régler l’intégralité du montant de la consultation, vous ne pourriez prétendre à aucun
remboursement de la part de la sécu.
Quelle est l’absurde raison conduisant la sécu à refuser de
rembourser un assuré au seul motif qu’il a réglé l’intégralité d’une consultation ?
Le logiciel de prescription médicamenteuse imposé par la direction du groupe ou j'exerce, n'a jamais été foutu jusqu'à présent, de permettre la moindre prescription hospitalière digne de ce nom.
Installé en premier temps dans un service médical, on s'est vite rendu à l'évidence que la volonté d'exhaustivité de l'éditeur avait transformé la prescription la plus simple en véritable
parcours de combattant. Il fallait cliquer dans toutes les directions, abattre des tonnes de cases, en haut, en bas, a droite et puis à gauche, puis se souvenir des codes rouges, verts et blancs
d'authentification; Rédiger une simple ordonnance de 2 lignes de médicaments simples nécessitait une demi heure d'efforts. Et mieux vallait ne pas tenter une prescription conditionnelle du genre
"en cas de douleur" et encore moins une prescription alternée de style "un jour sur 2". Dans tous les cas de figure le médecin sortait défiguré par l'énervement , la prescription obtenue de haute
lutte était bancale le plus souvent. Dans tous les cas, après quelques efforts louables, mais restant infructueux, l'ensemble des praticiens amenés à utiliser le logiciel avait déclaré un
forfait obstiné et sans retour
Comble d'innoncence de la part de l'éditeur, des oublis assez stupéfiants. Pas de prescription de perfusions... mais oui ! ce genre de prescription étant apparu comme ... accessoire dans un
premier temps ... aux conseilleurs qui n'étaient pas, et c'est bien évident, les utilisateurs
Le logiciel tomba vite dans l'oubli, seul le magnifique matériel informatique installé pour en apprécier la puissance, fit au moins le bonheur des praticiens qui continuèrent dans leurs vieilles
habitudes antérieures, a savoir le stylo et le papier. La mauvaise conscience de leur mauvaise volonté étant tout de même soigneusement entretenue par une direction informatique, incapable de se
poser des questions sur elle-même, et bien aise de pouvoir se défausser de ses erreurs sur le corps médical.
Evidemment on considéra aussi le groupe de projet de l'établissement comme une bande de fainéants,
incapables de conduire les médecins sur la voie des décisions de saint général de service informatique.
Suivit donc un temps de latence, les prescriptions informatiques étaient arrêtées mais les chefs de projets de la direction informatique eux, se succédaient. Dès lors qu'ils qu'ils comprenaient les
difficultés rencontrées sur le terrain de la prescription médicale, et qu'ils admettaient que le logiciel n'était pas utilisable en l'état de prématurité actuel, ils étaient dégommés...
Si bien qu'ils ont fini par mettre enfin la main sur la perle du chef de projet informatique. Celui qui a manifestement en tête que notre cerveau est capable de s'abstraire de toutes les
difficultés et aléas rencontrés. Celui qui estime que sa simple venue efface d'un coup toute l'aventure qui l'a précédé, et que cela doit sans aucun conteste nous faire repartir d'un pied joyeux et
enthousiaste. A t'il subi un lavage de cerveau ou ce tempérament est il sa nature ?
Enfin, pour ne pas se mettre définitivement à dos la direction informatique, et aussi parce que l'informatisation est obligatoire à terme, on a fait des efforts, fouillé dans les tréfonds de notre
âme pour retrouver une motivation perdue. On a décidé de faire simple et d'installer cette fois le logiciel dans un service où peu de médicaments, toujours les mêmes, étaient prescrits. On a repris
les réunions, les plans de formation, d'action, les décisions de date que l'on sait d'avance ne pas pouvoir tenir. On a pris 6 mois de retard, bien sur, sans être sur de rien encore...
Mais finalement nous voila au pied du mur de l'amélioration...
Hier, connection sur le serveur et mise à jour , pour nous offrir enfin la fameuse nouvelle version , censée nous apporter tout ce que nous en attendons (mais que l'on n'a pas pu nous faire
essayer jusqu'à maintenant ...)
Que pensez vous qu'il se passa. Bien sur cela ne marchât pas. Et notre ami, cadre admirablement calibré d'envoyer mail sur mail incendiant notre informaticien, pour finir par s'apercevoir que le
dysfonctionnement venait de son côté.
Comment concilier la vision de ces gens, avec celle d'un corps médical au contact permanent d'une réalité faite des patients, de leurs vies, de leurs demande de réponse immédiate ...
L'inefficacité réglée de la direction informatique d'un grand groupe d'établissements français est assez
affligeante.
Après un début de mois pépère, (normal en gastro, les vacances calment les maux de ventre), voici venue ce jour une consultation bien remuante
Mme C à qui j’ai découvert un cancer du colon en endoscopie la semaine passée. Il s’agit d’une coloscopie motivée par la réalisation d’un test de dépistage par
hemoccult , recherchant un micro saignement dans les selles.
Heureusement pour la patiente, le bilan ne montre pas de ganglions, pas de métastases.
Consultation d’annonce
Direction le chirurgien
Mme A.
Le genre de malade impossible. Folle, pleureuse, l’anxieuse qui déballe tout sur le
bureau, et en plus vraiment malade, car elle a une hépatite auto-immune.
On en est a la 4ème consult depuis mai. Elle ne veut pas faire les examens, notamment
en juin puis en juillet elle m’a pris le chou parce qu’elle refusait de réaliser l’indispensable biopsie hépatique préalable au traitement.
Elle m’avait tant pris la tête au cours de la dernière consult.. j’ai du lui intimer l’ordre de stopper ses chuintements, tant elle me bloquait le cerveau avec ses récriminations.
Impossible de réfléchir sereinement dans de telles conditions sur son histoire négligée et compliquée.
Elle s’est enfin décidée à la faire la biopsie. En plein mois d’Aout. Sauf que cela n’a
pas fonctionné comme imaginé. En fait, au scanner , il y avait une masse, et le radiologue a prélevé dans la masse. Et il a oublié de me le
dire. Et le labo a oublié de m’avertir du résultat.
C’est donc juste au moment d’appeler la patiente dans la salle d’attente que je
découvre le résultat.
J’attendais d’y lire le stade évolutif de l’hépatite.
Or, sur le compte rendu, il est noté : adénocarcinome…. Cancer, quoi …
Outre le choc que j’ai reçu, moi, en lisant cela…
Je vous laisse imaginer la suite de la consultation..
, mais un tel choc est il imaginable, même si comme madame A on le redoute, voire on
attend depuis toujours la maladie grave…
Maintenant madame B, bien connue, mal au ventreuse chronique, qui jargonne 3 mots francolgériens pour redire une fois encore qu’elle a mal au ventre. Comme je ne
comprends rien aux explications, elle fait rentrer son fils. Ah c’est vrai, j’avais oublié, il est simplet. Il comprend le français lui, mais pas les questions !
Mme Br, encore une patiente que je connais de longue date. Bien sur, nous les spécialistes, nous ne voyons les patients qu’assez épisodiquement, même si cela s’étale
sur des années. En l’examinant, je plaisante. Alors, la vie, ça va, racontez moi un peu ! …
Ma fille s’est suicidée le
25 décembre dernier…
Aïe, mais c’est affreux
ça, Mme Br..
Oui me dit Mme Br, parce
que mon fils, il s’était suicidé aussi il y a quelques années.
Après ça, t’es calmée,
t’oses plus poser de question
Finalement, arrive enfin la dernière patiente de cette consultation bien chargée.
J’ai saigné il y a 3 semaines et il y a 3 jours, dans les selles, m’indique t’elle.
A l’examen : il y a plein de sang, du sang pur dans les matières. Il y en a qui
consultent au moindre gargouillement, mais d’autres ont la vigilance en berne, et l’anxiété sous le zéro… Mme Y a bien un saignement actif ; Une urgence, en pratique.
La coloscopie à réaliser en urgence demain, la prise de sang, je ne sais même pas si elle a une anémie, la
consultation en urgence avec l’anesthésiste, toutes les explications sur cette soudaine précipitation que la malade bien sur, ne comprend
pas …
Enfin, bref, une journée active de la vie ordinaire d’un spécialiste libéral
Ceux que les hospitaliers appellent parfois d’un ton méprisant : les médecins de ville…
Voila 2 fois en moins d’un mois qu’un commerçant me propose de ne pas encaisser mon chèque tout de suite, ou de faire plusieurs
versements.
Aujourd’hui, alors que j’achetais un téléphone portable.. (ça y est, me voici devenue Iphoniste comme tous les petits camarades, des
découvertes en perspective, d’ailleurs)
Et la fois précédente, c’était en juillet, lors de l’achat des lunettes.
Cette proposition me surprend, non pas par son caractère spontané et sa gentillesse, mais surtout par son côté inhabituel. Depuis que
je suis consommatrice, on ne m’avait jamais offert de telles possibilités, sans que je ne sois demandeuse en plus.
Cela traduit donc quelque chose de nouveau, mais de quel ordre ?
Il me semble donc ne pas avoir du tout l’air de faire partie d’une catégorie visiblement en difficulté sociale et
financière.
Alors pour quelle raison me propose t’on d’étaler ma dépense, alors que jamais, avant, personne n’avait eu ce genre d’attention quand
à ma solvabilité pour des achats ?
courrier des lecteurs