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5 avril 2015 7 05 /04 /avril /2015 22:47

 

 

La société est à la plainte, aux angoisses, au pessimisme. Recevoir les plaintes est inhérent à la profession de médecin, le corps médical reste le rare réceptacle facilement accessible de nombre de misères humaines. 

Soucis de santé, difficultés sociales, doléances de toute sorte,  le besoin des gens à se raconter est inassouvi. L’énoncé de ses ennuis personnels à un étranger attentif est une sorte de consolation dans un monde ou les gens ne s’écoutent plus.

Les médecins utilisent leur empathie pour venir en aide aux misères des autres. Et pourtant, on entend souvent dire que les médecins trop peu empathiques.

En premier lieu, ne serait-ce envers eux-mêmes que les médecins manquent d’empathie ? S’occuperaient t’ils beaucoup des autres, et peu d’eux-mêmes ? J’ai plutôt cette impression, (peut-être que je me trompe), de voir nombre de médecins silencieux sur eux-mêmes, sachant mal exprimer leurs émotions, intériorisant leurs expériences, leurs difficultés, et leurs douleurs. Ne serait-ce pas qu’à force de rencontrer tant de personnalités, d’origines sociales et culturelles si variées, tant de maladies, de souffrance, les médecins apprennent à lisser leurs émotions et à canaliser leurs sentiments.

Il y a tant de problèmes à résoudre en seulement quelques minutes de minutes de consultation, tant d’instants passés à rassurer avant ou après une intervention, que l’empathie fait peu à peu place à une communication répétitive, une sorte de façade lissée, une communication adaptable au plus grand nombre de patients. Une sorte de lissage de communication se créé ainsi au fil de l'expérience. En même temps, c'est aussi une force, car les patients sont ainsi assurés de rencontrer des gens qui savent s'adapter instantanément à chacun d'eux.

Des difficultés surviennent dès lors que les médecins espèrent à leur tour être écoutés, et entendus. Actuellement, La société n’écoute pas les doléances des médecins, voire semble leur dénier le droit de se plaindre. C'est comme si l'on considérait que le simple fait de bien gagner sa vie avec son métier retire aux intéressés toute légitimité pour se plaindre de quoi que ce soit. C’est vrai, on gagne bien notre vie… mais l’argent n’est pas le seul moteur de la profession médicale, loin s’en faut, et heureusement. L’argent est aussi le corollaire de beaucoup plus de travail que la moyenne. Sachant d’ailleurs qu’à l’heure actuelle, pour maintenir son niveau de revenu, un médecin libéral doit obligatoirement travailler de plus en plus.

Autrefois, en échange d’une présence quasi continue, et des compétences à être réceptacle de la misère physique et psychique, les médecins recevaient un bonus d’estime des patients, et un regard positif de la société. Rien que cette vision était en soi une vraie rémunération.

Désormais, la société est devenue égoïste. A l’heure du chacun pour soi, et du malheur pour tous, qui reconnait que l’investissement des médecins va bien au delà du tarif d’une consultation ?

Les médecins n’encaissent pas que l’argent des patients. Ils encaissent toute la journée les émotions des autres : douleurs, peines, inquiétudes, frustrations, exigences, demandes émotionnelles, irrespect.

A force de taire leurs sentiments et leurs ressentis, les médecins ne dérogent pas à la règle humaine... Ça bouillonne à l’intérieur. Car, c’est émotionnellement fatiguant de mettre le meilleur de soi au service des autres, émotionnellement déprimant de garder peu d’énergie pour soi-même et émotionnellement frustrant de ne pas avoir la reconnaissance que l’on espère.

Le corps médical trouve peu de résonnance empathique auprès de la société et n’arrive plus depuis des années à faire valoir son point de vue. Les exigences des patients, la judiciarisation de la médecine, les obligations contractuelles, les obligations administratives, l’histoire des déserts médicaux, les contraintes définies par chaque nouvelle loi de santé : Etre fort en apparence ne peut pas dire que vous supportez d’être malmené, ni que vous saurez tout supporter.

A force de ne pas savoir formuler des attentes, de s’oublier émotionnellement, nombre de praticiens sont sur la défensive, et un grand nombre est désinvesti. Ils trompent leur désenchantement par une écoute banalisée, afin de tenir le coup dans leur hyperactivité professionnelle. Certains, mais pas tous, réussissent à garder suffisamment de temps pour leur vie personnelle

Les médecins sont fatigués, physiquement, et psychiquement. Beaucoup d’entre eux cultivent la critique désabusée. Peu ont la force de se mobiliser pour dire et redire que les décisions prises actuellement à l’encontre des médecins signent la mort de la médecine libérale française telle qu’elle fut dans sa gloire, et que bientôt, les patients découvriront qu’un médecin salarié, c’est 35 h par semaine, pas de déplacement, et pas d’appels de nuit. Qui croit les médecins quand ils assurent que ce sont bien les patients qui seront les premiers à pâtir des décisions ineptes prises par des gouvernants dogmatiques. Des décisions dictées par le monde de la finance et celui des mutuelles, nuisibles pour le corps médical, mais bien plus encore pour le fonctionnement de la médecine française.

Aux frustrations des médecins, feront bientôt écho celles des patients. Un jour viendra ou l’on ne pourra plus dire que tout cela est de la faute des médecins libéraux, car il n’y aura plus de médecins « libéraux » dans le vrai sens du mot, seulement des médecins fonctionnarisés, et résignés à ne plus investir sans retour sur investissement leur énergie aux services des autres.

 

 

Faire le test d'empathie de Baron-Cohen http://www.cygnification.com/test-d-empathie/

Empathie pour qui, pourquoi ?
publié par: Marion Lgn
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commentaires

Entre2Chaises 06/04/2015 13:44

Je suis tout à fait d'accord avec la plupart de l'article excepté celle sur le salariat.
On peut imaginer des médecins avec des contrats "cadres" au forfait journalier = pas aux 35h avec des astreintes et des gardes. C'est d'ailleurs un peu le cas des médecins hospitaliers non?

M.L. 06/04/2015 23:37

oui, mais ils récupèrent leurs heures d'astreinte et de garde, et donc dans ce cas, ils ne sont pas disponibles la journée suivante.

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