Vendredi 18 janvier 2008
Cet après midi, j'ai retiré un gros polype  (environ 2 cm de diamètre) au niveau de la tête du polype.
On m'a appelé à 20 heures pour me dire que la patiente avait fait un malaise et saigné. Pourtant tout s'est bien passé, il n'y a eu aucun saignement au moment de l'éxérèse et j'ai même photographié le site d'exérèse qui était bien coagulé.

Il s'agit d'une patiente jeune, de 49 ans, qui a eu un cancer du colon à 44 ans.  Ce qui est rare.  Il s'agit très probablement d'une pathologie génétique favorisant le risque de polypes et de cancer du colon à un âge jeune.


La polypectomie s'est bien passée. On passe une anse en métal autour de la base du polype, puis un courant de coagulation et de section fait la coupe. L'appareil règle lui même l'intensité du courant . Il n'y a pas  10 ans, il fallait faire la balance avec les 2 pédales entre le courant de section et celui de coagulation. SI on sectionnait trop fort, ca coupait sans coaguler, et si on coagulait trop for, ca coagulait en profondeur, et risquait une perforation

Bon, la pendant que j'écris, la clinique vient de me rappeler... ça saigne+++ je sens que je suis bonne pour y retourner en pleine nuit, avec mon camarade de garde, pour aller poser un clip afin de stopper l'hémorragie.
par ML publié dans : cris
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Mardi 13 novembre 2007
Une patiente, cet après midi, ayant eu en 2006 un cancer de l'ovaire , traitée par chirurgie (2 opérations) et chimiothérapie

Vous savez quel est mon plus mauvais souvenir, docteur, en dehors des 2 dernières cures de chimio ?

C'est la sécu ...

ALors que l'on est malade, fatigué, usé par les traitements, ces gens la perdent les papiers que vous envoyez, vous obligent à les refaire, à venir les déposer vous mêmes, puis après vous refusent les réglements au motif que les documents sont transmis trop tardivement.

Cela le donne des situations ubuesques, ou une "patiente" épuisée par les traitements, se déplace pour un rendez vous à la sécu, afin d'arriver à résoudre ces blocages administratifs, puis s'impatiente d'avoir attendu, et se fait remettre à sa place, parce qu'elle est .... trop agressive !

La sécurité sociale n'a donc vocation qu'à rembourser des biens portants de bonne humeur !
par ML publié dans : cris
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Mardi 30 octobre 2007
Le mardi,  souvent ma consultation est chargée + les urgences.

Mais pendant les vacances scolaires, ça devient carrément la dose

17 patients vus dans l'après midi, mais encore c'est gérable quand il s'agit de patients "faciles"

Seulement, cet après midi j'ai eu 2  patients hyper-lourds à manager , en plus de voir les autres patients.

Pour l'une qui vient d'avoir dans la semaine un diagnostic de cancer de l'estomac (elle n'est pas au courant encore), il a fallu trouver d'urgence une place en hospitalisation, car elle ne peut plus rien manger, vomit tout. Et est recommandé par mon ancien patron de l'hopital, maintenant retraité, qui m'a appelée une bonne dizaine de fois dans la journée. Il a fallu récupérer les résultats des prélèvements, supplier les collègues de trouver une place , et finalement elle est partie dans une autre structure, à la demande du patron qui est intervenu directement.  Non sans que je doive appeler la patiente pour lui expliquer qu'on l'attendait dans un hôpital à l'autre bout de la ville, et  pris en considération le problème de ses animaux à gérer.

L'autre patiente a aussi un cancer, du pancréas, et venait de  devenir jaune. Contact avec le radiologue pour écho en urgence,  confirmation du blocage des voies biliaires. Pas de lit, toujours pas, comme pour l'autre patiente, dans toute la clinique. L'oncologue qui la suit n'est pas la.  Il faut poser d'urgence une prothèse sous 48 heures, mais le radiologue se trouve dans un  autre établissement et quand j'ai eu enfin récupéré le résultat des examens,  cela ne répondait bien sur  ... plus.

En plus je pars pour une semaine, et je prends l'avion demain matin. Mon associé ne revient que Lundi.

J'ai donc lachement mis la patiente au traitement antibiotique pour ne pas qu'elle infecte ses voies biliaires, et "refilé le bébé" à l'oncologue qui la suit et qui sera la demain. Ce qui se nomme en terme politiquement correct... la continuité des soins.... Mais la patiente et son mari peuvent parfaitement comprendre que je ne suis pas toujours la pour tout gérer.

Enfin, ce matin, j'ai vu enfin un médecin qui aurait une vraie envie de venir s'associer avec moi. Mais pas avant 3 mois, et j'ai vraiment hâte de voir quelqu'un me soulager de tant de boulot.

Une semaine de "repos" bien méritée, m'attend. Plus de 60 heures de travail par semaine depuis la rentrée, ça use un peu les neurones. Les miens sont carrément en capilotade absolue, je n'imprime plus rien. 
par ML publié dans : cris
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Dimanche 28 octobre 2007
Partage d'un moment d'intimité au petit déjeuner avec un collègue , pendant le congrès

Collègue avec qui je travaille, sur plusieurs projets,  que je vois donc  très régulièrement, puisque nous avons des travaux communs.

Collègue que je  connais depuis  11 ans

Collègue, et par ailleurs de sexe masculin, dont je suis très proche, mais pas vraiment amie... une vraie attirance pourtant

Cela fait un moment que j'ai décrypté mon attirance  pour cet homme. Ce n'est pas son charme intrinsèque, non, il a 60 ans et pas une beauté particulière. De l'allure certes,  une infatiguable énergie certes, mais vraiment pas de quoi tomber à la renverse. Ce qui m'attire chez cet homme, c'est que c'est un blessé de la vie, et surtout un handicapé de l'émotion. Le genre de personne qui m'a toujours irrésistiblement prise dans ses filets, à commencer par mon mari , chez qui je reconnais maintenant cette même problématique. Le genre de personne que j'attire, que je veux retenir, et qui s'enfuit sans cesse.  Ces gens là sont en quelque sorte mon miroir, celui ou je me reconnais, moi qui suis aussi une blessée de l'enfance, lestée d'innombrables non-dits et émotions tues et enfouies. Au moins, ai-je maintenant la capacité de reconnaitre mon propre handicap.

Cet homme la m'a raconté une partie de son histoire. Pas tout, bien sur, mais la blessure qu'il promène encore à 60 ans, remonte à son enfance. Sa vie avec sa blessure, c'est de courir, de tenter de fuir, pour ne pas s'y confronter. Et ne pas se confronter à sa propre blessure, c'est aussi ne pas accepter les blessures des autres.

Il est médecin. Hyper-calé, Hyper-compétent dans son domaine de spécificité, reconnu, adulé parfois même, toujours sollicité, toujours incapable de faire des choix d'ailleurs, et toujours débordé.

Cet homme qui ne sait pas dire non pour lui même, manie pourtant avec une dextérité blessante la négation.

Il a été le premier auquel j'ai annoncé la nouvelle de la découverte du cancer. Il n'a pas pris au sérieux, ni la douleur, ni le parcours thérapeutique. Il a considéré qu'il valait mieux faire comme si rien ne se passait , ni dans ma tête, ni dans mon corps. Enfin, il ne m'est ni proche ni obligé, sauf par la proximité du travail et je ne peux donc en aucune manière lui tenir rigueur de cela.

Hier au congrès, petit déj en 10 minutes, tous deux à une table. Nous sommes fatigués tous 2 et on s'en plaint ensemble. J'y ajoute la difficulté que je ressens actuellement à aller faire le bilan à 5 ans du cancer qui m'a atteint.  C'est une angoisse diffuse, que je ne sais expliquer, qui n'a pas été si intense les années précédentes.
J'ai rendez vous avec l'oncologue, dans un mois, et pour le moment, je n'ai pas réussi à prendre les rendez vous pour les examens ...

Mon camarade a dit: ah oui, c'est souvent comme cela, je vois beaucoup de gens dans la même problématique que toi. Bon d'accord, il a raison. De cela, je me doutais d'ailleurs....

Pourquoi suis-je frustrée et insatisfaite de sa réponse. Parce qu'elle n'a pas pris en compte mon problème, ni mon émotion. Parce qu'il m'a rejetée dans la problématique d'un groupe d'individus et qu'il n'a pas accepté de reconnaitre l' angoisse . La mienne. Il a donc procédé à nouveau comme il l'avait fait lors de ma maladie.

Ce médecin qui refuse ses propres émotions n'a pas su accepter, une fois encore, les miennes;

Ce que j'attendais de lui? ce n'est rien d'autre que ce que n'importe quel patient attend de son médecin. Ou même ce que n'importe quel ami attend de son ami...

J'aurais aimé qu'il reconnaisse MON problème. Qu'il dise: oui je comprends. Et pas qu'il me dise: ton problème n'est pas important car beaucoup d'autres ont le même....
par ML publié dans : cris
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Samedi 27 octobre 2007

LE VRAI TRAVAIL DES FEMMES MEDECINS

 

X travaille à l’hôpital: c’est une femme (une chance sur 2)

Y travaille en libéral: c’est un homme (4 chances sur 5)

 

X est chirurgien: c’est un homme (4 chances sur 5)

Y est anapath, ou pédiatre, ou endocrino: c’est une femme (3 chances sur 5)

 

Il travaille 58 heures par semaine: quel bon médecin libéral !

Elle travaille 51 heures par semaine: ça dévalorise la profession..

(Il/elle travaille 50 heures par semaine: hospitalier !…

Il/elle travaille 46 heures par semaine: salarié non hospitalier?)

 

Il arrive en retard: il a eu une urgence

Elle arrive en retard : elle a amené les enfants à l’école

 

Il a des consultations rapides: il réfléchit vite !

Elle a des consultations longues: elle pense en même temps à sa liste de courses…

 

Il se fâche contre la secrétaire: normal, il est débordé !

Elle se fâche contre la secrétaire: qu’elle est agressive !

 

Il a un bureau encombré: c’est un bourreau de travail

Elle a un bureau encombré: qu’elle est désordonnée !

 

Il discute avec les collègues: le cas des malades le passionne

Elle discute avec les collègues: encore en train de jacasser

 

Il est en réunion avec la direction/les tutelles: toujours soucieux de concertation

Elle est en réunion avec la direction/les tutelles: de quoi se mêle t’elle ?

 

Il n’est pas là aujourd’hui: sûrement à un congrès

Elle n’est pas là aujourd’hui: tiens ! On est mercredi ?

 

Il part en congrès: c’est excellent pour sa formation

Elle part en congrès: et qu’en pense son mari ?

 

Il est malade: c’est sûrement grave

Elle est malade: c’est sûrement la grippe

 

Il part en vacances : se détendre lui fera du bien

Elle part en vacances : sa famille passe avant le travail

 

Il sera médecin: un avenir de plus en plus rare…

Elle sera médecin: environ 60% de femmes actuellement reçues au concours de première année …

 

Vous pouvez reprendre vos consultations, chères consoeurs

Vous pouvez reprendre vos gardes et interventions, chers confrères…

par ML publié dans : cris
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Jeudi 25 octobre 2007
Des nouvelles de 2 des patients vus en plus "en urgence" Mardi.

A noter que j'ai pris les malades en urgence sur la demande de leur médecin, et non pas sur le seul jugement du patient considérant que son cas relevait de l'urgence

La première patiente avait une diarrhée depuis plusieurs jours, elle a été hospitalisée avec une déshydratation pratiquement  "historique". Au passage, on peut égratigner le labo de ville qui avait les résultats des examens, ne les avait pas remis a la patiente, et n'avait pas jugé bon de prévenir le médecin prescripteur.


Pour l'autre, qui avait très mal à l'estomac, cela va être moins drôle, car il y a une lésion pas géniale dans l'estomac. C'est mon associé qui a fait l'examen ce matin. La dame ne s'est apparemment pas inquiétée des conclusions qu'il a données pour le moment, et ce sera à la visite de contrôle que la mauvaise nouvelle va tomber.

Environ 1 annonce comme celle la par semaine en ce moment, dur moment pour le patient et pas facile pour le médecin.  C'est notre métier, mais il y a du coeur et de la relation humaine au premier plan dans ces situations, le métier  n'est pas suffisant.
par ML publié dans : cris
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