Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 10:07

Le gluten, protéine principale du blé, de l’orge, du seigle, contient notamment une protéine nommée la gliadine, qui est la responsable de la toxicité du gluten au cours de la maladie cœliaque (MC). La maladie caeliaque est une INTOLERANCE au gluten, et c’est une maladie grave. Son traitement repose sur l’éviction définitive de tout aliment contenant le gluten. Le régime d’exclusion totale est extrèmement contraignant.

La définition de l’intolérance au gluten (maladie caeliaque)

comprend

 

  • des auto-anticorps dans le sang, dirigés contre le gluten, les anticorps anti-transglutaminases,
  • et une atteinte de la paroi intestinale de l’intestin grêle, diagnostiquée par biopsie au cours d’une fibroscopie . La muqueuse de l’intestin grêle s’enflamme et se détruit progressivement au contact du gluten jusqu’à ne plus pouvoir effectuer son vrai travail d’absorption des nutriments, entrainant un véritable syndrome de malabsorption.

A côté de l'intolérance au gluten: la sensibilisation 

 

A côté de la maladie caeliaque, depuis quelques années, un certain nombre de personnes se disent SENSIBLES au gluten, décident d'effectuer d’eux-mêmes un régime sans gluten et se disent améliorés. Après une longue période de doute face à cette mode alimentaire mal expliquée car non scientifique, les médecins s’intéressent de plus près au sujet, au point de parler maintenant d’intolérance non caeliaque au gluten ou de sensibilisation non caeliaque au gluten.

L’attention a été focalisée sur le gluten en tant que coupable de déclenchement de symptômes digestifs chez des patients non détectés comme véritables intolérants. Leurs troubles sont variés et ressemblent à ce que l’on décrit dans le syndrome de l’intestin irritable (douleurs, gaz, ballonnements, transit irrégulier) en association avec des troubles plus généraux : maux de tête, douleurs articulaires, douleurs musculaires, boutons, fatigue, parfois état dépressif. Ces troubles disparaissent en grande partie sous régime d’exclusion du gluten, et réapparaissent en cas de réintroduction.

Et si en fait le vrai responsable de l'intolérance

n'était pas le gluten ??

 

Certaines personnes dont l’état s’améliore sous régime sans gluten ne seraient en réalité pas intolérants à la partie « gluten » des aliments qu’ils suppriment, mais à la partie sucres fermentescibles, Le Blé, aliment le plus testé dans les épreuves de suppression/réintroduction du gluten contient non seulement 80% de gluten, mais aussi des hydrates de carbones (amidon, polysaccharides, fructanes)… c’est-à-dire des aliments fermentescibles faisant partie des FODMAPS susceptibles d’expliquer de nombreux troubles digestifs chroniques. Certains produits contenant du gluten, notamment de nombreuses céréales, sont aussi riches en fructanes (oligosaccharide faisant partie des FODMAPs).

Le suivi d’un régime sans gluten induit de fait une réduction de l’apport en FODMAPS,…

Or, il est montré qu'en réduisant les FODMAPs dans la diète de personnes qui se disent sensibles au gluten, les symptômes qu'elles attribuaient au gluten s'estompaient aussi.

La question qui se pose est donc :

intolérance  GLUTEN OU FODMAPS ??? 

 

L’amélioration des symptômes avec un régime pauvre en gluten pourrait être attribuée à tort à la réduction de l’apport en gluten. Elle est peut-être en fait la conséquence d’une réduction de l’apport en aliments fermentescibles, les FODMAPS

Et si, finalement, la suppression des éléments riches en blé améliorait les patients non par le fait de la suppression du gluten mais de la suppression des aliments fermentescibles, les  FODMAPS ...............

http://www.cris-et-chuchotements.net/2015/05/douleurs-abdominales-ballonnements-et-si-c-etait-une-question-de-fodmaps.html

Puisque, dans les aliments riches en blé, sont présents aussi des glucides fermentables reproduisant les mêmes symptômes chez certains patients ++++

 

Et comme les réponses actuelles sont partielles:

rappel de règles de bon sens en cas de régime

 

Comme on n’est pas certain de savoir encore parfaitement répondre à cette question de la sensibilité au gluten, rappel d’une règle de bon sens : L'observance d'un régime sans gluten n’est pas le même en cas d’intolérance ou de sensibilité +++

Drastique en cas de maladie caeliaque, le régime sans gluten est juste à adapter aux symptômes d’intolérance digestive en cas de sensibilité simple.. en attendant de nouvelles recherches.

 

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

United European J. Gastroenterol 2015 avril; 3 (2):. 160-165 non-coeliaque sensibilité au gluten: reconstituer le puzzle, Jessica R Biesiekierski et Julie Iven

Guandalini S, Polanco I : Nonceliac gluten sensitivity or wheat intolerance syndrome? J Pediatr 2015; 166: 805-11.

http://www.cris-et-chuchotements.net/2015/05/douleurs-abdominales-ballonnements-et-si-c-etait-une-question-de-fodmaps.html

 

14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 20:55

Saura-t’on, un jour, répondre à ces 2 simples questions, posées par tant de patients qui consultent pour des maux de ventre :

  • pourquoi me dit-on que je n’ai rien ?
  • pourquoi ne me donne t’on pas un traitement ou un régime efficace ?

Il parait qu’environ 10% de la population se plaint de douleurs abdominales chroniques. Première cause de consultation en médecine générale. Entre le tiers et la moitié des consultations d’un gastroentérologue.

Et pourtant, les douleurs abdominales, ces "non-maladies" n’ont jamais passionné les médecins, faut avouer, et c'est notamment parce que: .

  • Parce que tous ces gens qui souffrent et s’en plaignent n’ont aucune maladie détectable et donc soignable
  • Parce qu’on ne connait pas de véritable traitement médicamenteux efficace et radical

Après quelques examens, prises de sang, échographie abdominale, fibroscopie, coloscopie, le médecin va laisser son malade au bord d’une route jonchée de douleurs, armé de 2 bonnes nouvelles : la première, c’est qu’"il n’y a rien de grave", la deuxième, c’est que "c’est certainement psychosomatique", et "surement du au stress".

Quand même, depuis plusieurs années, des études s’attachent à mieux comprendre la genèse des douleurs abdominales chroniques. Parmi les nombreuses pistes explorées, celle de la motricité intestinale, celle de l’hypersensibilité des viscères, celle de la micro-inflammatoire, celle de l’interaction cerveau-intestin, aucune n’a permis de déboucher sur un traitement réellement efficace. En plus, comme ces traitements sont inefficaces, ils sont moins bien remboursés par l'assurance maladie voire pas ou plus du tout.

En consultation, les patients savent bien que les traitements ne marchent pas. Ils s’obstinent pourtant sans relâche, à toujours poser la même question : « docteur, qu’est ce que je peux manger, docteur, qu’est ce que je ne dois pas manger ? »

Et nous, à cette question, les docteurs, on ne sait pas vraiment quoi répondre. Parfois on conseille de supprimer les tomates, les choux, le pain, etc. Mais ce n’est pas scientifique, et encore moins adapté à la personne qui consulte.

Pourtant, finalement, à l’heure actuelle, comme aucune des pistes de recherche n’a permis le développement d’un traitement vraiment utile et radical, on en revient à se demander si la question rituelle des patients n’est pas finalement justifiée. La bonne vieille bouffe serait peut-être en effet responsable de bon nombre de douleurs abdominales chroniques.

Et dans les aliments susceptibles de générer des douleurs abdominales chroniques, il y a 2 pistes actuellement.

  • Le gluten, très à la mode, (et c’est peut-être justifé, j’en parlerai dans un autre post)
  • Les FODMAPS , le vrai truc d’avenir… mais ce n’est pas simple, on va le voir. Pas possible de dire à un patient comme il l’attend « arrête les tomates et tu iras mieux ! »

 Les FODMAPS, c’est quoi ?

Ce mot est un “acronyme”, qui signifie
F = Fermentescibles (rapidement fermentés par les bactéries du côlon)
O = Oligosaccharides
D = Disaccharides
M = Monosaccharides
A = And (et)
P = Polyols

Les FODMAPS sont peu ou pas absorbés par l’intestin grêle durant la digestion. En arrivant dans le colon, ils constituent une nourriture de choix pour les bactéries de la fermentation présentes dans le colon droit, avec pour conséquence, production de gaz, distension abdominales, douleur et inconfort

Simple, non, il suffit de ne pas manger de Fodmaps !

Pas si simple, parce que c’est très très répandu … et qu’il y a plein de saccharides et de polyols différents

  • les monosaccharides: le fructose en excès du glucose
  • les disaccharides : le lactose
  • les oligosaccharides : fructanes et Galacto-Oligo-Saccharides ou GOS
  • les polyols : sorbitol, mannitol , xylitol, maltitol , erythritol, polydextrose, and isomalt,

QUELS ALIMENTS CONTIENNENT DES FODMAPS ?

Principaux aliments contenant des FODMAPs

Type de sucre Sucres visés Sources alimentaires
Oligosaccharides

FOS : fructanes (fructo-oligosaccharides),

GOS : galactanes (galacto-oligosaccharides)

Blé (donc le pain), orge, seigle, ognons, poireaux, ail, échalote, artichaut, betterave, fenouil, petits pois, chicorée, pistache, noix de cajou,

légumineuses, lentilles et pois chiches, couscous, Lait de soja, protéines de soja,

Disaccharides Lactose Produits laitiers : Lait, fromages frais non affinés, les fromage blanc, frais, crème fraîche, dessert, lait concentré et produits laitiers industriels, ricotta, cottage cream, beurre, glaces.
Monosaccharides Fructose (lorsqu’il est en excès par rapport au glucose) Pomme, poire, mangue, cerise, pastèque, prune, asperge, sucre de table, miel, sirop de glucose-fructose, fruits séchés
Polyols Sorbitol, mannitol, maltitol et xylitol

Pomme, poire, abricot, cerise, nectarine, pêche, prune, pastèque, chou-fleur,

champignon, pois mange-tout , algues, chewing-gums et sucreries diverses, arômes artificiels contenant du xylitol, sorbitol etc.)

COMMENT  savoir si l’on présente une intolérance aux FODMAPS ?

Ca semble compliqué, n’est-ce pas, avec le nombre d’aliments concernés !

Vous commencez à comprendre pourquoi le médecin sera dans l’impossibilité absolue de vous dire que vous êtes intolérant à telle ou telle catégorie de FODMAPS

Pour savoir, il n’y a aucun examen biologique actuellement disponible. Pas de prise de sang magique.

La seule manière consiste, pour chacun à tester sa propre réaction aux différentes catégories de FODMAPS, en faisant tout d'abord UN REGIME sans aucun Fodmaps durant QUELQUES SEMAINES

Vous constatez donc que... le changement c’est maintenant ! depuis de nombreuses années, on vous disait inlassablement d’enrichir votre alimentation en fibres. Maintenant on va vous recommander un régime pauvre en FODMAPS !

Rassurez-vous … ce n’est pas un régime à vie. Après une phase de test de quelques semaines, plusieurs semaines sont consacrées à des tests de réintroduction.

Par contre au début, c’est plutôt restrictif …

1ère phase : commencer par 6 à 8 semaines de régime faible en FODMAPs.

Simple : enlever tous les aliments du tableau des Fodmaps !

Question efficacité ça a l’air pas mal. Dans certaines études, 70% des gens vont mieux avec ce régime, dès la fin de la première semaine, et l’amélioration augmente tout le temps du régime.

Cependant, c’est très restrictif et difficile dans la vie réelle. Au mieux, faire cela avec un vrai suivi par une diététicienne de manière à éviter les carences et la constipation. En effet, des aliments contenant des FODMAPs sont aussi riches en fibres (blé, seigle, légumes), bénéfiques pour le transit.

La durée : 6 semaines c’est l’idéal. Mais comme c’est compliqué, il est conseillé de tenir au minimum 2 semaines.

Au terme de ce régime, Si le régime n’a eu aucune efficacité, la responsabilité des FODMAPS est totalement écartée, il faut alors reprendre une alimentation normale

Au contraire, après 6-8 semaines, si le régime donne satisfaction, c’est-à-dire si les troubles sont très améliorés voire disparus, il va falloir tester chaque catégorie d’aliment, afin d’identifier celui ou ceux en cause et d’éviter des restrictions de longue durée non nécessaires.

2ème phase : Une fois les 6 semaines de régime strict achevées, et à condition qu'il ait eu une efficacité sur les troubles, commence alors le temps des tests de réintroductions

Il s’agit dans ce deuxième temps de procéder à la réintroduction successive de chaque famille de FODMAPS, une par une et les unes après les autres. Ce qui permettra de déterminer à quel groupe on est sensible, afin de l’éliminer le plus possible de son alimentation à long terme.

Pour chaque groupe de FODMAPS, il faut, sur une semaine, réintroduire graduellement de petites quantités de quelques aliments du groupe.

Réintroduction 1ère semaine : les fruits

Choisir 2 fruits de la liste Polyols . Prendre une petite quantité d’un fruit le premier jour, le double le jour suivant. Idem avec l’autre fruit

Vous avez mal ? vous ballonnez ? A l’avenir, évitez les aliments de la catégorie Polyols/sorbitol

Réintroduction 2ème semaine : polyols

Toujours des aliments riches en polyols, catégorie mannitol , champignons, pois gourmands, algues (attention aux plats préparés), chewing gums, sucreries

Choisir 2 aliments (hors fruits) de la liste Polyols . Prendre une petite quantité le premier jour, le double le jour suivant. Idem avec l’autre aliment

Vous avez mal ? vous ballonnez ? A l’avenir, évitez ces aliments (vous pourrez les tester un par un)

Réintroduction 3ème semaine : produits laitiers

Buvez 25 cl de lait demi-écrémé ou mangez un yaourt de 200 g. Faites de même 2 à 3 jours plus tard jour en doublant les quantités ou en en prenant les deux.

Vous avez mal ? vous ballonnez ? A l’avenir, évitez la catégorie lactose. Prenez du lait végétal (soja, sauf si vous ne tolérez pas la catégorie légumineuses, lait d’amandes)

Réintroduction 4ème semaine : légumineuses

Les légumineuses sont les pourvoyeuses de galactanes.

Cette semaine la, prenez un peu de lentilles, fèves, pois chiches ou haricots rouges ou blancs le premier jour, puis une quantité double 3 jours plus tard.

Vous avez mal ? vous ballonnez ? A l’avenir, évitez les légumineuses ainsi que les boissons à base de soja.

Réintroduction 5ème semaine : pain

Le pain est le contenant des fructanes, mais les fructanes sont très répandues. Espérons que vous digérerez cette catégorie

En avant pour 2 tranches de pain le premier jour, puis du pain et de l’ail 2-3 jours plus tard

Vous avez mal ? vous ballonnez ? Il faudra désormais éviter ce qui contient du blé (pain, brioche, pâtes, tartes et quiches classiques), mais aussi l’ail,, l'échalote, les oignons et l’artichaut. C’est un peu une alimentation sans gluten…

Réintroduction 6ème semaine : les autres fruits

Il s’agit maintenant des fruits contenant du fructose. Cette catégorie concerne aussi le miel.

Un demi fruit de la catégorie fructose, ou bien une cuillère de miel, puis 2-3 jours après le double.

Vous avez mal ? vous ballonnez ? évitez le miel, pomme, poire, cerise, pêche et les fruits séchés. Pour vous, ce sera plutôt fruits rouges et agrumes.

3ème phase : le reste de votre vie

Avez-vous bien noté quelque chose dans les conseils alimentaires donnés ici ???

Si vous gonflez avec une catégorie d’alimentshors de la période de régime initial, notez avec attention qu’il n’est nulle part écrit « supprimez »… il est écrit « EVITEZ »

Aucun des aliments que vous ne tolérez pas ne vous fera mourir. Aussi, évitez-les dans la mesure compatible avec une vie sociale acceptable. Si vous êtes amenés à en absorber, au moins, vous saurez pourquoi vous avez mal et gonflez.

Je vais vous faire une confidence, qui pourrait aussi être une suggestion : Ce serait moi, si je reconnaissais dans cette liste quelques aliments que je ne digère pas, ou qui ne me réussissent pas, avant de commencer le parcours du combattant d’un tel régime, je les retirerai de mon alimentation et j’attendrais de voir si je vais mieux…

Dernière remarque importante : Les malheureuses tomates, que tant de gens incriminent dans leurs troubles digestifs… ne font pas partie des aliments riches en FODMAPS ! Vous pouvez en manger tranquillement. C’est peut-être l’ail de la sauce qui vous faisait ballonner, en fait.

Dans le prochain post, je vous donnerai une liste d’aliments sans FODMAPS

 

Ce blog va migrer progressivement vers celui ci: http://cris-et-chuchotements-medicaux.net

1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 15:37

Overblog étant devenu Overbug, ce blog est en cours de migration, Vous pourrez donc lire ce même post sur mon nouveau blog: http://cris-et-chuchotements-medicaux.net/

Une rencontre dans la rue, ce pluvieux matin de fin avril inspire les philosophiques écrits que vous allez lire.

Je n’ai pas rencontré un roi, ni sa femme, ni même le petit prince… juste ma voisine, qui s’en allait toute ébouriffée chercher ses résultats au laboratoire d’analyses médicales, sis au bout de la rue.

Si la voisine va chercher ses résultats d’examen la bas, c’est donc qu’elle a confiance dans le labo. Et ça, rien que ça, illustre de vraies améliorations du système de santé des dernières années.

Parce que, depuis les plus de 25 ans que je vis ici, le petit laboratoire d’analyse du bout de la rue a trimballé une réputation de labo de merde. Et en plus, jusqu’à récemment, c’était justifié. Hygiène pas top, accueil inconstant, mais surtout résultats d’examens pas fiables, malgré un médecin biologiste plutôt sympathique et travaillant beaucoup.

Parce que les petits labo de quartier n’avaient pas les moyens logistiques de réaliser toutes les analyses demandées. Et que, pour faire face à la demande, certains avaient des méthodes de mesure très personnelles. Par exemple, moi, le petit labo du bout de la rue, un jour que j’étais vraiment malade (eh oui, ça arrive aux médecins aussi), eh bien, j’y suis allée doser ma calcémie. Le résultat indiquant une calcémie normale, voire presque trop haute, ça m’a valu un bilan neurologique hospitalier des plus sophistiqués, scanners, IRMs, Ponction lombaire, EMG, etc… jusqu’à ce que quelqu’un ait la bonne idée de refaire le dosage de calcémie.. et de s’apercevoir que, non, ce n’était pas « juste du stress », mais une hypocalcémie majeure, voire potentiellement mortelle.

Idem, et prouvé, dans la clinique maintenant fermée, ou j’ai bossé durant 10 ans. On s’aperçut un jour que le labo donnait des résultats… sans faire les dosages ! Vu qu’il n’avait pas les appareils nécessaires, il risquait pas de pouvoir les effectuer. Des vrais ennuis avec la justice s’en sont suivis pour lui.

Mais bon, le plus souvent c’était une impression diffuse. Les labo du coin de rue, sans pouvoir expliquer pourquoi, tout le monde savait qu’il était préférable d’éviter.

Sans sauter du coq à l’âne, comment expliquer que ma voisine va maintenant en toute sécurité faire ses dosages au labo du bout de la rue et que cela illustre les progrès en santé ?

En quelques raccourcis, on peut expliquer que

  • Les labo du bout de rue n’avaient plus les moyens de réaliser correctement les dosages et donc ne travaillaient pas très bien
  • Ils n’ont pas pu maintenir ces petites activités éparpillées
  • Du coup, ils se sont regroupés à plusieurs laboratoires d’un même secteur
  • Du coup, à plusieurs, ils ont pu mutualiser les moyens et les investissements en matériel.
  • Du coup, ils disposent du matériel adéquat pour réaliser correctement toutes les analyses prescrites.
  • Du coup, c’est un progrès, car vous êtes assurés de recevoir un résultat correct.

Ca c’est un petit progrès à la con, mais des petits progrès à la con comme ça, il y en a eu bien d’autres depuis que je me suis installée, et je ne résiste pas à vous en raconter un de ma spécialité.

A l’époque reculée de mon installation, le lavage des endoscopes digestifs était une contrainte balbutiante et pas du tout entrée dans les pratiques.

En fait, encore avant, du temps de mon internat (au Moyen-Age, comme disent mes enfants !), on passait vaguement l’endoscope dans l’eau, puis on essuyait sa gaine externe. On ne lavait pas les canaux internes de l’appareil. Notamment parce qu’on n’avait rien pour brosser un canal de 1m30 de long.

L’arrivée du Sida s’étant chargée de sensibiliser les esprits, il devint d’évidence que des tuyaux se baladant dans le tube digestif seraient susceptibles de trimballer des germes d’un malade à l’autre. Comme on ne pouvait pas mettre ces appareils fragiles en étuve, quelqu’un inventa une brosse pour le canal interne, puis un produit désinfectant spécifique qui n’abimait pas trop la gaine de l’appareil.

Mais techniquement, dans les années 90-2000, il fallait :

  • Rincer l’appareil 5 minutes dans de l’eau avec du savon
  • Brosser le canal interne en même temps
  • Rincer 5 minutes à l’eau propre
  • Faire tremper 15 minutes l’appareil dans une solution désinfectante
  • Rincer de nouveau 5 minutes à l’eau propre.

Et dans ce temps, dans les établissements de santé, autant publics que privés

  • Il n’y avait pas de place pour loger 4 bassines
  • Il n’y avait pas de robinet proche de la salle d’examen pour mettre à chaque fois de l’eau propre
  • Comme il y avait peu d’appareils, personne ne voulait les immobiliser pendant plus de 30 minutes entre chaque examen, le temps d’effectuer tout cela.

Finalement, petit à petit, c’est le législateur qui obligea à améliorer le lavage et la désinfection des endoscopes. Au point qu’à l’heure actuelle, on a probablement basculé dans le trop, mais ça c’est une autre histoire. Maintenant, il y a plus d’une heure de désinfection de chaque appareil entre chaque examen. Ce qui était manuel a été automatisé, et les endoscopes sont lavés dans une sorte de machine à laver spécifique. Il y a des contrôles bactériologiques réguliers après lavage.

Et le progrès médical, dans tout ça, direz-vous :

  • Du coup, les médecins ne sont plus à jongler avec quelques bassines instables et un lavabo au bout du couloir, des conditions de lavage qui n’offraient aucune sécurité bactériologique
  • Du coup, les appareils sont correctement désinfectés
  • Du coup, les médecins disposent d’appareils surs pour effectuer les endoscopies
  • Du coup, le patient a zéro risque de transmission d’infection
  • Si c’est pas du progrès médical, ça !

Des petits progrès comme ça, ces dernières années, on en compte des dizaines, des centaines.

Et encore, je vous passe tous les épanchements lyriques du style, « de mon temps, yavait pas »… yavait pas les scanners, pas les IRM, pas tous les examens sophistiqués qu’on fait maintenant. C’est vrai, quoi, au début de mes études, rien qu’une échographie, c’était déjà comme marcher sur la lune, on avait droit à ça que dans les grands services, et il fallait 3 semaines d’attente !

Et encore, je vous passe tous les épanchements néo-romantiques, du style, « dans le temps on examinait les patients, dans le temps on se passait bien de tous ces trucs techniques, dans le temps les médecins étaient respectés, dans le temps c’était mieux avant ». Dans le temps, c’était différent, mais maintenant que de progrès !

 

Overblog étant devenu Overbug, ce blog est en cours de migration

Vous pourrez donc lire ce même post sur mon nouveau blog: 

http://cris-et-chuchotements-medicaux.net/

 

 

publié par: M.L.
commenter cet article
25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 10:50

---------------------------------

1- A vouloir concentrer les pouvoirs en santé , les gouvernements de gauche comme de droite ont mis à l’écart la communauté médicale.

2- A vouloir majoritairement cibler leurs actions autour des économies d’argent sur le court terme, les ministres de la santé sont passé les yeux fermés à côté des grands problèmes de la santé en France.

3- A croire que le seul besoin réel en santé publique était de dépenser moins en travaillant plus, les lignes d’action pilotées par les pouvoirs publics ont conduit en majorité à des impasses.

4- A ne pas avoir de vision prospective, les réformes n’ont pas fixé de cap ni d’objectif commun.

5- A force de dire que le système de soins était malade, les décideurs ont fait exactement ce qu’ils reprochent aux médecins : ils ont traité en mécanicien les symptômes, sans s’intéresser aux problèmes de fond, et en négligeant la prévention.

------------------------------------

6- A ne pas s’adapter aux nouveaux paradigmes de la santé, les généralistes sont en passe de se faire voler leur pratique, via la téléconsultation et la délégation des tâches.

7- A vouloir à tout prix défendre la liberté d’honoraires libres parfois trop élevés, les spécialistes se sont fait confisquer les plateaux techniques, et sont devenus esclaves de groupes de santé qui ne cherchent qu’à faire du profit sur leur dos.

8- A ne pas prendre le temps de réfléchir à l’évolution des modes de vie et de consommation, les urgentistes se retrouvent à gérer une triste réalité de terrain, la bobologie et les gens pressés.

9- A se penser élite parce qu’ils gagnaient bien leur vie, les médecins se sont anesthésiés sur leur futur.

10- A accorder trop de concessions aux patients, les médecins sont devenus leurs obligés.

11- A tout accepter au nom de leur métier, les médecins ont perdu le ressenti des ondes de choc et ne se sont pas suffisamment méfiés.

12- A se sentir en sécurité parce qu’ils se consacraient au bien-être des autres, le corps médical n’a pas eu conscience que d’aucuns pensaient leur travail facile, et donc facilement rémunérable en monnaie de singe.

---------------------------------

13- A ne pas avoir considéré l’explosion des maladies chroniques et des polypathologies, les décideurs de santé sont devenus de simples adorateurs de la formule « parcours de soins », mais n’ont rien mis concrètement en pratique autour de ce paradigme.

14- A tout vouloir planifier, les planificateurs ont créé des outils, des outils, encore des outils, mais des outils incapables de gérer la vraie vie.

----------------------------

15- A ne pas s’être fixé de règles pour créer un contre-pouvoir au message clair, les syndicats médicaux se sont positionnés majoritairement en refus et protestations.

16- A faire sans cesse de la pub pour les nouvelles technologies, les communicants ont poussé les patients à devenir des consommateurs de soins.

--------------------------

17- A toujours s’obséder sur le fait que la santé est trop chère, les patients n’ont pas ciblé leurs véritables attentes.

18- A réclamer d’avoir un médecin toujours disponible pour eux au moment ou ils le voulaient, à refuser qu’un patient grave soit prioritaire sur un patient bénin, les patients ont embouteillé le système de soins.

19- A la simple évocation de consultations non payantes, les patients ont été et sont encore victimes d’une hypnose quasi généralisée.

20- Aux doux bercements de tournures sans substance « Faciliter l’accès aux soins », « Réduire des coûts », « Eviter les renoncements aux soins », les patients ont confié leur avenir à des mutuelles dont la première action est de plafonner les remboursements de leurs soins.

-------------------------------

21- La déstructuration de la médecine libérale est planifiée de longue date, elle n’arrive pas par le hasard d’une Marisol . MST a juste profité d’un boulevard sans obstacle pertinent pour pouvoir tranquillement accélérer le planning de l’inéluctable.

22- Vous serez ravis d’apprendre que toutes ces mesures n’affecteront en rien la retraite dorée de la ministre qui a liquidé cette affaire avec son air permanent de s’autocongratuler d’être si bonne pour executer les médecins la loi

----------------------------

23- Si vous continuez de penser que les médecins font de parfaits boucs émissaires pour l’ensemble de ces mesures drastiques, vous avez tort. Rapidement, vous allez constater que les dernières mesures gouvernementales vont finir d'achever la médecine libérale française, déjà largement exténuée.

24- Vous serez alors certainement ravis de comprendre que la hausse inéluctable des dépenses n’était pas le fait du corps médical, mais du changement de fond de la demande, liée au vieillissement, aux comportements à risques, et à l’explosion des maladies chroniques.

25- Vous serez alors certainement ravis de comprendre que les dépenses de santé augmentent non pas parce qu’elles dérapent à cause des médecins, mais juste parce que la demande de soins est en progression.

26- Vous serez alors certainement ravis de constater qu’un médecin de ville en moins, ce sont des dizaines de patients laissés pour compte, et que le sens donné au mot accès aux soins n’était pas celui que vous aviez imaginé.

27- Vous serez alors certainement ravis de constater au jour le jour à quel point les réformes de santé se sont faites sans objectif commun à moyen et à long terme autour de la santé en France.

28- Vous serez alors certainement ravis de comprendre que les entités qui veulent s’emparer du jeu financier ont tout intérêt à laisser l’ensemble s’effondrer, pour ensuite remettre un bouchon dans le fond de la baignoire, et mettre tout le système sous emprise dans un même bain.

29- Vous serez alors certainement ravis de comprendre que lorsque le médecin deviendra une denrée rare, il vous en coûtera forcément plus cher même si vous ne donnez pas d’argent directement au praticien.

30- Vous serez alors certainement ravis de comprendre que le problème n’est pas seulement le chaos actuel. Le problème c’est qu’au delà de la déstructuration calculée de la médecine libérale, il n’y a pas de projet concret.

--------------------------------------

31- Vous serez alors certainement ravis de vérifier qu’en avançant aveuglément, tout en émettant des messages brouillés, on ne pouvait aller que de déconvenues en déconvenues

32- Vous serez alors certainement ravis de comprendre qu’une fois anéantis les médecins, l’effort va devenir vraiment collectif pour toute la société.

33- Vous serez alors certainement ravis de vous plier aux parcours de soins décidés non par vous-mêmes mais par des décideurs de salon agissant au nom de l’intérêt financier de l’état.

----------------------------------

34- Quand des médecins proches des politiques affichent clairement dans les médias leur satisfaction de voir détruite enfin la médecine libérale telle qu’elle était jusqu’à ce jour, quand ils affichent clairement leur satisfaction de constater que les revenus des médecins seront sous tutelle, il devient inutile de continuer à pleurer sur un passé regretté.

35- Il faut que les médecins et les patients, après avoir compris que la situation actuelle est l’aube d’un nouveau paradigme en matière de santé, cessent de se contenter de subir .

36- Il faut que nous, médecins, comme patients, soyons associés dès le stade de la préparation et de l’élaboration des projets.

37- Il faut que médecins et patients prennent rapidement un rôle dans la prise des décisions.

38- Il faut que les médecins, accompagnés des patients prennent une vraie place dans l’élaboration des projets d’évolution du système de santé.

39- Il faut que nous, médecins comme patients, arrivions à faire comprendre que la véritable santé publique est un objectif de moyen et long terme qui prime sur le rationnement et la vision à très court terme de ceux qui imposent des actions sans concertation.

40- L’évolution est inéluctable, à nous, médecins et patients, de savoir la prendre en main, et de ne plus se laisser faire par des décideurs dont l’objectif premier reste quoi qu’ils fassent et quoi qu’ils assurent, de présenter des comptes positifs à la fin de leur mandat.

41- Parler seulement pour se rebeller, ne pas être force de proposition, ce serait assurer la victoire de ceux dont l'unique vision est financière.

« Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu. » Bertolt Brecht

« Ce que l'on appelle échec n'est pas la chute, mais le fait de rester à terre. » Mary Pickford

publié par: M.L.
commenter cet article
16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 21:46

Les médecins, nous nous trompons grave.

Nous nous nourrissons de l’intime conviction que notre investissement pour les autres est susceptible de faire l’objet 1- d’admiration, 2- de respect, 3- d’éloges, 4- de soutien.

 

La lecture de la presse médicale nous conforte dans la confortable idée que la population, autrement dit nos patients, nous estiment et nous soutiennent.

La réalité nous donne tort, hélas.Grand nombre d’articles de la presse grand public parlent de médecin, de médecine, ce sont des sujets à émotion garantie.. Quel que soit le contenu, du moment qu’il est ouvert aux commentaires, on y découvre derrière l’article un tsunami de réflexions, de reproches, de critiques.

On a beau chercher, aucun écrit sur les coiffeurs, les plombiers, les notaires, ne suscite une telle logorrhée de désaccords, de frustrations, de virulentes attaques.

Sortons de nos lectures habituelles, quotidien du Médecin, JIM et Egora, etceteran cessons de nous réconforter de la lecture des messages syndicaux, et allons faire 3 petits tours dans le manège des réalités de ce que lisent et de ce commentent les patients.

Journalistes sur la Iatrogénie

Un article comme il en existe beaucoup, petit coup d’épée aux pratiques des médecins, histoire de sensibiliser les lecteurs :

« Seniors: mieux contrôler les médicaments pour éviter les accidents » (La Parisienne Santé)

Selon cette enquête, croisée à des données de l'assurance maladie, l'utilisation de médicaments inappropriés, souvent liée à la polypathologie (maladies multiples), est constatée chez 53,5% des patients de plus de 75 ans, démontrant que "la lutte contre la iatrogénie médicamenteuse chez les seniors est un enjeu de santé publique", relève le Leem.

Mauvais relationnel

Les journalistes écrivent : « Les médecins ne parlent pas assez » (psychologies.com)

« Pourquoi les médecins sont si peu psychologues » (psychologies.com) :La science a beau avancer à pas de géant, les patients restent toujours aussi angoissés face à la maladie. Formés pour soigner les corps, les médecins sont le plus souvent incapables de rassurer les esprits. Un chapitre est même titré : “On leur apprend la médecine, pas à être médecin”

Les patients s’épanchent sur l’épineuse question relationnelle :

  • « Lorsque vous allez voir votre médecin, il faut savoir ce que vous avez, ce que vous voulez, et vous avez effectué les 3/4 de la consultation qui dure à peine 10 mn ! voici comment je vois la relation patient-médecin à l'heure actuelle !! »
  • « il est certain que le médical a perdu de sa valeur, 10 mn consultation, carte vitale, paiement, même pas le temps de poser des questions
    ou sont passés nos vrais médecins de famille ?
    l 'argent est roi , dans tous les domaines »
  • « c est des consultations de plus en plus vite ils en sont à recopier l ordonnance précédente prendre la tension et voilà cela vous coute 33 € à domicile je pense qu’il me laisse son ordonnancier j ai un appareil pour la tension et la SS fait des économies Prise à 100% je n’ai mëme pas besoin de lui pour les spécialistes »

Contestations libres de la qualité médicale

  • « je suis d'accord avec la personne qui propose de faire une liste noire des médecins (et chirurgiens, radiologues...). Je suis bien placée pour savoir qu'elle serait bien utile puisque je travaille dans un hôpital ».
  • « Bon nombre se comporte en épicier, à vendre des médicaments inutiles, à faire un chiffre. D'autres ont un chrono dans la tête, à vous guider vers la porte les 15 minutes atteintes. Le corps médical a totalement dérapé, il est devenu un gros problème de santé public. »
  • « j'estime que les médecins ne s’intéresse pas vraiment à leurs patients. J'ai plutôt l'impression d’être du bétail et on se sent jugé au lieu d’être écouté. Ce qui fait que moins j'y vais, mieux je me porte...un non sens ».
  • « le peu ou je suis allée chez le médecin j'ai eu l'impression d'y aller pour rien. Il faut revenir pour être pris au sérieux et il faut encore revenir pour avoir droit à un examen qui pourrait leur dire ce qu'on a. Si ça ne suffit pas il faut revenir encore une fois pour faire un autre examen et ainsi de suite... Sauf que ça ne donne pas envie de revenir, donc on attend que ça empire pour revenir. On perd facilement des mois ou des années comme ça. J'ai l'impression que les gens qui vont sans arrêt chez le médecin, souvent pour un rien, sont mieux servi que ceux qui n'y vont que quand ils ont vrai un problème de santé. »
  • Et pas que les patients : Réflexion d’auteur : La médecine est devenue inhumaine

« Des malades négligés sur leur lit d’hôpital, humiliés, maltraités parfois. Inacceptable ! » s’insurge Marie de Hennezel dans son nouveau livre “Le Souci de l’autre”. Si elle déplore le manque de personnel et de formation en psychologie, elle rappelle cette évidence : soigner passe aussi par de petites attentions, un geste, une parole, un sourire. (psychologies.com)

Le tarif des consultations

Ils gagnent bien assez comme ça

  • « 23€ la consultation , ça fait quand même autour de 92€ de l'heure » ...........
  • « Si le médecin n'était pas intéressé par l'appât du gain, la médecine se porterait beaucoup mieux !
    Passer 7 à 8 patients dans l'heure, c'est de l'abattage !
    Heureusement, il y en a encore qui font bien leur "boulot", mais ils deviennent de plus en plus rares »
  • « Mon médecin les seuls mots qu'il connait c'est "23€ et la carte vitale s'il vous plait" »
  • « Ce qu'ils veulent en pratique, c'est les billets qui circulent dans leur cabinet, au moment de la consultation. Ca les rassure ... Moi ca m'inquiète que l'argent ait autant d'importance pour les médecins.... »

Pour ce prix la, on n’en a pas pour son argent

  • « la qualité d'un généraliste ne changera pas quand bien même on lui donne 30 voir 50 euros ! soit il est déjà bon soit c'est faiseur de fric !! car a 23 euros le prix est déjà trop haut compte de la qualité moyenne des médecins! »
  • « Les médecins pour " beaucoup trop" ... surtout les Spécialistes, sont de nos jours des commerçants de santé !!!... »

Sur les médecins appelés à prendre 25 euros

  • « A la différence près que je ne décide pas de mes augmentations, le problème est bien là! »

Les médecins vivent grâce à la sécu

  • « la sécu a fait la richesse des médecins: avez-vous oublié le sort des médecins de quartier d' avant-guerre? Quand à l'accès aux traitements coûteux, avez vous oublié les premières années du Sida? Il serait temps que les médecins acceptent ce qu' ils sont: des personnels formés dans le public rémunérés par la sécu qui prélève obligatoirement des cotisations sociales. On ne peut pas avoir le beurre et l' argent du beurre. »
  • « Les médecins refusent le tiers payant car il ferait apparaître au grand jour le vrai lien de dépendances des professionnels de santé avec notre système de protection sociale. Ces messieurs ou dames préfèrent se voir libéraux. Mais qui aurait les moyens de payer leurs honoraire sans la sécu? Et l'argument de la non responsabilisation du patient, ne prend pas en compte que celui ci a déjà été prélevé sur son salaire et ses revenus pour financer tout cela. »

Les Délais d’attente

  • « ophtalmo indiqué sous 9 jours ... j'indique souffrir de rétinopathie (donc je suis prioritaire !) RDV JANVIER 2016 ! Alors c'est quoi ? De la pub médicale déguisée ? C'est juste un tout petit peu ILLEGAL .. ».
  • « d'expérience : des spécialistes disponibles à condition de ne pas voir à la dépense et aux dépassements d'honoraires. Depuis le temps que la gauche nous met en garde contre la possibilité d'une médecine à deux vitesses nous y sommes arrivés à pieds joints ! »
  • « Pour résoudre ce problème il faut imposer un lieu aux nouveaux diplômés sortant de la faculté avec obligation d'y rester 5 ans . »
  • « en province rurale l'attente est de 6 mois pour les rv les plus rapides......et quand on obtient un rv il faut l'accepter tel que proposé...sinon on rajoute 6 mois....Honte à notre pays! »
  • « A Gr.., aucun ophtalmo ne prend de nouveaux clients. Temps d'attente = infini »
  • « Pour résoudre ce problème il faut imposer un lieu aux nouveaux diplômés sortant de la faculté avec obligation d'y rester 5 ans. »

Le tiers payant

  • « Le tiers payant n'est pas respecté surtout par les médecins spécialistes dont les honoraires sont chers et souvent en dépassement.
    Je trouve que ces médecins se comportent en irresponsables : en fait leur refus d'adopter le tiers payant se retourne surtout sur les patients qui eux, doivent attendre les remboursements de la SSle pendant 3, 4 semaines et même plus, alors que ces médecins ont encaissé leurs honoraires de leurs clients qui attendront donc leurs remboursements !!. »
  • « 1- Le tiers payant mettra en évidence au client les dépassements d'honoraires, qu'il sera obligé de régler sur le champ en sachant que ceux la sont pas récupérables : mauvais pour les médecins qui dépassent; les clients vont les fuir .... -2- La sécu aura un moyen de pression direct sur les médecins qui ne pourront plus prendre leur client en otage. La liberté médicale (terme pompeux pour dire que le médecin fait ce qu'il veut sans se préoccuper de santé publique et en faisant des conneries sans rendre de compte) donc la liberté médicale disai-je, ca va en prendre un coup et c'est un progrès pour la santé en france. »
  • « Ne pourrait on pas rémunérer le patient qui va voir son médecin ? En effet, c'est le patient qui est malade. On pourrait envisager non seulement que le patient ne paie pas mais que le médecin le rétribue en lui donnant non seulement les médicaments (c'est déjà le cas par le pharmacien) mais aussi une rétribution de quelques euros pour le récompenser de sa fidélité et le dédommager d'être malade. Ce serait le TIERS GAGNANT GAGNANT. Si l'on adopte cette mesure, les cabinets seront pleins. »
  • « Les médecins refusent surtout le contrôle qui est rendu possible désormais par le tiers-payant. Mais il faut bien comprendre que le montant des dépenses de santé n'est plus compatible avec les ressources de la France et depuis longtemps. Il faudra donc bien en venir à supprimer le paiement à l'acte, générateur d'une surconsommation médicale sans amélioration des soins. Et passer à un paiement forfaitaire. Mais c'est si simple de s'enfermer dans la revendication corporatiste... »

Droit de regard avec le tiers payant

  • « le tiers-payant ne fait pas disparaître les dépassements d' honoraires qui vont au contraire apparaître directement: embêtant pour les médecins qui oublient que c' est la sécu qui a fait leur fortune. Quand l'état et les organismes sociaux prélèvent 53% de le richesse nationale, le citoyen comme l'assuré social sont en droit de demander un retour, ce qui ne concerne ni le coiffeur, ni le téléphone portable »
  • « d'expérience : des spécialistes disponibles à condition de ne pas voir à la dépense et aux dépassements d'honoraires . Depuis le temps que la gauche nous met en garde contre la possibilité d'une médecine à deux vitesses nous y sommes arrivés à pieds joints ! »

Agression des médecins

  • « 4,5 pour mille ! C'est un pourcentage totalement insignifiant qui ne mérite pas qu'on s'y arrête ! »
  • « Oui ...Je pense que chaque métier a des avantages (très peu) , mais beaucoup d’inconvénient !
    Pensez aux chauffeurs de bus , de taxis , contrôleurs de trains , policiers , douaniers , etc .... »

Sur la loi de santé

  • « Ne laissons plus le monopole de la santé au privé. Trop de médecins aux gouvernements et dans toutes les instances et assemblées parlementaires; de ce fait ils font ce qu'ils veulent et sont intouchables. Repassons la médecine dans le public dans sa grande majorité. »
  • « je donne raison à Mme TOURAINE car après tout pourquoi les médecins devraient avoir tout les droits. Un salarié doit attendre la fin du mois pour être payé!!! Par ailleurs il me semble inconcevable que la SS continue de faire des prélèvements. »

Les économies de santé

Baromètre d’opinion Drees 2014 – publication Avril 2015

  • « La solution préférée des Français pour réduire le déficit de la branche maladie de la Sécurité sociale est la limitation des tarifs des professionnels de santé (84 %) , et la taxation des fabricants de médicaments (81 %) » .
  • « Une large majorité des Français souhaitent également jouer sur le comportement des médecins : 68 % souhaitent qu’ils prescrivent moins de médicaments et d’examens , et 56 % que soit rendue obligatoire la prescription de médicaments génériques »

--------------------------

On le voit par ces extraits et commentaires issues de la presse grand public, on le confirme dans l’enquête annuelle de la DREES, il circule beaucoup d’écrits incroyablement négatifs, voire carrément vitriolés, envers le corps médical. Ces textes libres ne doivent pas être sous-estimés. En effet, ils pourraient correspondre à une partie émergée de l’iceberg des pensées souterraines de pas mal de patients. A lire ces écrits librement rédigés, sans contrainte et sans contrôle, on réalise que, secrètement, quelque part au fond d’eux, nombre d’utilisateurs du système de santé ressentent pas mal de pensées négatives envers leurs médecin, et semblent en large partie d’accord avec ce qu’on leur inflige. Ce qui permet, in fine, de réaliser que les actions des médecins contre la loi de santé recueillent de l’hostilité, voire de l’indifférence, mais pas de véritable soutien de la part des patients. Nombre d’entre eux pensent que les médecins libéraux méritent ce qui arrive.

 

Citations issues de commentaires en ligne sur les sites : Notre temps , 20 minutes, Psychologies.Com, Le monde, Le parisien, Le figaro

publié par: M.L.
commenter cet article
6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 21:38

On entend dire ces jours-ci que Château-Chinon est un désert médical, étant donné qu'il n'y a plus de médecin généraliste libéral

Je propose une réflexion en 3 étapes

1- Détaillons les étapes de ce qui se passe en médecine générale libérale à Château-Chinon

2- Ensuite, et si on rétablissait une vérité ?

3- Et si, partant de cette vérité, on regardait en face les réalités ?

I- Focus sur la situation de la médecine générale LIBERALE à Château-Chinon

La maison médicale de Château Chinon ouvre fin 2010, 4 médecins libéraux viennent y travailler.

2 MG partent en 2013 et 2014, pour raisons personnelles (changement de vie pour l’un, problème de santé pour l’autre)

Reste 2 généralistes.

2 généralistes avec : la patientèle de 4, les gardes de 4, les charges de 4. Car le bassin de population concerné est grand : l’ensemble de la communauté de communes du Haut-Morvan

(7 000 habitants) dont fait partie Château-Chinon (2 100 habitants)

Les 2 derniers docteurs s’épuisent de cette immensité de boulot et de charges. Et comme ils sont libéraux, vraisemblablement, on leur propose vraisemblablement une aide molle. Par exemple, la presse indique qu'on leur a proposé de faire travailler avec eux des médecins salariés pour la journée, mais ceux-ci n’auraient assuré ni permanence de soins de semaine, ni garde de WE. Le libéral poussé à l’extrême limite de sa condition ! Au nom de la sacro-sainte médecine libérale, on propose au libéral de l’aider le jour, tout en le laissant assurer les gardes de nuit et astreintes de WE ! Globalement, cela ne les avançait guère pour sortir de leurs difficultés. Donc, ils ont dit niet. De ce fait, leur activité représentait 11 à 12 h de travail par jour, des permanences de soins 24 h/24, y compris les week-ends, 158 gardes par an.

Quelle impasse peut conduire 2 généralistes à renoncer ? En tous cas, ils devaient se sentir sacrément pris au piège pour décider de partir le même jour, en laissant la maison médicale sans MG libéral. Au 31 janvier 2015, donc, plus de médecins libéraux à la Maison Médicale de Château-Chinon.

Ce qui, dans les médias, se traduit par : plus de médecin généraliste à CHÂTEAU-CHINON

Et ça c’est inexact

II- Et si on regardait la vérité ?

Le départ des généralistes libéraux créa de l’émotion.

Devant le fait accompli, (alors qu’ils n’avaient pas bougé pour venir en aide aux libéraux), les élus du Morvan durent se mobiliser, et mettre en place une solution qu’ils appelèrent « provisoire »

COMMUNIQUÉ DE PRESSE DE l’ARS - Dijon, le 16 décembre 2014

« L’ARS Bourgogne, la Ville de Château-Chinon et la Communauté de communes, avec l’appui du Conseil général de la Nièvre, sont engagés dans un plan d’actions pour reconstruire une équipe médicale, suivant une organisation mobilisant médecine libérale et praticiens salariés.  La démarche vise à privilégier la recherche de médecins libéraux qui pourront exercer au sein de la MSP. L’ARS Bourgogne finance à ce titre un cabinet de recrutement (en contrepartie du respect d’un cahier des charges précisant notamment une durée d’engagement, le contexte de travail...) . Durant cette période et en vue d’assurer la continuité des soins, toutes les solutions seront mobilisées : recours à des médecins retraités, des médecins assurant des remplacements. Les généralistes implantés dans les bassins de vie environnants seront également sollicités, dans la mesure de leur disponibilité.  Leur exercice sera renforcé par deux praticiens hospitaliers recrutés au centre hospitalier de Château-Chinon, qui pourront proposer des consultations externes (9 heures par jour).Un mi-temps supplémentaire est prévu. Si nécessaire un médecin salarié sera également recruté. »

 

Donc, des médecins hospitaliers assureront une activité continue de consultations, tous les jours de la semaine, au sein de la Maison médicale. Exit la permanence de soins.

En effet, pour assurer de la permanence, il faut des gens qui ne comptent pas leurs heures, qui sachent travailler nuit et WE en plus du jour, sans récupération de leurs heures supplémentaires.

En pratique, des médecins salariés embauchés par l’hôpital sont mis à disposition pour la maison médicale. Des médecins retraités peuvent participer aux consultations aussi (en libéral)

Point important de la nouvelle organisation, donc : les salariés n’assurent pas de permanence de soins. Pour qu'ils puissent faire de la PDS un jour, il faut attendre le décret relatif à l'activité ambulatoire des médecins hospitaliers, qui seule leur permettra d'assurer la permanence des soins la nuit et les visites à domicile (prévu fin 2015 ? )

Voyons voir un peu ce que signifie activité continue quand il s’agit de médecins hospitaliers ou retraités :

Horaires actuels de la maison de santé :

Dr H et Dr B : tous les jours du lundi au vendredi de 8 h 00 à 18 h 00

Dr N : consultations : lundi matin et samedi matin + Visites à domicile : lundi après-midi

Dr D : consultations : mercredi après-midi

La vérité, c’est donc qu’on véhicule des informations fausses : il y a bien des généralistes à la Maison Médicale de Château Chinon.

En parallèle, la municipalité publie des annonces de recrutement de médecins libéraux. « La Commune de Château-Chinon, ville centrale du Parc Naturel Régional du Morvan, recherche 4 médecins généralistes libéraux afin d'intégrer une maison médicale pluridisciplinaire de santé! ». Tiens, ils ont mis un point d’exclamation dans l’annonce, marrant ! Le carré inséré en rouge dans cette annonce montre bien ce que l’on attend des libéraux. La nuit et le WE… c’est clair. Puisqu’eux, les libéraux, ils peuvent bien travailler la nuit et le WE en plus du jour.

 

III- Et si on profitait de ce qui se passe à Château-Chinon pour regarder la réalité en face

Réalité 1 : l’un des 2 médecins s’est installé pas très loin de là, dans une autre maison médicale située à Anost, à 17 kilomètres. Dans ce nouveau secteur, il bénéficiera de meilleures conditions de travail, d’autant que le système de garde en Autunois, qu’il va intégrer au mois de mai, est beaucoup mieux structuré.

Anost est situé à 17.2 kilomètres de Château-Chinon. Cela fait un moment qu’il n’y a plus de médecin à la maison médicale d’Anost, et les patients faisaient le trajet jusqu’à Château-Chinon. Les malades iront désormais dans l’autre sens. Temps de transport en voiture : 21 minutes. Ce n’est pas très différent du temps de transport d’un habitant de la région ile de France qui va voir son médecin, doit prendre les transports en commun ou se taper les encombrements puis trouver une place pour se garer.

L’autre médecin s’installe à Autun, Autun se trouve à 35 km, soit 35 minutes de transport. Nombre de franciliens trouvent que 35 minutes de transport c’est très peu.

Réalité 1 : certes la place du village de Château-Chinon est déserte de MG libéral, mais on ne peut pas parler totalement de désert médical quand même. Il y a des médecins pas loin.

 

Réalités 2 et 3 :

Les médecins libéraux partis sont âgés de 59 et 61 ans. Cet âge, disons, mûr, est à considérer.

Il rappelle que la moyenne d’âge des généralistes français est élevée, et explique que nombre d’entre eux, plus proches de la fin d’activité que du début, soient fatigués. Les MG se répartissent en 57 % d'hommes et 43 % de femmes, d'un âge moyen respectif de 57 ans pour les premiers et de 49 ans pour les secondes. 25,8 % des généralistes sont âgés de 60 ans et plus tandis que les moins de 40 ans représentent seulement 13,8% de l’ensemble des effectifs (1)

Réalité 2 : Quand les médecins trouvent l’exercice trop dur, même s’ils sont libéraux, il est bon de se rappeler qu’ils ont une vie comme les autres. En prenant de l’âge, ils sont plus fatigables, et aspirent à baisser leur activité. Quand aux femmes, elles veulent travailler moins d'heures.

Ensuite, dans une société ou le travail n’est plus la finalité de la vie, les médecins en ont assez d’être corvéables à merci du simple fait qu’ils sont « libéraux ». Comme, en plus, ils sont assurés de trouver à travailler ou qu’ils aillent, ils peuvent parfaitement décider de ne plus sacrifier sans aucune reconnaissance leur vie, leur temps, leurs loisirs, leur énergie, à la santé d’une population,

Réalité 3 : On reconnait l’utilité des médecins libéraux seulement lorsqu’ils ne sont plus là ! et on continue à espérer trouver d’autres praticiens exploitables comme leurs prédécesseurs. Mais les médecins ont des options innombrables d’installation et décident de leur propre vie. Même sous la contrainte, même si à l’avenir on en vient à des obligations d’installation dans les déserts, il y aura de toutes manières plus de demande de que médecins disponibles, ce qui n’apportera pas de solution pérenne.

 

Réalité 4 :

On parle trop facilement de « désert médical ». Dès lors des médecins salariés assurent tous les jours des consultations, pourquoi affirmer que l’on est en situation de désert médical ?

Ou l’on réalise alors que les élus sont à mille lieux des réalités de la médecine de leur pays.

Ils en sont à chercher 4 nouveaux généralistes libéraux pour peupler leur maison médicale, mais surtout pour être disponibles 24 h/24, et assurer les week-ends.

Quelles leçons tirent t’ils de l’expérience récente ? Généralistes malades, lassés, poussés à bout…

Les élus en sont encore à imaginer qu’un couple de médecins sera motivé pour venir travailler dans les conditions des médecins précédents. Sachant que très peu de jeunes médecins veulent s’installer, on ne veut pas les décourager, mais s’ils en tiennent un, ils feraient bien de ne pas le laisser seul sur le terrain comme ils ont fait avec les précédents.

L’argument de leur proposer 6000 euros de revenus est inepte. Vu le travail qui les attend, le revenu est largement assuré et le problème n’est en aucun cas une question de revenu.

Réalité 4 : Quand la réalité montre que la médecine libérale ne pourra plus être ce qu’elle était, que des médecins libéraux disponibles jour, nuit, et WE, ne sont plus volontaires pour ça, les élus n’en tirent aucune leçon, ne remettent pas en cause leurs choix. Ils se contentent, encore et toujours, de dire que c’est de la faute des médecins libéraux.

Réalité 5 : et les patients ?

Les patients ont désormais sur Château-Chinon, accès à une consultation médicale de 8 à 18 heures, soit 10 heures par jour et le samedi matin.

Cette amplitude horaire permet généralement de traiter l’ensemble des problèmes non urgents.

Si un problème de santé survient de 18 h à 8 heures, 2 options s’offrent à eux. Soit il s’agit un problème non urgent, mais que les patient auraient voulu régler dans l’immédiat. Il leur faut évidemment changer leurs habitudes d’avoir un recours aussitôt disponible à toute heure. Ou alors, rejoindre les urgences de l’hôpital d’Autun à 35 kilomètres, mais ils risquent d’attendre pas mal de temps. Il leur faut donc apprendre à patienter, pour consulter dans les heures d'ouverture de la maison médicale.  Soit le problème de santé est vraiment urgent. L’hôpital local offre une solution pour la prise en charge des urgences (mais comme il ne veut pas être dérangé pour rien, c'est après présélection par appel au 15). Si c’est vraiment grave, on leur enverra un SAMU ou les pompiers. Sinon les patients devront se diriger sur Autun, 35 minutes, soit, en pratique, guère différent du temps de transport d’un francilien pour se rendre aux urgences d’un hôpital proche de chez lui y compris la nuit.

Réalité 5 : la santé du bassin de population n’est probablement pas en danger, en revanche, une adaptation des patients aux nouvelles réalités médicales est à considérer. Triste réalité, on n’en profite pas pour rappeler aux patients que tout n’est pas forcément urgent. On se contente, une fois de plus, de pleurer sur le fait que les libéraux n’assurent pas leurs obligations de permanence.

Pour conclure

Des progrès sont à faire dans la notion et la définition de désert médical.

On le voit à Château-Chinon, l’absence de libéraux n’est pas synonyme exactement de désert médical. L’absence de libéraux est en réalité absence de médecin travaillant le jour, assurant des permanences de soins de soir et nuit, et des gardes de WE, sans prétendre à récupération de ses heures de travail.

L’expérience de Château-Chinon, première sous-préfecture de France à se trouver sans médecin libéral, devrait servir de déclencheur d’une vraie réflexion sur la notion de « désert » et sur la manière, non pas de trouver « son » médecin à installer dans « sa » maison médicale, mais bien d’assurer un maillage de soins primaires de qualité à la population, sans s’appuyer uniquement sur des médecins exténués par l’immensité des tâches médico-administratives, et les incalculables heures de travail.

 

 

(1) 8ème Atlas de la Démographie Médicale en France 2014 réalisé par la section Santé Publique et Démographie Médicale du Conseil National de l’Ordre des Médecins, situation au 1er janvier 2014.

publié par: Marion Lgn
commenter cet article
5 avril 2015 7 05 /04 /avril /2015 22:47

 

 

La société est à la plainte, aux angoisses, au pessimisme. Recevoir les plaintes est inhérent à la profession de médecin, le corps médical reste le rare réceptacle facilement accessible de nombre de misères humaines. 

Soucis de santé, difficultés sociales, doléances de toute sorte,  le besoin des gens à se raconter est inassouvi. L’énoncé de ses ennuis personnels à un étranger attentif est une sorte de consolation dans un monde ou les gens ne s’écoutent plus.

Les médecins utilisent leur empathie pour venir en aide aux misères des autres. Et pourtant, on entend souvent dire que les médecins trop peu empathiques.

En premier lieu, ne serait-ce envers eux-mêmes que les médecins manquent d’empathie ? S’occuperaient t’ils beaucoup des autres, et peu d’eux-mêmes ? J’ai plutôt cette impression, (peut-être que je me trompe), de voir nombre de médecins silencieux sur eux-mêmes, sachant mal exprimer leurs émotions, intériorisant leurs expériences, leurs difficultés, et leurs douleurs. Ne serait-ce pas qu’à force de rencontrer tant de personnalités, d’origines sociales et culturelles si variées, tant de maladies, de souffrance, les médecins apprennent à lisser leurs émotions et à canaliser leurs sentiments.

Il y a tant de problèmes à résoudre en seulement quelques minutes de minutes de consultation, tant d’instants passés à rassurer avant ou après une intervention, que l’empathie fait peu à peu place à une communication répétitive, une sorte de façade lissée, une communication adaptable au plus grand nombre de patients. Une sorte de lissage de communication se créé ainsi au fil de l'expérience. En même temps, c'est aussi une force, car les patients sont ainsi assurés de rencontrer des gens qui savent s'adapter instantanément à chacun d'eux.

Des difficultés surviennent dès lors que les médecins espèrent à leur tour être écoutés, et entendus. Actuellement, La société n’écoute pas les doléances des médecins, voire semble leur dénier le droit de se plaindre. C'est comme si l'on considérait que le simple fait de bien gagner sa vie avec son métier retire aux intéressés toute légitimité pour se plaindre de quoi que ce soit. C’est vrai, on gagne bien notre vie… mais l’argent n’est pas le seul moteur de la profession médicale, loin s’en faut, et heureusement. L’argent est aussi le corollaire de beaucoup plus de travail que la moyenne. Sachant d’ailleurs qu’à l’heure actuelle, pour maintenir son niveau de revenu, un médecin libéral doit obligatoirement travailler de plus en plus.

Autrefois, en échange d’une présence quasi continue, et des compétences à être réceptacle de la misère physique et psychique, les médecins recevaient un bonus d’estime des patients, et un regard positif de la société. Rien que cette vision était en soi une vraie rémunération.

Désormais, la société est devenue égoïste. A l’heure du chacun pour soi, et du malheur pour tous, qui reconnait que l’investissement des médecins va bien au delà du tarif d’une consultation ?

Les médecins n’encaissent pas que l’argent des patients. Ils encaissent toute la journée les émotions des autres : douleurs, peines, inquiétudes, frustrations, exigences, demandes émotionnelles, irrespect.

A force de taire leurs sentiments et leurs ressentis, les médecins ne dérogent pas à la règle humaine... Ça bouillonne à l’intérieur. Car, c’est émotionnellement fatiguant de mettre le meilleur de soi au service des autres, émotionnellement déprimant de garder peu d’énergie pour soi-même et émotionnellement frustrant de ne pas avoir la reconnaissance que l’on espère.

Le corps médical trouve peu de résonnance empathique auprès de la société et n’arrive plus depuis des années à faire valoir son point de vue. Les exigences des patients, la judiciarisation de la médecine, les obligations contractuelles, les obligations administratives, l’histoire des déserts médicaux, les contraintes définies par chaque nouvelle loi de santé : Etre fort en apparence ne peut pas dire que vous supportez d’être malmené, ni que vous saurez tout supporter.

A force de ne pas savoir formuler des attentes, de s’oublier émotionnellement, nombre de praticiens sont sur la défensive, et un grand nombre est désinvesti. Ils trompent leur désenchantement par une écoute banalisée, afin de tenir le coup dans leur hyperactivité professionnelle. Certains, mais pas tous, réussissent à garder suffisamment de temps pour leur vie personnelle

Les médecins sont fatigués, physiquement, et psychiquement. Beaucoup d’entre eux cultivent la critique désabusée. Peu ont la force de se mobiliser pour dire et redire que les décisions prises actuellement à l’encontre des médecins signent la mort de la médecine libérale française telle qu’elle fut dans sa gloire, et que bientôt, les patients découvriront qu’un médecin salarié, c’est 35 h par semaine, pas de déplacement, et pas d’appels de nuit. Qui croit les médecins quand ils assurent que ce sont bien les patients qui seront les premiers à pâtir des décisions ineptes prises par des gouvernants dogmatiques. Des décisions dictées par le monde de la finance et celui des mutuelles, nuisibles pour le corps médical, mais bien plus encore pour le fonctionnement de la médecine française.

Aux frustrations des médecins, feront bientôt écho celles des patients. Un jour viendra ou l’on ne pourra plus dire que tout cela est de la faute des médecins libéraux, car il n’y aura plus de médecins « libéraux » dans le vrai sens du mot, seulement des médecins fonctionnarisés, et résignés à ne plus investir sans retour sur investissement leur énergie aux services des autres.

 

 

Faire le test d'empathie de Baron-Cohen http://www.cygnification.com/test-d-empathie/

Empathie pour qui, pourquoi ?
publié par: Marion Lgn
commenter cet article
30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 17:44

Au début, quand on a commencé à parler de « démarche qualité », les soignants y ont vraiment cru.

Le mot qualité leur parlait bien et la notion de démarche leur était familière.

Ils ont donc pris cela pour un moyen concerté d’amélioration de la qualité des soins

Ils ont pensé que les démarches médicalisées, la simplification et la protocolisation de la prise en charge, toutes actions susceptibles de générer un meilleur rapport qualité/dépenses, naitraient de la collaboration entre les administratifs et les médecins. Ils se sont investis avec motivation, participant sans relâche à nombre de réunions en sus de leur travail médical.

Longtemps aveuglée par la pensée unique que les soignants pouvaient s’impliquer dans la démarche qualité, je me rends à l’évidence. Ce que l’on avait pris il y a 10 ou 15 ans pour une méthodologie participative d’amélioration, tant de la qualité des soins que de l’exercice professionnel n’était en réalité qu’une façade destinée à injecter une dose de plus en plus puissante, voire létale, de contrôle financier.

 

La démarche médico-économique initiale abritait derrière son joli mur décoré de médicalisation, les balbutiements d’une gestion purement économico-financière du soin.

Petit à petit, de la notion de dépense, on est passé à la notion de dérapage des dépenses . Une idée directrice qui paralyse désormais la réflexion en matière de santé. Un concept exploitable à l’infini, opposable et opposé à la pratique médicale, tant les chiffres sont si facilement manipulables qu’il est tentant de céder à cette facilité.

Petit à petit, la place de la démarche médicalisée a fondu, laissant émerger la notion que la seule manière d’obtenir de vraies économies serait la contrainte et la privation de moyens.

La « démarche » qualité a opéré un glissement sémantique. De démarche qualité, elle est devenue « contrôle qualité ». Une sorte de police fiscale, gérée à tous échelons par les financeurs s’emploie à limiter les dépenses. La sécu prive de recettes les hôpitaux publics comme privés, l’ARS distribue parcimonieusement les subsides. Les gestionnaires hospitaliers publics restreignent les moyens des établissements afin de ne pas dépasser les montants alloués, les gestionnaires privés restreignent les moyens afin de de rémunérer les actionnaires. Le monde de la finance est en filigrane permanent de la médecine : les budgets des ARS, de la sécu, le financement des hôpitaux publics mais aussi les profits des groupes de santé, et des mutuelles

Afin de mieux contrôler ceux qui sont désignés comme les abuseurs de dépense, les gestionnaires sont devenus accros du contrôle, au point que les abuseurs ne sont surement pas ceux qu’ils croient. Ils ont créé des agences, empilé des strates de briques de contrôle. Petit à petit, les gestionnaires qualité deviennent les rois de la santé, de l’échelon le plus haut des ARS au barreau du bas, celui de l’établissement du coin, tous missionnés sur un objectif unique : dépenser moins, et une méthodologie non moins unique : encadrer et restreindre les soignants, considérés comme les uniques responsables de l’expansion des dépenses. Chaque étage de la fusée de contrôle a été soigneusement cloisonné, afin d’opacifier la compréhension et diminuer ainsi les velléités de savoir, de connaitre, de comprendre et d’échanger des informations. Le contrôle et le cloisonnement font désormais partie des superpouvoirs des dominants autocratiques de la politique de santé.

La seule vraie initiative médicale recevable dans un tel système de valeur est alors celle qui permet de mettre des croix dans les bonnes cases du qualiticien.

Plus aucun pouvoir médical n’est entre les mains des médecins et autres soignants. Le corps médical disparate, l’individualisme, les désaccords syndicaux, ont fait le lit de ce putch bureaucratique. Le pouvoir s’est déplacé. Désormais, les décisionnaires sont des cadres issus d’écoles de commerce et d’administration, ou bien d’anciens médecins retirés de longue date du soin mais se targuant d’une étiquette médicale, qui légitime leurs actions, indifférents aux profonds changements de la médecine depuis qu’ils ne l’exercent plus. Tous ces décideurs sont préoccupés de se mettre en valeur les uns les autres par de belles et vraies décisions de contrainte et de contrôle. Pendant qu’ils assistent à une réunion, ils sont capables de se dévisser le cou pour surveiller les participants entrant dans la salle voisine, tout en fronçant les sourcils, inquiets de la raison pour laquelle ils n’ont pas été informés ni conviés à l’autre réunion.

Tous ces gens qui réduisent la santé à des chiffres sont pourtant doués d’une vraie subtilité médiatique. Ils allèguent au grand public leur soit disant intérêt à la santé des malades. Ce prétexte recueille la bénédiction des patients, qui croient, parce qu’ils manquent d’informations objectives, que la restriction de financement va apporter un bénéfice pour leur santé, et leur porte-monnaie. Pauvres crédules qu’ils font, les patients, qui ne réalisent pas que cela leur coutera aussi cher qu’aux soignants. .

Bien sûr, dans un tel contexte de contrôle, les soignant de terrain sont parfois poliment écoutés, mais pas du tout entendus. On leur accorde, au mieux, un avis consultatif. Que ce soit dans leur établissement de santé ou dans les hautes sphères des tutelles et des syndicats, ils sont conviés à venir écouter religieusement les conclusions et décisions des gestionnaires, dont le leit-motiv immuable consiste à marteler : il faut diminuer les dépenses.

Partout, à tous niveaux, tous ont les yeux rivés sur la colonne des dépenses.

Ceux qui tiennent les manettes de la contrainte n’ont cure des patients, ni du soin. Ils agissent juste pour avoir la caution des soignants en mettant des noms en face de réunions le plus généralement improductives en terme d’amélioration des soins. Ils veulent programmer des chemins «cliniques » dont ils n’ont pas réfléchi ni d’où ils partent ni où ils veulent mener. Ils veulent désigner des pilotes juste par obligation de mettre un nom sur la ligne, des pilotes sans véhicule, sans essence, sans destination clairement définie. Comme un administratif ne peut pas ouvertement conduire une action médicalisée, il cherche à désigner des soignants pour piloter les actions qualité.

Le problème, c’est que les soignants sont de plus en plus occupés à faire la médecine et le soin. Et puis, ils ne sont pas idiots. Que leur a finalement apporté cette démarche qualité dans leur pratique quotidienne ? Quelques améliorations certainement, dans les débuts, mais actuellement bien plus de contraintes que de satisfactions professionnelles. Au nom de la qualité, ils se retrouvent à s’occuper des patients dans un environnement stresseur, sous une pression administrative constante et agressive.

Les valeurs partagées des médecins et des gestionnaires se sont dissoutes dans ce contrôle à haute pression. On se parle de moins en moins facilement, on partage de moins en moins de points de vue. En effet, à tout jamais, un gestionnaire n’a pas la même temporalité qu’un soignant. Le gestionnaire a une vision à court terme, allant de la fin du mois à la fin de l’exercice fiscal. Le soignant, lui, a une vision à long terme. Soigner est long, guérir parfois très long, accompagner se fait dans la durée. Le soignant aimerait parler d’amélioration de qualité médicale. Le soignant aimerait avoir une vraie vision transversale décloisonnée. Quand on lui parle d’effort financier, le soignant ne comprend pas pourquoi et admet encore moins que ce soit sur son dos qu’on doive le faire. Car la finance n’est pas son métier. En revanche, la notion d’effort, le soignant connait. Pour gérer la santé des gens toute la journée, il faut faire énormément d’efforts.

Les soignants, qu’ils soient médecins, ou paramédicaux, sont d’accord de réfléchir à un meilleur modèle économique. Mais en pratique, on les convie à des réunions, où la réflexion et le discernement médical n’ont pas leur place, et où la contrainte paralyse les réflexions. Pour mettre les bonnes croix dans les bonnes cases de l’accréditation tutélaire et financière, on demande seulement aux soignants de se conformer à ce que d’autres ont estimé comme étant les actions « bonnes ». Dans un cadre qui n’investit pas, ne se renouvelle pas, est sous-équipé, en retard sur le progrès, la notion du « bon » travail médical consiste en réalite à obtenir que les soignants se conforment à toutes les obligations médicales et surtout extramédicales que l’on attend d’eux. Mais cela n’a rien à voir avec la vision du « bon » travail médical, du point de vue du médecin ou de l’infirmière.

Il serait bien de faire évoluer le point de vue.. Des économies de fonctionnement sont possibles, tant dans les hôpitaux, qu’en ville. Sauf qu’économiser n’est pas synonyme d’asphyxier financièrement les producteurs de soin, ni d’additionner de nouveaux barreaux sur une interminable échelle administrative. Explorer et de mettre en œuvre d’autres solutions serait passionnant et surement porteur d’améliorations à la fois médicales et financières. Bien entendu, pour ce faire, il faudrait accepter des projets à long ou moyen terme.

Or, actuellement, la santé est dominée par un modèle unique, celui de la contrainte des dépenses à court terme. Les dépenses du jour et du lendemain. Comme si c’était la seule clé d’un meilleur fonctionnement du système de soins. Yaka limiter les dépenses, faukon y arrive comme ça, koikon fasse aux soignants, l’intendance suivra…

Et bien non, l’intendance ne semble pas suivre… nombre de soignants, médecins, infirmières, paramédicaux, en ont ras le bol.

Une sage décision du corps médical pourrait être de ne plus participer aux démarches qualité, tant que ces démarches seront seulement les façades d’un contrôle permanent, d’une gestion purement financière, tant que leur finalité ne sera pas à dominance médicale, tant qu’elle ne concourront pas à améliorer la qualité de travail des médecins et des infirmières, et par ricochet, la qualité de prise en charge des malades.

l'intendance suivra...
publié par: Marion Lgn.
commenter cet article
22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 00:36

Si on m’avait dit qu’un jour j’assisterais à une session entière de congrès (un WE, bien entendu) dans laquelle on me parle d’élargir les couloirs, de changer les portes sous peine d’amendes de haut niveau. Un autre intervenant vient nous signifier l’obligation de mutuelle pour nos salariés, et nous interpelle comme si on était à la tête d’une entreprise, en évoquant plusieurs fois « l’ensemble » de nos salariés. Une présentation, ensuite, sur la nécessité de se battre avec les établissements au sein desquels nous exerçons, afin de disposer de tout ce qui est considéré comme nécessaire à des soins de bonne qualité.

Si vous étiez petite souris, je vous conseillerais de vous mettre dans un recoin de couloir d’un congrès médical, et de méditer sur les échanges entre médecins. Des histoires de tiers payant, d’argent, de sécu, de mutuelle, de rendez-vous manqués, de délais importants de rendez-vous, d’impossibilité de trouver un associé, et de se faire remplacer. Des histoires de consultants exigeants, ou insatisfaits du trop peu de temps à eux consacré. Des histoires d’horaires surchargés, d’administration trop prégnante. Et puis la question récurrente de ceux, nombreux, ayant des cheveux blancs : et toi, la retraite, c’est pour quand ? , puis la remarque tout aussi récurrente : les jeunes, on les plaint, avec ce qui les attend…

 

 

 

 

 

Des valeurs morales et intellectuelles m’ont fait autrefois choisir le métier de médecin. La majorité des médecins a choisi ce métier pour ces valeurs, qui sont ses valeurs.

Et maintenant, ou se situe l’importance des valeurs morales du docteur ? Tout le monde n’évoque plus que la valeur vénale de mes actes, de mes gestes, de mes consultations, des examens réalisés, des traitements donnés, de mon cabinet devenu une entreprise à elle seule.

Pourtant, elles sont intactes en moi, comme chez nombre de mes amis médecins, ces valeurs morales qui ne semblent plus intéresser grand monde. Ce n’est pas l’argent qui fonde la motivation de l’humain soignant un autre humain. Les valeurs du soignant sont au delà de l’argent. Que l’on cesse de nous penser premièrement intéressés par l’argent. La rencontre avec un humain malade est une rencontre authentique, qui n’a rien à voir avec la valeur vénale associée au travail. Les médecins sont avant tout des porteurs de valeurs d’humanité. Attention, bienveillance, gentillesse, écoute de la détresse et de l’impuissance des humains sont notre quotidien, et ces valeurs entretiennent notre motivation à soigner.

Pourquoi les médecins gagnent t’ils si bien leur vie. Parce qu’ils travaillent plus que la moyenne. Et s’ils travaillent autant, c’est avant tout pour motif d’humanité. Non, ce n’est pas pour le fric que les médecins acceptent de voir énormément de patients, d’assurer de nombreuses heures de travail, de sacrifier des soirées, des nuits et des week-ends pour travailler, sans repos compensateur. L’investissement est temporel, mais aussi physiquement et moralement important. Si le corollaire de travailler et de s'investir beaucoup est logiquement d’avoir un très bon revenu, il nous parait proprement incroyable que l’on nous dénie cela.

Ne sous-estimons pas l’énergie considérable nécessaire à entretenir des échanges humains. Cette partie du métier a conséquemment changé dans les 30 dernières années. L’attente des patients est de plus en plus importante, voire souvent excessive. La tendance à confondre adaptation à son attente et satisfaction est un modèle de raisonnement fort répandu de la part des patients. Certes, la détresse liée à la maladie induit une baisse de tolérance. Mais la sorte d’attentisme rageur, constamment exprimée à l’égard du corps médical pour ses soit-disant insuffisances, incompétences, intérêts financiers, tout ceci témoigne d’un amalgame. Au plan moral, même dévoué à son métier et à la santé de ses patients, le médecin ne peut pas être constamment ce héros parfait, conforme à l’attente et aux exigences de l’ensemble des malades qu’il soigne.

J’ai fait médecine, je suis et resterai médecin uniquement pour des valeurs morales, pas pour des valeurs financières. Je ne comprends pas les raisons qui consistent à compliquer sans cesse la tâche des médecins, en leur additionnant des multiples strates de travail non médical. Le corps médical est violemment bousculé par les jugements, les critiques, les reproches, les inlassables demandes d’une impossible perfection, et miné par l'addition des contraintes.

Impuissance, solitude, vulnérabilité, perte de sens, ne sont pas que le lot des patients, mais aussi celui des médecins. Une société qui veut des soignants aptes à écouter la détresse et à y remédier, devrait commencer par se comporter honorablement avec eux, reconnaitre leurs valeurs humaines et morales, et avoir de l’estime pour eux. Ainsi les médecins retrouveraient le chemin de l’estime d’eux-mêmes, la reconnaissance de leurs valeurs morales, et la place qui est la leur, accompagner la naissance, la maladie, la mort et la détresse humaine.

publié par: M.L. - dans indignation
commenter cet article
20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 22:43

En 2015, au moment ou la loi de santé passait en accéléré les portes de la mise sur le marché dans les antichambres du gouvernement, malgré 40000 médecins dans la rue la semaine d’avant, les patients ne se privaient pas de remarques acides à propos des médecins qui refusaient de ne plus les faire payer.

Se sont-ils projetés 2 ans plus tard, les bien-pensants vite prompts à considérer que les médecins devraient accepter de ne pas être rémunérés pour tout leur travail, au motif que leurs années d’études leur ont été « offertes » par l’état

Consultation 2017.

De moins en moins de médecins, de plus en plus de patients. Durée d’une consultation : 10 minutes

7 premières minutes de consultation : Mme Michu, bonjour, vous venez pour quoi ?

Pardon, Mme Michu, excusez moi, avant de vous soigner, nous devons tout d’abord régler la question administrative. Donnez moi, je vous prie, votre carte vitale, et votre attestation de mutuelle.

Et aussi, avez-vous transmis à la sécu votre relevé d’identité bancaire, afin qu’elle puisse vous prélever l’euro retenu sur chaque consultation ? Vous savez que sinon, je ne peux faire le tiers payant.

  • Ah, je ne l’ai pas docteur, ma carte vitale ne fonctionnait plus j’attends la nouvelle carte depuis 5 mois
  • Ah, je ne l’ai pas docteur, on m’a volé ma carte vitale, j’attends la nouvelle carte depuis 5 mois.
  • Vous savez que je viens de changer de métier, docteur ? Déclenchement d’un reflexe primitif de réponse simple chez le praticien. Ah bon, vous faites quoi, alors maintenant ? mais, non, cette question c’était dans le temps… La nouvelle formulation est : « Vous venez de changer de métier……. et votre carte vitale ? l’avez-vous mise à jour ? »
  • Vous avez un médecin traitant ? oui, non, je ne sais plus, je ne sais plus son nom, il a pris sa retraite l’année dernière mais je n’ai pas trouvé d’autre médecin pour le moment.
  • Au fait, lors de vos 3 dernières consultations, je n’ai pas été réglé. Vos droits sont t’ils à jour ? auriez vous par hasard votre attestation de droits ? Mes droits, docteur, qu’est ce que cela veut dire ? avec tout ce que j’ai cotisé, bien sur que la sécu j’y ai droit.
  • Vous avez votre attestation de mutuelle ? non, je l’ai oubliée
  • Vous avez votre attestation de mutuelle ? non, parce que la mutuelle ne me l’a pas envoyée
  • votre attestation n'est plus valable, elle n’est plus à jour depuis 3 mois. Je comprends, ce n’est pas de votre faute, mais avez-vous fait une nouvelle demande comme je vous l’ai dit la dernière fois, car je ne suis pas payée des consultations
  • Docteur, je viens de changer de mutuelle, j’en change tous les ans, avec le courtier spécialisé qui me trouve chaque année les meilleurs rapports qualité prix, et la, je n’ai pas encore reçu mon attestation
  • Docteur, j’ai la mutuelle employeur obligatoire, mais comme elle me prend en charge beaucoup moins bien qu’auparavant, j’ai aussi une surcomplémentaire, pouvez vous faire la prise en charge surcomplémentaire en même temps
  • Vous n’avez pas enregistré votre RIB ? dans ce cas, je ne peux pas vous faire le tiers payant, car la sécu ne pourra pas récupérer sur votre compte l’euro retenu par consultation.

 

Mais.. Docteur, je ne vois pas pourquoi je dois payer quelque chose, on m’a dit que c’était gratuit maintenant. Je ne comprends pas, ils ont dit qu’on ne payait plus chez le médecin. De toutes façons, je n’ai pas d’argent sur moi pour vous payer, docteur, vu que c’est écrit partout qu’il n’y a plus besoin de payer chez le docteur.

Au fait, vous veniez consulter pour quel souci de santé ? Parce que, maintenant qu’on a abordé le problème administratif, il vous reste juste 3 minutes. Vous avez mal la, la, et la ?. Ecoutez, aujourd’hui, nous traitons le motif de consultation le plus urgent. Vous reviendrez me voir pour vos autres problèmes, mais alors surtout avec les bons documents administratifs, ça nous gagnera du temps que l’on pourra consacrer à faire de la médecine. Reprenez rendez-vous tout de suite, le prochain rendez-vous est assez rapide, je crois qu’il y a des désistements dans 3 semaines.

--------------------------------------

Le problème n’est pas le tiers payant. Le problème n’est pas exactement « qui paie le médecin ? » mais « comment un médecin peut-il indéfiniment fonctionner correctement avec des tarifs déconnectés du coût de sa pratique surtout si on lui ajoute des heures de travail administratif.

Les actes gratuits non facturés actuellement (par respect pour le patient), ce sera fini. Après un tel parcours du combattant recommencé à chaque consultation, dès lors que les bons documents seront présents, les médecins ne se gêneront pas pour faire rémunérer TOUS leurs actes. Ce sera une sorte d’auto-financement légal du travail supplémentaire. Dont on accusera les médecins, très certainement.

Et puis les consultations à 3 motifs ce sera fini! Avec le TPG on pourra faire revenir les patients, pas de souci.

A l’heure actuelle, le dogmatisme fait passer totalement à la côté de la vraie question, qui n’est pas le tiers-payant en lui-même. Une majorité de médecins est d’accord pour appliquer le tiers payant, mais à 2 conditions, qui n’ont pas été discutées

  1. L’assurance d’être payé Les médecins sont comme les autres. Ils n’ont aucune raison de travailler gratis, du simple fait qu’ils se consacrent à la santé des autres.
  2. La simplicité d’exécution, n’obligeant pas à des heures de travail supplémentaire pour que le point 1 soit effectif. Les promesses de simplification semblent bien trop pompeuses pour être crédibles, quand on connait l’inconséquence de ceux qui mettent en place le tiers payant à marche forcée sans avoir envisagé les modalités pratiques auparavant.
publié par: M.L. - dans médecine
commenter cet article

Présentation

  • : cris et chuchotements médicaux
  • : Déménagement définitif du blog à l'adresse suivante: www.cris-et-chuchotements-medicaux.net
  • Contact

@copyright

J'autorise les citations de mes textes sous réserve que soient citées la source et le lien.

Je trouve agréable d'être avertie, c'est plus convivial.

L'icone "j'aime" est bien, mais un commentaire c'est mieux

Si vous voulez me contacter: gastroenterologue92@gmail.com

Rechercher

Retrouvez tous les articles du blog ici: cris-et-chuchotements-medicaux.net. Vous y retrouverez l'intégralité des articles déja publiés, de nouveaux post, et vous pourrez mettre vos commentaires !

blogs santé

Teads - Top des blogs - Santé et bien être

A propos de moi

Ce blog a définitivement déménagé en septembre 2015 à l'adresse suivante: cris-et-chuchotements-medicaux.net.

Vous y retrouverez l'intégralité des articles déja publiés, que vous pourrez commenter (ici les commentaires sont désactivés)

et de nouveaux post, bien sur ! 

Au plaisir de vous retrouver sur mon nouveau blog

 

 

 

essai