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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 22:53

20 fois Merci, Madame la Ministre et son gouvernement, d’être si attentifs à aider les médecins…

  1. Nous ne savons pas écrire lisiblement, aussi nous obligez-vous à nous informatiser
  2. Nous adorons naviguer sur le net, alors vous nous avez créé un espace spécifique dans le site de la sécu . Vous l’avez nommé espace PRO, (ce qui veut dire : espace PROblème).
  3. Nous ne savons pas gérer l’argent, aussi avez-vous décidé qu’il serait mieux pour nous de ne plus faire régler les patients, ainsi nous n’aurons plus de chèques à déposer à la banque, ni de règlement par carte à encaisser
  4. La banque nous prélève un pourcentage sur les règlements par carte bleue et nous allons donc faire des économies en pratiquant le tiers payant
  5. Il y a un truc que vos prédécesseurs nous ont accordé il y a bien longtemps, nommé les dépassements d’honoraires, et mais vous trouvez que nous sommes incompétents à en gérer les montants nous-mêmes, aussi vous nous avez offert de les mettre sous votre contrôle en nous indiquant votre échelle de référence qui serait financièrement plus acceptable que la nôtre.
  6. Pour soigner nos insomnies, vous proposez aux libéraux de sublimer leurs difficultés de sommeil, en leur demandant d’assurer des permanences de soins jusqu’à mi-nuit
  7. Mais en même temps, vous avez pitié des médecins de SOS médecins, et vous leur proposez de dormir la nuit à la place d’aller faire des consultations d’urgence
  8. Mais en même temps, vous avez pitié des urgentistes hospitaliers, et vous demandez aux médecins libéraux de les décharger des patients grippés en voyant plus de patients en ville. De toutes manières, c’est juste pour faire l’arrêt de travail, alors 23 euros pour ça, c’est presque trop bien payé.
  9. Vous trouvez plein de moyens de nous offrir du travail supplémentaire: recevoir plus de patients, mais aussi faire plus d’administratif… selon vous les médecins devraient vous bénir de ne pas connaître le mot chômage. Selon vous, l’important est d’avoir du boulot, y compris s’il n’est pas ou mal rémunéré.
  10. Afin que nous ne restions pas enfermés dans notre tour d’ivoire, indifférents au monde, vous permettez à tout à chacun d’avoir accès librement à nous comme il veut, autant qu’il veut.
  11. Afin de nous convaincre que nous devons répondre à toute demande urgente quelle qu’elle soit, vous approuvez quand les médecins ont des ennuis parce qu’ils n’ont pu se libérer dans l’heure suivante pour rédiger un constat de décès. Ainsi vous oeuvrez à nous convaincre que nous sommes aussi indispensables aux morts qu’aux vivants.
  12. Vous aplatissez (à votre manière) les obstacles d’accès aux soins (méthode : en aplatissant les médecins ...)
  13. Pour aplanir les obstacles d’accès aux soins, vous nous faites notamment élargir les couloirs de nos cabinets, enlever les escaliers d’accès. Ainsi les handicapés ne pourront toujours pas prendre le métro, mais au moins pourront-t’ils se consoler en venant rouler dans les cabinets médicaux
  14. Vous avez pitié de notre solitude, aussi vous insistez pour que nous nous installions dans une maison de santé, surtout si elle se trouve dans un désert désigné par vous
  15. Vous compatissez sur notre petit temps de loisirs en nous proposant une saine occupation, pas fatigante physiquement : traiter la paperasserie administrative après les consultations
  16. Vous faites tout pour nous soulager de la prise en charge des malades : les faire vacciner par d’autres, assurer leur suivi par la sécurité sociale
  17. Vous êtes convaincue que nous ne savons pas prescrire correctement des médicaments, aussi vous nous soulagez en déléguant à d’autres de le faire à notre place
  18. Vous embauchez plein de gens que vous mettez dans des bureaux hors de notre portée, et vous voudriez les charger de décider complètement où et comment nous devrons nous installer, afin de nous éviter des décisions erronées sur le choix de nos lieux d’exercice
  19. Vous subventionnez des tas d’agences avec des tas de gens dedans, des gens n’ayant aucune idée de la manière dont se passent nos journées de consultation, occupés à réfléchir et pondre des tas d’ avis techniques sur la manière de faire la médecine, comment soigner, et à nous expliquer en quoi consiste un parcours de soins d’un patient
  20. Vous créez des groupes de « travail », HAS , INCA, Cancéropôles, composés de gens ayant beaucoup de temps pour élaborer des référentiels et nous affirmer que la médecine c’est très simple du moment que l’on applique leurs protocoles à la lettre.

 

Aucune autre profession ne pourra se vanter de bénéficier sans avoir rien demandé, d’autant de conseils, de normes, de règlements, de directives et de contraintes que la nôtre. Aucune autre profession ne peut se dire encadrée par tant de gens n’ayant pas la moindre idée de ce que peuvent vivre en réalité les acteurs de terrain.

publié par: M.L. - dans médecine
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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 00:22

Les patients ne doivent pas renoncer aux soins, donc il faut installer des médecins dans les zones de désertification

Au premier degré, cet argument se tient. En revanche, un autre degré de lecture conduit à s’interroger : pourquoi vouloir à tout prix mettre cet objet de valeur, le médecin, à portée de déplacement à pied, alors que l’INSEE indique qu’en 2008, il faut en moyenne 17 à 20 minutes en zone rurale pour aller travailler, aller à l’école, aller faire des courses, aller faire des activités, et encore plus de temps en zone urbaine, en moyenne 19 minutes par activité ( de 14 minutes pour l’école, à 18 pour les courses et 25 pour le boulot). http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1252

On parle de la désertification rurale, car les accès aux commodités sont en effet plus éloignés. Mais en ville, bien plus de temps est nécessaire pour franchir une même distance. Pas à un paradoxe près, c’est en zone rurale que l’on souhaite des médecins de « proximité », alors que ce sont les zones ou les déplacements sont le plus simples et les plus rapides !  

Les patients ne doivent pas renoncer aux soins, or l’un des problèmes est l’allongement des délais de rendez-vous, donc... donc quoi ? 

Cet argument me laisse  perplexe. L’offre médicale étant ce qu’elle est, et orientée à la baisse, un simple raisonnement mathématique de classe primaire indique que le volant de régulation est alors celui de la demande de soins, dites-moi si je me trompe. Quel casse-tête !  Comment procéder ? Agir sur la population pour qu’elle soit moins en demande de soins, ce n’est pas dans l’air du temps. Et puis, comment s’y prendre ? 

L’expérience montre que l’inverse est prévu. Puisque les médecins se font rares, l’adage devrait être « ce qui est rare est cher »  Cet adage ne s’applique pas aux médecins. Actuellement pas trop cher, il est déjà rare. Bientôt quasi gratuit, il sera consommable à volonté. Ca ne devrait pas arranger cette affaire de délai.

Sans agir sur la demande, il reste qu’on va demander aux médecins d’organiser différemment   leurs modèles managériaux pour voir accélérer le turn-over de patients et ainsi répondre à la demande croissante de soins. Une option consistera peut-être à prochainement à faire entrer 2 patients en même temps dans le cabinet de consultation  ? tandis que l’un se déshabille, on interroge l’autre. Puis on examine le deuxième pendant que le premier se rhabille. Une autre approche assez simpliste consisterait dans l’esprit chagrin de certains à faire gagner du temps aux médecins en confiant certaines prescriptions et actes à d’autres professions de santé.  Sans omettre le fait qu’en parallèle, on prévoit pourtant de dévier une partie du temps médical vers la gestion de récupération d’honoraires.

 

Les patients ne doivent pas renoncer aux soins, or les soins médicaux sont chers, et donc les patients ne peuvent pas payer et donc on va rendre les consultations gratuites

Dans cette discussion, la particularité de la consultation médicale devrait être soulignée.   Chez le médecin, juste, je veux dire. Pas les trucs à côtés, genre dents et lunettes, qu’il serait bon de ne pas mêler de si près à cette histoire de dépense chez le médecin, vu que depuis la nuit des temps ce n’est quasi pas pris en charge. Donc, la dépense pour une consultation, plus ou moins chère selon le praticien, a une particularité. Une large partie, sinon tout, est remboursée.

On admettra qu’il n’en est pas de même pour les dépenses de soins des animaux dans les 51% de foyers français ayant au moins un animal domestique.  On admettra aussi qu’un dépassement d’honoraire moyen d’une consultation moyenne (pour les nombreux médecins dont je connais les tarifs), tourne autour du prix de 3 à 4 paquets de clope, ou bien de 2 bouteilles de whisky. Comme après tout, on parle d’argent, donc de chiffre, ajoutons à notre réflexion  la statistique indiquant qu’un peu plus du 1/3 des hommes et presque le tiers de femmes est fumeur.

Nous dirons donc que le tiers de ceux qui trouvent le médecin trop onéreux ont suffisamment d’argent pour acheter des cigarettes, que la moitié des patients consultant a des frais de vétérinaire à prévoir, et ce n’est pas donné.  Pour ceux qui fument et ont un animal, c’est désespéré. On comprend mieux pourquoi il ne leur reste plus rien pour rémunérer leur médecine.  

Il faudrait bien admettre que le discours consistant à affirmer que les gens renoncent aux soins pour raisons financières occulte  une grande partie du problème qui est : pourquoi est-on d’accord pour que les gens payent des clopes, le vétérinaire, etc, mais pas les médecins. Le fait qu’il s’agisse de la santé n’est pas un argument assez puissant. Il est peut-être juste bon pour ceux qui gouvernent de faire croire que tout se paye, hormis la santé. Au moins, une louche de démagogie, ça fait du bien au moral du peuple ? .

En attendant,  le problème n’est observé que par un unique point de vue unidimensionnel, et la résolution qui s’ensuit est aussi dépourvue de logique que celle de ma démonstration.  D’une analyse partielle et partiale, on en conclut que dépenser le moins d’argent possible chez le médecin juste pour en garder suffisamment pour se payer des clopes, du saucisson, des pizzas,  ou le véto du chien, c’est ça le top de la santé publique selon ceux qui gèrent la santé dans les temps actuels.

Vous reconnaitrez qu’admettre le postulat que les patients dépensent le moins possible pour leur propre santé afin de pouvoir payer pour celle de leur animal, ou pour acheter des clopes, est méprisant pour les médecins de l’homme.

publié par: M.L.
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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 08:26

97 ans

A travaillé toute sa vie, argent de côté, pas de famille qui s’occupe, pas d’enfant. Propriétaire de son appart qui est loué depuis le départ en maison de retraite

1600 euros de retraite + 750 pour la loc de l’appart. Mais séjourne dans une maison de retraite médicalisée assez luxe à 4500 euros. . Le complément est payé par ses économies.

Heureusement, dit la tutrice, j’ai pu avoir des subventions …

Subvention du département et du conseil général 450 et 350 euros

73 ans

Retraitée avec bonne pension, mari pareil. Propriétaires d’une maison, ont acheté un grand appart pour leur fille unique, et plusieurs petits appart qu’ils louent.

A envoyé une demande à la sécu de payer la cure de thalasso, attend la réponse

On lui a dit : si pas de retour à 3 semaines, cela signifie que OK

Elle est à 2 semaines et se dit que c’est presque bon, commence à regarder les catalogues

Question de la compagnie : ah, pour la thalasso, on peut demander à la sécu ?

Réponse : J’y ai droit c’est pour l’arthrose

62 ans

2 profs dont un est agrégé. Retraités.

Vivent en HLM avec 4  chambres depuis l’âge de 20 ans

Les 3 enfants sont partis

Toujours dans le HLM.

Ont acheté : une grande maison de vacances, un appart de 3 pièces de 80 m2 qu’ils louent, un autre appart de 100 m2 à Berlin.

55 ans

Consultation médicale

Vous pouvez me marquer sur l’ordonnance SVP : paracétamol, spasfon, aspirine

Oui, je sais, ils sont en vente libre, mais pour une fois la sécu va me les rembourser

70 ans

Vient pour un acte technique simple, non douloureux  non invasif

Vous pouvez me faire le bon de transport aller-retour pour le taxi ?  Ma voiture est en panne

45 ans, prof

Va faire une coloscopie une semaine avant les vacances scolaires

Voudrait un arrêt de travail pour le lendemain de la coloscopie,

motif:  je serai trop fatiguée pour aller travailler

De petits profits en petits profits....

Mais il y aussi moi, pauvre conne.

Mari handicapé depuis 13 ans

Jamais demandé d’allocation adulte handicapé

Me suis dit, si c’est pour avoir 200 euros, je n’en ai pas vraiment besoin, j’aime autant les laisser pour de plus pauvres que moi

Et pourtant… la pension invalidité de sa caisse de retraite est de 280 euros, et sa retraite sera de 400 euros mensuels

Pauvre conne

 

publié par: M.L.
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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 23:17

Moi, médecin, Chaque jour,  je découvre les horreurs qu'on dit sur nous, des horreurs censées être des vérités. En fait, des contre-vérités ou des cas particuliers dont les médias s'emparent en les généralisant à tout le corps médical. 

 

 

Que beaucoup de gens abusent de la facilité d'utiliser les médias pour discréditer le corps médical,

o   Et que c’est très con, parce qu’on va dans le mur à force de s’acharner à porter le discrédit sur toute une profession comme ça.
o   Parce que discréditer les médecins et la manière dont ils exercent leur métier, c’est juste une technique ultra-sophistico-médiatico-pratique, mais néanmoins débile pour réussir à les contrôler, et bien évidemment  à contrôler les patients dans un second temps.

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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 23:55

Une nouvelle forme de non-dialogue se répand de manière virale, ce sont les  « bonnes raisons ».  Les bonnes raison sont les dialogues de sourds entre gens qui estiment tous avoir raison.

Le pouvoir de nuisance de ceux qui prétendent détenir les bonnes raisons est incommensurable.

Au petit échelon de la vie quotidienne.

Normalement, les interprétations et les raisons sont des sujets de d’échanges, voire de discussions. Mais, du fait de la vitesse des informations, du  manque de temps, le niveau de digestion des évènements reste superficiel. Du coup, beaucoup de gens expriment au premier degré leurs raisons brutes, et confondent leurs raisons avec LA bonne raison. Du point de vue de l’individu, SES raisons  sont forcément de bonnes raisons. Certains estiment avoir encore plus raison quand ils prouvent à leurs interlocuteurs qu’ils ont tort.  

Au quotidien, la défense de ses propres intérêts ou de ceux de son groupe est pour beaucoup de personnes une vraie bonne raison. Mais est-elle totalement compatible avec la vie en société ?  (occupations de lieux pour de bonnes raisons, grèves surprises pour de bonnes raisons, etc) . Défendre ses raisons bloque les discussions de beaucoup de projets, quand chacun vient en fait juste pour prouver qu’il a raison? En écrivant cela, je songe aux échanges autour de la loi de santé. Une loin de santé, plutôt. Des échanges ? non, des rencontres fracturaires entre des gens tous détenteurs de bonnes raisons de défendre leur point de vue, mais pas décidés à se confronter pour de vrai aux bonnes raisons de leurs contradicteurs afin d'aboutir à un compromis.

A l’échelon de la planète

Ce n’est pas parce que les gens pensent d’une certaine manière qu’ils ont raison. Même si pas mal de gens sont d’accord avec vous, cela ne signifie pas obligatoirement que vous avez raison. Le fait d’être plusieurs à avoir la même raison n’est pas une raison suffisante pour affirmer que le raisonnement est juste et les faits exacts. Or la certitude d’avoir raison est dangereuse.   Une  manière abrupte d’avoir raison est la traduction d’une vraie intolérance. Imposer sa raison est un grand danger, surtout si l’on a les armes pour faire taire les contradicteurs.   La folie meurtrière de groupes radicaux est dissimulée sous l’apparence de bonnes raisons. En fait, les bonnes raisons ne servent qu’à justifier des actes déraisonnables. En écrivant cela, je pense aux groupes radicaux qui tuent et ne font pas de cas de la vie humaine. Avoir raison à leurs propres yeux ne les rend pas forcément heureux, mais leur procure un sentiment d’inviolabilité.

 

Au quotidien : avoir des raisons ne signifie pas avoir raison

Celui qui est convaincu d’avoir raison va de l’avant, mais il exprime souvent le besoin d’écraser au passage ceux qui ne partagent pas son point de vue, surtout quand il dispose du pouvoir. Celui qui ne partage pas les raisons des autres, considère derechef  que les raisons des autres ne sont pas bonnes. La raison n’a pas de cœur, elle ne s’attarde pas à l’échange, elle s’impose. Dans la vie quotidienne, dans le monde,  celui qui veut tout le temps avoir raison est vite tyrannique pour les autres.

Gavés et drogués  d’information, une information en efface une autre, et nous n’avons plus le temps de métaboliser. Nous nous contentons trop souvent de nous référer à nos propres raisons et d’en déduire que tous les autres se devraient de les partager.

 Et si … Raison bien ordonnée commençait par raisonner soi-même en acceptant que d’autres ne partagent pas les mêmes opinions, en tenant compte du fait que les bonnes raisons des uns ne sont pas forcément bonnes aux yeux des autres.

publié par: M.L.
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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 23:14

Normalement, il avait le troisième rendez-vous de l’après-midi. A ce stade de la consultation, un lapin vous fait poireauter pour rien. Pas encore de retard à résorber et pas le temps de caser une  tâche administrative.

Il s’est tout de même pointé, mais avec 2 heures de retard...

Mon  retard du jour était supérieur à l'habitude. Il faut dire que voir successivement dans la même après midi un patient avec un cancer du colon et dubitatif sur l’intérêt de la chirurgie, puis une femme jaune/orangée comme un phare tellement elle avait un obstacle biliaire, puis une douloureuse depuis 20 ans qui voulait guérir en une seule séance, ça prend plus de temps que prévu. retard-copie-1.JPG

Et donc, lui, débarquant avec ses 2 heures de retard, il m’a chopé au sortir du cabinet,  dans le couloir, et m’a intimé l’ordre de le prendre en consultation sur le champ.

J'ai expliqué que non, pas possible avec encore 5 patients dans la salle d’attente et moi-même du retard. Lui ai proposé de revenir à la fin de ma consultation.

Et la, il a tapé le scandale dans la salle d’attente. Genre, je ne vais pas attendre 2 heures pour vous voir, c’est inadmissible.  Genre, j’ai d’excellentes raisons d’être en retard, moa… . Je suis venu de loin, je me suis trompé sur l’heure, et je dois impérativement vous voir.

Pas moyen de lui faire entendre que mes raisons de ne pas le prendre immédiatement étaient aussi excellentes  que les siennes d’être en retard.  

Il a gueulé, mais finalement s’est incliné en grommelant, sentant combien ses cris dérangeaient la salle d’attente. Il  est revenu en fin de consultation.  Ne s’est pas préoccupé un seul instant de réaliser qu’à cette heure tardive, le recevoir en plus, c’était (une fois de plus) sacrifier le diner avec ma famille. Ma famille, hélas, sait depuis longtemps que je serai la à 9  heures quand j’ai promis de rentrer à 8 heures…

C’est alors que je me suis vraiment interrogée. Pourquoi pratiquement aucun patient ne perçoit t’il qu’une journée de consultation s’apparente à une épreuve d’endurance physique, mais surtout psychique.

Les perceptions de notre suractivité par les patients sont surtout négatives. C’est notamment 1- d’avoir fait le poireau longuement en salle d’attente et 2- qu’on refuse de les voir quand ils débarquent n’importe quand.  L’attente prolongée en salle d’attente, le refus d’être vu juste au moment ou l’on en ressent  le besoin sont toujours perçus comme inadmissibles, et toujours rattachés à la responsabilité voire la faute du praticien.  Pas un patient dans ces cas ne ressent d’empathie pour le médecin et sa surcharge de travail. Peu comprennent que l’on refuse un rendez-vous immédiat non parce qu’on va faire des courses, mais parce que tous les rendez-vous disponibles sont pris.

En fait, les médecins sont des acteurs merveilleux. Capables de faire abstraction de la réalité au point d’avoir appris à ne pas donner  à nos patients l’impression d’être débordés.   Même quand nous avons une heure de retard et une salle d’attente remplie à ras bord,  aucun patient ne nous trouve suants, débraillés, décoiffés, harassés,  grincheux, au moment ou il s’installe dans notre  bureau.  La longue formation médicale, le contact avec la vie, la mort, la dureté, l’intolérable, nous a enseigné la maitrise de nos émotions. Nous savons garder la tête haute, nous mettre à l’écoute de chaque individualité rencontrée, et avons développé une incroyable compétence à donner à chaque patient le sentiment d’être notre seul cas de la journée.  Ayant intégré la nécessité de ce rôle de composition, chaque médecin montre ainsi une aptitude incomparable à changer de rôle face à chaque personne rencontrée, chaque praticien est passé maître dans l’art d’étouffer sa fatigue, de faire taire les émotions générées par le cas précédent.  Nous sommes de tellement bons acteurs que nos patients ne perçoivent pas l’intensité de notre boulot.  

De ce fait, si  nous exprimons les émotions et le malaise de la profession, comme maintenant avec nos grèves, nos refus d’une loi,  les patients ne comprennent pas bien la raison de nos doléances, tant nous apparaissons comme des personnes d’humeur plutôt égale, d’écoute sereine,  de contact assez facile,  généralement bien disposés à l'égard des malades, et jamais harassés ..  comme si finalement, nous n’avions pas vraiment un boulot de fou. la-forme.jpg

publié par: M.L. - dans médecine
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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 10:54

Médecins libéraux, cliniques privées, mais aussi internes et chefs de clinique et SOS médecins, tous protestent ou contre le projet de loi Santé porté par Marisol Touraine. 

Voici présenté un essai de récapitulatif de la situation au 31 janvier 2015

La loi : http://www.gouvernement.fr/action/la-loi-de-sante

Les médecins libéraux et la loi de santé

Pour une fois, les syndicats des médecins libéraux représentatifs (CSMF, FMF, SML, MG France et Le BLOC), se sont tous accordés pour une grève, même si leurs revendications  ne sont pas communes sur tous les points.

 Ce qui génère  la colère des médecins libéraux dans la loi de santé : 4 axes

La généralisation du tiers payant, les délégations d’actes aux pharmaciens, le pouvoir accru accordé aux agences régionales de santé, et la revalorisation des honoraires de consultation des généralistes.

I.            La généralisation du tiers payant. (TPG)

 

En quoi consiste la généralisation du tiers payant ?  

-          les patients n’auront plus à avancer l’argent pour payer leurs consultations. Les frais seront pris en charge pour une part par la Sécurité Sociale et le reste par leurs mutuelles. Tout le monde aura une mutuelle, obligatoirement fournie par l’employeur.

-          Aujourd’hui, 30% des actes sont assurés selon ce système. Mais Marisol Touraine envisage de le généraliser à l’ensemble des actes

-          Les  médecins ne seront plus payés directement par leurs patients mais par ces organismes.  

-          La sécu a des délais théoriques de règlement des actes de cinq jours pour une facture réglée avec la carte vitale et de vingt jours pour une facture papier sans carte vitale. Les mutuelles n’ont pas de délai de règlement contractuel.

Point de vue du gouvernement : Pourquoi c’est bien de généraliser le TPG : Une mesure de justice sociale pour les patients. Le principal avantage du tiers payant est d’empêcher que des patients renoncent à se soigner, faute d’être en mesure d’avancer les frais de consultation.

Le renoncement aux soins pour raison financière serait un problème majeur. L’Observatoire des non-recours aux droits et services a analysé les renoncements aux soins des assurés sociaux du Gard (« Le baromètre du renoncement aux soins dans le Gard », Odenore, septembre 2014). Il est observé que, dans 20 % des cas, les renoncements sont liés à la nécessité d’avancer les dépenses. Généraliser le tiers payant permettra donc d’améliorer l’accès aux soins. link Une remarque, cependant, plusieurs analyses montrent que le renoncement concerne en pratique peu les consultations médicales, mais essentiellement les soins dentaires et les lunettes.


Point de vue des médecins : ils sont massivement opposés à la généralisation du Tiers-payant

-          A cause de la surcharge de travail administrative que cela induira à coup sur, et que la ministre minimise

-          Le tiers-payant induit une gigantesque surcharge administrative alors que les médecins manquent de temps pour se consacrer aux patients.

Outre le temps de prise en compte des documents de mutuelle pour chaque patient à chaque consultation (comme chez le pharmacien), un énorme temps de récupération des honoraires.

65% via la sécurité sociale et le reste auprès d’un des 700 organismes de prise en charge complémentaire. Pour chaque patient 2 lignes de comptabilité à vérifier à postériori  puis mise en œuvre des actions pour récupérer les actes non ou partiellement réglés. Beaucoup de consultation finalement non ou partiellement réglées.            

Un groupe de médecins de Tourcoing avait eu l’idée de mettre en place un  observatoire de Tiers-payant. Les délais contractuels de remboursements par la sécu (5 jours pour facture réglée avec la carte vitale et de 20 jours pour une feuille de soins) sont dépassés dans plus de la moitié des cas parfois largement. Cela concerne toutes les régions de France, certaines caisses de sécu étant particulièrement mauvaises élèves en terme de  délais de règlement, certains actes sont remboursés 400 voire près de 950 jours plus tard.

 

-        Parce que ne pas faire d’avance des frais peut induire une déresponsabilisation des patients, en Allemagne il a été démontré un accroissement du recours aux médecins lors du passage au tiers payant

-        Enfin, et c’est le point presque le plus essentiel, le tiers payant est un pouvoir énorme conféré à la Mutualité. Un tel modèle de règlement asservira les médecins aux mutuelles, et dans la foulée de cela, permettra la contractualisation avec les médecins pour leur faire intégrer un réseau de soins à l’image de ce qui est déjà fait pour les soins optiques et dentaires.  A la clé, perte de la liberté pour les médecins, mais aussi pour les patients.

 

 

Point de vue des associations de patients et des patients.

Le CISS (Collectif Interassociatif Sur la Santé ) est pour la généralisation du Tiers-payant. Ils disent« les cotisations sociales des médecins sont payées pour une part non négligeable par l’Assurance maladie », et affirment que « la rémunération des médecins généralistes a augmenté de 29 % entre 2005 et 2013 « . Le CISS s’indigne que les médecins soient « unis dans la grève, mais aussi unis pour mettre les citoyens en difficulté dans l’accès aux soins ». Cette association pense que  la complexité technique de la généralisation du tiers-payant est une supputation et que les médecins exagèrent, puisque d’autres professionnels de santé y sont parvenus.

En revanche, le Collectif citoyen « Ensemble pour une santé solidaire » a décidé d’une pétition des patients pour demander le retrait de  la loi de santé.  Ces patients critiquent ce qui se cache derrière le Tiers-payant : c’est l’accès aux données de santé aux mutuelles et assureurs sous prétexte de faciliter l'accès aux soins.

Extraits de la pétition : « Ainsi, les mutuelles auront la vision du parcours de soins des patients et pourraient facilement adapter les niveaux de garanties ( …) selon les risques de santé Elles pourraient aussi aisément  mettre en place des réseaux de soins obligeant le cotisant/adhérant à n'avoir d'autre choix de passer par « leurs » professionnels de santé sous peine de se voir moins bien remboursé . Il leur sera alors facile à travers le tiers payant intégral prôné par la ministre de faire pression sur ces professionnels pour faire baisser le coût, au détriment de la qualité de la prestation.
Certains pôles de santé/maisons de santé, financés par des fonds publics, regroupant plusieurs spécialités ( généralistes , spécialistes , infirmières ) seront tout simplement rachetés par les complémentaires/mutuelles ajoutant ceux-ci à leur réseaux de soins et ne gardant que les plus rentables « 
(…) et ainsi l'égalité des soins et de l'accès aux soins ne seront pas garantis pour tous » .


Selon un sondage Ifop réalisé pour Le Journal du Dimanche début janvier,  58% des français estiment que le mouvement des médecins est justifié.

 

II.            Des délégations d’actes

-          Les médecins sont opposés aux délégations de certaines vaccinations aux pharmaciens 

 

III.             Un pouvoir organisationnel accru accordé aux Agences Régionales de Santé (ARS)

Par la mise en place du « service territorial de santé », les ARS auront tout pouvoir sur

-          Les autorisations et les renouvellements d’activité des établissements privés et publics

-          L’organisation de la permanence des soins

-          Elles disposeront d’un droit de regard sur l'implantation géographique des jeunes médecins. Elles gagneront  des moyens pour réussir à contraindre l’installation des médecins dans les zones de déserts médicaux.

Les médecins sont opposés à ce pouvoir accru des agences de santé. Notamment, ils ne sont pas d’accord qu’on les contraigne pour les permanence de soins, ni qu’on les oblige à aller s’installer dans des zones ou il n’y a déjà plus d'école, de poste ou de service public.  

 

IV.            Une revendication tarifaire des médecins généralistes:

2 syndicats de généralistes, l’UNOF-CSMF et MG France, qui réclament de longue date une revalorisation tarifaire pour les médecins généralistes demandent que le tarif de la consultation soit réajusté de 23 euros à 25 euros. Après calcul, et estimant que le prix réel de la consultation est bien plus élevé, leur revendication est montée au prix de 31 euros par consultation.


Les actions des médecins libéraux pour lutter contre le projet de loi de santé : Les médecins demandent  la réécriture complète du projet de loi de santé. 

-        grève des généralistes du 22 au 31 décembre, autre grève prévue début février

-        grève des spécialistes du 23 au 31 décembre, puis le 6 et 7 janvier (au moment de la fermeture des cliniques prévue par la FHP, qui avait, elle, arrêté son mouvement après contact avec la ministre, cf plus loin)

-        Devant l’absence de réaction du gouvernement : décision début janvier d’un relai par une action de guérilla administrative, avec boycott de télétransmission. De nombreux médecins ne prennent plus  la carte vitale et donnent des feuilles de soins aux patients.

-        Une grande manifestation est prévue le 15 mars à Paris


Ce que les médecins libéraux ont obtenu au terme de plus d’un mois de grève et d’actions

-     Une lettre de la ministre de la santé le 26 décembre, dans laquelle elle s'engage à répondre aux inquiétudes des médecins.

-          La ministre est opposée à la réécriture du projet de loi,

-          Elle se dit  notamment prête à revoir les modalités de mise en oeuvre du tiers payant généralisé, mais indique qu’il n’est pas question de retirer cette mesure phare de la loi de santé.

-          Elle a proposé et créé plusieurs groupes de travail en vue d’améliorer le texte de la loi et  l'examen du projet de loi Santé au Parlement a été reporté au printemps. Ces groupes ont un mois pour travailler. Le groupe de travail sur les honoraires s’est très mal déroulé, il n'y a eu aucune négociation.  

-          La ministre soutient que le tiers payant est une avancée, que cette mesure sera évidemment maintenue, et que sa mise en œuvre sera simple (aucun médecin ne peut croire cela, car ils pratiquent tous déjà du 1/3 payant pour bon nombre d’actes).

-          La ministre refuse toute discussion tarifaire avant 2016. Elle estime que le prix d’une consultation des généralistes atteint en réalité « 31,40 euros, contre 28,70 euros » avant son arrivée au gouvernement en 2012, si on inclut les « forfaits » (rémunération supplémentaire accordée pour les patients de plus de 80 ans, la prestation de médecin traitant, le travail en équipe ou les objectifs de santé publique).

En effet depuis quelques années, une rémunération complémentaire, appelée rémunération sur objectif de santé publique (ROSP) est versée aux médecins annuellement sous condition du respect d’une vingtaine d'indicateurs de santé publique : prévention, vaccination, suivi des pathologies chroniques, recours aux génériques ou encore organisation du cabinet. La ministre estime que c’est un équivalent de revalorisation des honoraires.

-          Du coup, certains syndicats militent pour la suppression de ces forfaits et leur remplacement par une augmentation de tarif de chaque consultation. (l’UNOF-CSMF et le SML)

Les cliniques privées et la loi de santé

Représentées par la fédération des cliniques et hôpitaux privés de France (FHP) (environ 1000 établissements), l’hospitalisation privée s’oppose à la partie du projet révisant la notion de   «service public hospitalier»

Les critères de réorganisation excluent de fait les cliniques privées des missions dites de service public et donc du financement qui va avec.

Jusqu’à présent, les cliniques privées pouvaient assurer une des 14 missions de service public répertoriées. Notamment les services d’urgences. Le projet de loi prévoit que les cliniques, si elles veulent participer au service public hospitalier devraient alors assurer l’entièreté des missions de service public, avec les obligations financières qui leur sont liées, c'est-à-dire qu’aucun praticien ne pratique de dépassement d’honoraires dès qu’il agit dans ce cadre. Or les établissements n’ont pas de pouvoir de régulation sur les honoraires des médecins qui exercent dans leurs murs (puisque ce sont des libéraux).  

Les cliniques ont posé un préavis de grève pour les 6 et 7 janvier. Mais dès le 26 décembre, la FHP et la Ministre de la santé ont conclu un accord (en fait un courrier de Mme Touraine). Elles ont obtenu l'assurance que la situation actuelle perdure et que le seul fait de disposer d'un service d'urgence devrait désormais permettre à établissement d'obtenir le label «service public hospitalier». Mais la question des dépassements d’honoraires des praticiens n’est pas vraiment résolue.  Un groupe de concertation y travaille. .

Le public : Les internes et chefs de clinique hospitaliers

Les jeunes médecins ont décidé de rejoindre le fond de la contestation médicale contre la réforme de Marisol Touraine

Ainsi l’intersyndicale des internes (ISNI) a posé un préavis de grève illimitée et l'organisation de manifestations contre le projet de loi de santé.

Internes et chefs de clinique (ISNCCA) ont aussi décidé de se joindre le 15 mars à la manifestation des médecins organisée à Paris

Ils réclament aussi le retrait du TPG, qui entraînera selon eux un désengagement de l’assurance-maladie au profit des complémentaires privés. Ils refusent les pleins pouvoirs territoriaux donnés aux ARS qui pourra mettre à mal la liberté d’installation. Ils demandent un volet « jeunes » dans le projet de loi.

Cela chauffe aussi du côté des internes de médecine générale et du syndicat national des jeunes médecins généralistes (SNJMG) qui a déposé un préavis de grève pour le jeudi 5 février et demande la réécriture du projet de loi de santé.

SOS médecins

Associé à la grève des libéraux de décembre, SOS médecin a ensuite appelé à une grève le dimanche 25 janvier, massivement suivie. L’ensemble des sites SOS médecins s’est déclaré en grève, et tous ont aussitôt été réquisitionnés.

Par ce mouvement, l’association veut dénoncer les risques de suppression du médecin de garde la nuit, de minuit à 8 heures. Une telle décision a été prise unilatéralement par l’agence régionale du Nord-Pas-de-Calais et Lorraine. Et pourrait se reproduire ailleurs sans concertation.

Pour finir et comparer, la grève ultra-brève des urgentistes de l’hôpital  public 

Les urgentistes de l’hôpital public, regroupés en association des médecins urgentistes de France (AMUF) réclamaient la reconnaissance de leur temps de travail sur la base de 39 heures.

Ils ont entamé une grève à partir du 22 décembre, soit le même jour que les médecins libéraux de ville. Le mouvement devait être «illimité» mais un accord été signé avec le gouvernement dès le 1er jour de grève.

Ils ont obtenu exactement ce qu’ils demandaient depuis plusieurs années: la reconnaissance d'un temps de travail plafonné à 48 heures hebdomadaires, rémunéré en heures supplémentaires au-delà de 39 heures.

 


Permettez moi d'ajouter à ces observations quelques conclusion incontestablement partiales du médecin libéral que je suis

 

Le projet de loi de santé ne répond à aucun des défis qui bloquent le système de santé français :

-          la répartition de l’offre de soins sur le territoire.

-          Le renoncement des jeunes médecins à l’installation

-          La baisse du nombre de médecins sur les 5 ans à venir

-          le rôle de l’hôpital public et sa gouvernance,

-          le déficit chronique de la sécurité sociale

-          le panier de soins remboursable par la santé publique

-          la place des médecins généralistes libéraux dans la prise en charge

-          la collaboration ville-hôpital,  et public-privé

-          la mise en place de filières  de prise en charge des maladies chroniques

 

La Ministre parle déja de Loi, alors qu'il s'agit d'un PROJET DE LOI, sous-entendant donc débat. Or, les seules propositions consenties par la Ministre sont l’ouverture de groupes de travail… En somme, elle semble gagner du temps pour se rapprocher sans action du débat parlementaire, à l’issue duquel elle pourra faire sortir la fumée blanche des cheminées de l’assemblée pour crier enfin « Habemus Tiers Payantam »

publié par: M.L. - dans colères
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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 01:25

Madame la SMinistre

 

Je conviens avec vous que la sécurité sociale est une assurance pour les malades comme pour les médecins. Aux malades, la sécu apporte réellement la possibilité de soins peu coûteux. Aux médecins, elle permet d’être constamment payés pour leur travail. Ce qui leur confère dès lors un statut différent des autres libéraux, qui ont, sont payés seulement si leur client est d’accord de le faire, et quand le client l’a décidé.

Dès le départ, la sécurité sociale arrange bien les médecins mais implique un lien vis-à-vis de l’état et nous met à la merci de l’état qui offre une si belle prestation.

 

Maintenant, ce n’est pas une raison pour vouloir nous soumettre encore plus.

 

Tant que l’état fut assez riche et eut de l’argent à distribuer, la soumission financière des médecins ne s’est pas fait sentir. Quand l’argent commença à manquer, les médecins se mirent d’accord avec l’état pour faire payer les patients, en autorisant les dépassements d’honoraires. Ne les critiquez pas à ce point, ce sont quelques uns de vos prédécesseurs qui les ont accordés.

 

Le problème de ces dépassements d’honoraires c’est qu’ils créent de l’inégalité « visible » à l’œil  nu. Et que vous l’inégalité, vous ne la supportez que si elle est invisible.

En matière de santé, il y a bien une énorme inégalité. Mais elle est masquée : les riches cotisent bien plus pour leur santé que les pauvres.

Les honoraires médicaux définis par la sécu ramènent une impression d’égalité. Le prix de la consultation remboursable est identique pour tous, riches comme pauvres. Les riches en oublient d’ailleurs qu’ils ont cotisé plus. En matière politique c’est super-démagogique, et ça, vous adorez.

Ce qui génère chez vous un prurit féroce, ce sont les honoraires libres. Car ils réintroduisent de l’inégalité visible. Surtout quand les plus pauvres (ou les moins riches) doivent payer un supplément d’honoraire aussi. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans un pays ou l’on a toujours les yeux rivés sur la colonne des dépenses, particulièrement en matière de santé. Et vous êtes une fanatique de ce discours sur les dépenses excessives de santé, normal, on vous paye pour ça.

 

Vous vous arc-boutez donc constamment sur le thème inégalitaire de ces dépenses visibles. Vous omettez bien sur, de dire, que cela concerne seulement une partie du corps médical, tandis que l’autre partie des médecins est en tarif conventionnel. Et que vous, l’état, n’avez pas les moyens d’augmenter ces honoraires conventionnels remboursés aux patients. L’opinion publique s’avère assez facile à convaincre que les dépassements d’honoraires sont un luxe que les patients ne peuvent plus s’offrir et dont les médecins peuvent se passer.

 

A cause des médecins de secteur 1, la revendication invariable des médecins est la revalorisation de leurs honoraires. Cela crée de l’opacité dans leurs demandes, et vous en profitez largement. Omettant ces médecins à tarifs bloqués, vous placez en boucle votre discours sur les dépassements excessifs, et cela justifie pour vous de rester passive en matière de rémunération remboursée.

 

Vous avez, comme vos prédécesseurs, de la chance. Car, les syndicats libéraux font le jeu des gouvernements successifs et se contentent de miettes. Vous avez tous compris que les médecins se calment quand on solutionne leurs problèmes par des augmentations, et ne se rendent pas réellement compte qu’en échange d’argent les syndicats acceptent à chaque fois l’injection d’une dose d’étatisation. Grâce à vos anciens confrères SMinistres, de négociation en négociation, les politiques ont ainsi pu réduire  d’année en année l’autonomie des médecins

C’est le ROSP, c’est l’avenant 8. L’étatisation de la médecine gagne du terrain. La loi de Santé 2015 est un point supplémentaire de non retour. Et vous jubilez d’avance, de tenir enfin votre victoire proche.

 

En même temps, madame la SMinistre, vous n’avez rien compris de ceux que vous voulez abattre. La notabilité des médecins n’est jamais venue de la richesse financière. Les médecins se contentaient de bien vivre de leur art, de leur statut social, et du respect que l’on portait à leur science. Tout ce bien-être médical s’est dilué dans les tractations à caractère financier avec un état tout puissant et sans âme que vous incarnez à merveille.  

 

S’il en est encore temps, je vais vous faire une proposition. Un truc facile, que vous auriez même le temps d’ instaurer en 3 semaines de renégociations de votre loi. Tout d’abord, sachez que, comme nombre de mes confrères, je ne grogne pas sur le montant de mes honoraires, ni sur mes heures de travail.  Je vous demande donc rétribution non pas pour l’acte médical lui-même mais pour tous les ajouts obligatoires. J’ai déjà plein de tâches qui m’ajoutent du temps non soignant et non rémunéré. Scanner gratuitement tous les documents de mes patient,   revoir les résultats d’examens et les retours de courriers,  remplir des papiers administratifs et certificats de toutes sorte,  poster des compte rendus et des courriers. J'ai toujours accepté ces tâches, qui sont du domaine de l'acte médical, quoi que de plus en plus pesantes. Cependant, les actions supplémentaires et bénévoles ne peuvent s'additionner à l'infini. Je suis médecin, pas chef d’entreprise.

 

Madame la SMinistre, vous tenez obstinément pour diverses raisons idéologiques et pratiques (pour vous) dont je ne discuterai pas ici, à  nous obliger au Tiers payant. Alors, parlons-en un peu. Cela va nous induire 20% de temps de travail supplémentaire. Et la ou je m'inquiète, comme nombre de mes confrères, c'est que vous avez tout bonnement déterminé que je devais gracieusement ajouter ce temps à mon travail. Alors, moi, madame la SMinistre, je ne demande pas de revalorisation de mon acte de base. Je sais que vous ne voulez pas le payer plus que 23 euros, voire 23,50 si on vous autorise à nous jeter quelques miettes. Donnez-moi plutôt 20% de rémunération sur objectif de Tiers payant (ROTP, un sigle qui roule, non? ), soit 4,6 euros par acte télétransmis. Cela me rémunérera le temps passé, ou bien me permettra d’embaucher une personne pour faire ce boulot à ma place, et ainsi, non seulement vous reconnaitrez la valeur du travail, mais éventuellement je créerai de l’emploi, ce qui n’est pas un luxe au vu des chiffres de chômage qu’affichent vos camarades gouvernementaux.

Ainsi, au lieu de déléguer les actes médicaux à des professionnels moins chers que moi, et en consacrant trop de mon temps à la partie administrative, je pourrai faire mon métier et me consacrer aux patients.

Madame la SMinistre, rémunérez toutes les tâches supplémentaires que vous additionnez  à notre  quotidien, transportez nous d'aise avec un ROTP bien subventionné, et laissez moi, laissez-nous exercer notre métier avec sérénité.  

publié par: M.L.
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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 22:49

Tant de processions, tant de panneaux brandis

Tant de peurs, tant de risques redoutés.

Tant de démagogues nous gavant de bonnes paroles

Tant de révoltés jusqu’à ce jour ignorés.

Tant de valeurs aux yeux des autres revendiquées

 

Et si le problème, c’était la solution ?

Et si la solution, c’était de ne pas refaire les mêmes chemins ?

Et si la solution c’était de redéfinir la route ?

 

Ce que chacun reconnait comme les valeurs importantes de sa vie

Est souvent incompatible avec la réalité des autres

Les mêmes valeurs ne s’appliquent pas à tous

Les humains agissent toujours avec au moins une intention positive

Mais chacun a sa propre définition de ce qui est positif pour lui

Comment s’ancrer autour de valeurs communes ?

 

L’écart entre ce qui est important pour chacun et la réalité fait souffrir

A-t-on, à notre niveau, le pouvoir de participer au changement ?

Et  si les autres ne bougent pas ?

L’impuissance fait mal

Le fossé entre ses valeurs, ses propres actions  et les actions des autres, est douloureux

On ne changera hélas pas tout en une marche du 11 janvier/

 

Les chômeurs s’ennuient dans les halls d’immeubles

Ceux qui travaillent sont exploités, ceux qui ne travaillent pas en rêvent

On accuse de blasphème des adolescents qui n’ont juste pas d’arguments ni de but

On demande aux enseignants de remettra la jeunesse dans le droit chemin

On se réfère à l’histoire

L’histoire des révolutions et des religions

Chacun a sa vision, sa parole, son analyse, son idée, sa proposition, sa solution

Quelle cacophonie..

Qui saura de cela tirer de l’harmonie ?


Les informations défilent, innombrables

Le politique est honorable quand il défend des valeurs

Le politique est désolant quand il reprend son message déjà mille fois ressassé

Le politique est affolant quand il recommence à faire exactement ce qui ne marchait pas jusqu’à maintenant

 

Qui a laissé cette planète devenir comme ça ?

Une toute petite planète,

Sur laquelle les voisins ne s’entendent pas

Mais se tolèrent d'un pays à l'autre

Pour des raisons d'influence, de guerre et surtout d'argent

 

Car,  pendant ce temps,

La richesse combinée des 85 personnes les plus riches du monde (soit 1% de la population mondiale) est égale à celle de la moitié la moins riche de l'humanité.

On punit un homme par le fouet

On jette des humains dans le vide pour outrage

On enlève des enfants

On tue des villages entiers

On exécute des journalistes

 

Et puis..

Les politiques ont recommencé à faire de la politique

Avec les mêmes méthodes éculées

Des mots à fort impact

Ils  ont repris leurs habitudes, 

Lancer des pavés dans les mares

Faire bouger la surface pour faire croire au mouvement

Faire des ronds dans l’eau

En disant que c’est le soulèvement du renouveau

Mais...  les français, la prochaine fois, dans 2 mois, iront-t'ils voter ?

 

Et si le problème, c’était la solution. ?

Et si la solution, c’était de ne pas refaire les mêmes chemins ?

Et si la solution c’était de redéfinir la route ?

publié par: M.L. - dans énervements
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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 00:12

Une semaine avant d’avoir  5 ans

C’était  son  âge…

En ce jour funeste ou nous découvrions les  images atroces de 2 avions s’encastrant dans des immeubles, de 2 immeubles s’écroulant sur des milliers de gens .

Fallait-il laisser voir ces images au plus petit  ?

Le 11 septembre 2001, nous avons choisi de laisser notre enfant de 5 ans regarder les images avec les grands.

Pour une raison : la conviction que ces images allaient changer le monde.

18 ans, il a 18 ans maintenant

Depuis 3 jours, il regarde les images, il suit chaque instant des évènements sur Twitter.

J’ai beau lui dire qu’il ne faut pas avoir peur,  qu’avoir peur c’est donner raison à ces gens qui veulent terroriser, je sais qu’il est sur ses gardes dans le métro et même dans la rue.

Les images le fascinent, et le terrifient en même temps.

Et puis, malgré mes sages conseils,  je lui transmets encore une fois ma peur.

Ma peur née de la conviction que ces évènements une fois encore vont changer le monde.  Ma peur née de l’incertitude sur la capacité de la société à être unie face aux fondamentalismes. Ma peur qu’il soit tard et qu’il soit devenu impossible de résister à des envahisseurs tenaillés et motivés par la haine qu’ils vouent aux humains.

Et puis, aussi, je suis désolée.

Qu’ai-je fait, ou pas fait, pour transmettre à mes enfants un monde pareil ?

Une indicible violence, mais aussi le chômage, et puis aussi une société dont la principale ambition semble être de réduire sa dette et de faire (sur)vivre des marchés financiers.

Maintenant que mes enfants sont des adultes, comment vont-ils s’y prendre pour vivre dans un monde de sérénité, de sécurité,  et de paix ?  Un monde qui ne s’anéantisse pas à cause des conneries d’extrémistes invoquant dieu en oubliant qu’ils sont des humains.  Ces jeunes adultes sauront-t’ils métaboliser les tueries du 7-8-et 9 janvier,  ne pas laisser le mondre sombrer dans les violences et les représailles ?

Ce soir, le président de la République, dans son discours, a dit "la France n’en a pas fini avec les menaces dont elle est la cible. Alors je veux vous appeler à la vigilance…" il évoquait non seulement les jours prochains, mais plus probablement il parlait de manière prémonitoire des 10 années à venir… hélas.

Quelles perspectives avons-nous à offrir à cette génération biberonnée à la poussière de tours effondrées ?  et maintenant abasourdie par le bruit des lance-roquettes et autres kalachnikoffs ?

Comment les aider, au delà de manifestations d'unité nationale, et même internationale, à construire un monde sans conflit, dans lequel il leur sera agréable de vivre ?

 

publié par: M.L. - dans colères
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