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10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 21:34

10 personnes tiennent chacune un panier. (au besoin, il est possible de remplacer l'expression "porteur de panier" par le mot docteur)panier.jpg Chaque panier  contient  100 œufs.  Soit en tout 1000 oeufs

oeufs.jpg


Autour des paniers  5000 personnes. Toutes intéressées de venir piocher dans les paniers.


La pioche se fait selon les principes suivants :

servez-vous.jpg


-         Les piocheurs (au besoin le mot piocheur peut être remplacé par le terme patients) ont droit de piocher autant d’œufs qu’ils le désirent,

-         Le vrai prix d’un œuf est de 2.30 euro, mais les piocheurs ne le règlent que 0.61 euros, et beaucoup d'entre eux ont la possibilité de se faire rembourser ces 0.61


-         Ceux qui tiennent le panier sont payés 2.30 euros par œuf pioché.

-         Le service panier est disponible tous les jours, avec de grandes amplitudes d'ouverture. Les porteurs de paniers sont aussi tenus à une disponibilité de certains d'entre eux la nuit, afin que les piocheurs viennent piocher dès qu'ils en ressentent le besoin.  

-         Le porteur des œufs n’a pas d’influence sur l’affluence autour de son panier. Au contraire, il est obligé d’accueillir tous ceux qui veulent piocher dans son panier, et il est tenu de leur donner aussi la recette d'utilisation des œufs . 


-   Si les porteurs de paniers renâclent, on leur explique que les œufs sont subventionnés, et qu’ils seraient bien vu qu’ils distribuent leurs œufs en silence et sans protester.  On leur sert un double discours du style: laisse tout le monde utiliser à sa guise les œufs du panier, mais ne dépense pas trop d'oeufs, car on te tiendra pour responsable quand le panier sera vide.


oeufs-d-or.jpg


-   Les piocheurs d’œufs comme les vendeurs d’œufs ne se font pas de gros souci. Ils savent bien que les œufs sont pondus par une poule aux œufs d’or vivant dans un grand trou.  Du fond du trou, la poule proteste, mais elle pond des œufs tout de même. Ils sont habitués. Quand il n’y en a plus, il y en a encore. 


nid_de_poule.jpg


-          Cette poule qui n'a jamais la force de refuser, a cependant de puissants relais médiatriques. Du fond de son trou, elle désigne des bouc-émissaires. Entre 10 porteurs-docteurs, et 5000 piocheurs-patients, elle a compris, la poule. Il est notoirement plus facile de de stigmatiser 10 porteurs de paniers que 5000 consomm-acteurs. Elle accuse donc inlassablement les vendeurs d'oeufs de l’utilisation irraisonnée de trop d'œufs.  Pendant ce temps, les  5000 piocheurs, râleurs mais tout de même globalement contents de la poule, ne se sentent pas concernés par le trou, et continuent allègrement à piocher dans les paniers.

publié par: M.L. - dans joies
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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 23:48

 montagne-papier-bureau ~DM051207 003   Consultations qui s’enchainent, malades chroniques que l’on n’a pas le temps d’écouter et de prendre en charge globale, interruptions téléphoniques itératives, piles de courriers, de papiers à remplir, tracasseries administratives multipliant les documents à compléter. C’est la vie du médecin de ville français. Auxquelles on ajoutera pour les médecins hospitaliers, les multiples commissions obligatoires, les contraintes horaires incompressibles des blocs, la charge des patients hospitalisés à gérer, les pages de documents à fournir avant un acte technique, les innombrables informations à donner, et on en passe.

 

   Avec tout ça sur le dos, ou est le temps pour  écouter les patients ?  Il est plus rapide et facile de classer dans la case « psychosomatique »  ceux qui ont des plaintes insolites ou récurrentes. Les malades chroniques venant chercher une écoute repartent frustrés par des temps de dialogue écourtés, entrecoupés d’appels téléphoniques et de préoccupations organisationnelles, papiers à remplir, rendez-vous à gérer. Les malades poly-pathologiques sont traités au coup par coup, se voyant ajouter de ci- de la un médicament additionné à une liste déjà longue. Pour raccourcir la liste des médicaments, il faudrait du temps, afin de réévaluer les indications puis expliquer.

 

   Une journée de consultation, c’est du travail à la chaine. Les patients se sentent par trop déconsidérés par le corps médical… mais sont loin d’imaginer  à quel point les médecins ressentent leur propre déshumanisation. On demande aux médecins d’être efficaces, scientifiques, humains, de faire tout ce qu’on attend d’eux, de faire toujours plus, de rendre service à tous, de ne jamais dire non, d’accéder rapidement à toutes les demandes, d’être disponibles jour, nuits, week-ends et vacances, d'être partout, y compris ou il n'y a plus de poste, de magasin, d'école.

  

  A force d’être au service de la santé des autres, d’assumer un nombre croissant de devoirs tant médicaux qu’extra-médicaux, d'avoir l'obligation faire toujours mieux et plus vite pour des gens qui trouvent tout effort de la part du médecin normal et considèrent le dévouement médical comme un du,  les médecins se désillusionnent sur le métier qu’ils ont choisi. Certains d'entre eux en arrivent à penser  que toutes ces injonctions constituent d’une certaine manière une forme  de servitude.

 

   Il faut comprendre qu’on ne peut pas avoir l’esprit libre pour s’intéresser au patient quand on a perdu la liberté, quand on est sous contrôle standardisé et centralisé, quand on a le cerveau occupé par de multiples tâches bureaucratiques et organisationnelles.   Et quand on se voit en permanence débouté du droit d’écouter ses propres besoins, sa fatigue physique et émotionnelle.

  équilibre

 

   Une réforme sérieuse de la santé devrait prendre en compte le gaspillage de la ressource précieuse (et limitée) que constitue le temps médical. Comprendre qu’il n’est pas étonnant que les patients essayent de trouver ailleurs ce qu’ils espèrent de la relation de soins, car les médecins surchargés n’ont tout simplement pas le temps de les écouter. Comprendre que si les patients estiment que la relation de soin a une grande valeur pour eux,  ils serait raisonnable de leur expliquer qu’ils seront obligés d’être prêts à payer pour obtenir ce qu’ils espèrent.

 

Une réforme sérieuse de la santé devrait prendre en compte une volonté politique de considérer le temps médical. De ne pas le dilapider dans les préoccupations administratives. De ne pas le dilapider en laissant chaque patient accéder comme il veut pour des soins pas forcément urgents.

 

Une réforme sérieuse de la santé devrait analyser les tâches qui se sont petit à petit accumulés sur les épaules des médecins, et y mettre de l’ordre. Médicament pas en stock : le pharmacien appelle le médecin. Problème de remboursement avec la sécu : le patient appelle le médecin.  Télétransmission qui ne marche pas : appel du médecin, car la sécu a dit que c’était de sa faute. Pas d’infirmière ou de kiné disponible : appel du médecin. Résultats attendu sous 10 jours : appel du médecin tous les jours à partir du 5ème jour. Sortie d’hôpital : appel du médecin. Médicament ne marche pas comme espéré : appel du médecin. Jour ne convient pas pour un rendez-vous : annulation 10 minutes avant. Consultation chez le spécialiste : aucun document apporté. Départ en vacances imminent : demande de consultation urgente. Retour de vacances : demande de consultation urgente. Maladie en ALD, plan interminable à compléter par le médecin directement sur le site de la sécu. Et à l’hôpital ? pareil. Patient pas la, on demande au médecin pourquoi.  Patient sort, seul le médecin peut et doit faire un bon de transport.  Même s’il doit traverser tout l’hôpital pour cela. 

 

Personne pour dire que cette liste de tâches extra-médicales (bien incomplète d’ailleurs) est une utilisation inappropriée du temps médical ? Personne pour comprendre qu’avec toutes ces charges sur les bras, comment le médecin pourrait- il toujours prendre le temps non seulement d’être à l’écoute, mais aussi de réfléchir sereinement. Car les diagnostics nécessitent l’activation des connaissances, ce qui ne saurait se faire quand de multiples interruptions viennent parasiter la réflexion.

Contrôler les dépenses de santé est obligatoire. Ce n’est pas en accablant le corps médical de tâches non médicales que cela se produira. Ce n’est pas en pensant que le médecin peut être plus "productif" que la qualité médicale sera assurée.  Les tutelles en font leur devise, les patients le réclament: "le patient au centre du système de soins" . Mais la solution demandant au médecin de tout assumer pour cela n'est pas magique, au contraire, c'est une grave erreur politique.  Associer ces 2 concepts, médecin et productivité, induit l'accablement du corps médical, et aboutit à obtenir l'effet inverse de ce qui était escompté. Le professionnalisme médical ne peut s'exprimer que dans la sérénité, et finalement, à l'heure actuelle, toutes les interférences dans la relation médecins-patients ont fini par mettre souvent le patient à l’arrière plan des priorités des médecins, et cela bien malgré eux, dont la volonté reste toujours de soigner au mieux. 

 

publié par: M.L. - dans médecine
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7 septembre 2014 7 07 /09 /septembre /2014 22:27

Les fameuses « professions réglementées » sont à l’ordre du jour, leur envisagée déréglementation sera censée faire baisser les tarifs des dites professions et améliorer le pouvoir d’achat des autres.

Ce genre de raisonnement abscons ne date pas d’hier. Mais, pour passer de l’idéologie à la réalité, il est coutume, en Fance, de s’appuyer sur les données d’un « rapport ». Issu de la réflexion et du travail de bureaucrates bien rémunérés, ce rapport est un monument. Le rapport sur les professions réglementées aligne sophismes, biais de raisonnements et arguments fallacieux pour refermer un piège d’une subtilité rare.


1 – Tout d’abord,  commencer par une argumentation fallacieuse à partir d’amalgames : mélanger un nombre incroyable de professions dont le seul point commun serait d’être réglementé et en tirer la conclusion qu’on peut traiter le sujet en une seule méthodologie.  

 

  prof-reglementees-1-copie-1.pngprof-reglementees-2.png  prof-reglementees-3.png


 

2-  Utiliser des arguments volontairement non scientifiques, sans groupe contrôle, en s’appuyant sur des arguments issus de deux sondages « GRAND PUBLIC »  Juste pour le principe, pour pouvoir affirmer que les arguments sont confrontés à une pétition et que la vox populi est sollicitée.


Pour ce faire, bâtir 2  sondages dont les questions bien ciblés, comportent toutes une composante émotionnelle, assurant la non-objectivité des réponses.  Poser des questions consistant juste à obtenir la confirmation de ce que l’on veut défendre.

Exemple de question :

  •  est-ce trop cher ? : prothèse dentaire, optique, notaire, taxi, peinture, avocat, médecin spécialiste, assurance… 
  •  le rapport qualité/prix est il selon vous optimal ? 
  •  Combien devraient gagner tous ces gens ?  

 

Le premier sondage grand public aligne des questions incompatibles avec  l’objectivité  

·   Il demande tout d’abord aux sondés de donner une estimation des revenus actuels de 37 professionnels. Dans 100% des réponses,  l’estimation donnée se situe en dessous du revenu médian réel  constaté de la vraie vie.

·     A partir de ces réponses, il demande ensuite aux sondés d’estimer un  revenu « légitime » : Dans 100% des réponses,  le revenu considéré comme légitime est inférieur au revenu estimé.

 

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Le second sondage toujours grand public, anéantit le concept d’objectivité. Les sondés sont questionnés sur un rapport qualité/prix, à propos de prestations dont ils n’ont aucun moyen objectif de juger le prix réel.  

·         Les 2 questions scientifiques de cet outrageante enquête :

Est-ce cher ?

le service rendu par la profession est-il qualitativement en rapport avec son prix ?

·         Vu qu’on est en France, que les français sont plutôt en phase de lamentation sur leur sort, le sondeur est à peu près assuré d’obtenir des réponses qui vont de facto corroborer et alimenter son idée fixe de départ.

·         Grâce à cette seconde enquête bien biaisée, le sondeur va donc pouvoir alléguer que la cause qu’il défend est juste puisque que « la majorité des gens trouvent que »  le rapport qualité/prix de ses achats est insatisfaisant et que le menuisier, le taxi, le serrurier, le dentiste, l’huissier, le syndic, le pharmacien, le spécialiste, etc, sont trop chers…

·         Et bien sur, pour que ce soit crédible, on trouve une exception. Dans ce cas précis, ce seront les médecins généralistes. Démagogie oblige en l’état actuel des projets de santé.

 


 prof-reglementees-5.png

 

 

Donc, sans état d’âme, l’expert va baser la suite du rapport sur ces questions biaisées, posées à un public de telle manière que les avis donnés ne puissent être pertinents, car ils n’y répondent que dans un registre émotionnel et sans disposer d'informations objectives (ben oui, tout est cher, ma brave dame…)


Sans état d’âme, on considère comme acceptable des sondages dont les résultats avoisinent 100% de sondés d’accord  sur l’ensemble des réponses !   Un tel résultat sur l’ensemble des questions, ça fleure tout de même bon le biais. Mais cela n’est pas pour émouvoir les auteurs d’un tel rapport. Ils cherchaient à dégager des évidences, reste à exploiter leurs résultats biaisés


3- Enfin, abrité par la soi-disant légitimité de la vox populi, le rapport va pouvoir asséner les affirmations sollicitées et attendues par le donneur d'ordre  du rapport…


A partir donc des 2 sondages de la « vox populi », non scientifiques, sans groupe témoin, sur de petits échantillons, avec des questions biaisées, nos experts vont pouvoir faire passer en toute sérénité le message pour lequel on leur a demandé de pondre un rapport.


C'est-à-dire, affirmer que 25 des 37 professions réglementées  induisent des dépenses par nature « non délibérées » des consommateurs ou des entreprises, ce qu’ils appellent des « dépenses plus subies que choisies » : dépenses médicales, juridiques, contrôle des commissaires aux comptes… . Pire, 2 professions sont particulièrement prises pour cibles du fait qu’elles interviennent  souvent en contexte d’urgence ou le consommateur ne peut renoncer à la dépense. Les plombiers, et les serruriers en prennent pour leur grade. Et toc. Pas que des docteurs, des pharmaciens, des notaires !


Des dépenses qualifiées de situations d’obligation de dépenses

 

 

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Une fois que ces conclusions orientées sont établies, on passe bien sur sous silence les autres dépenses contraintes.  


Et on s’engage dans un nouveau raisonnement invalide au sens de la logique. Raisonnement basé sur un concept socialiste, mais pas forcément approprié à la situation exposée : la raison du plus pauvre.  


Soit :

-          En faisant baisser ces dépenses contraintes pour les plus pauvres

-          On augmentera le pouvoir d’achat des plus pauvres pour leur permettre des dépenses choisies  


Omission : on aura paupérisé le pouvoir d’achat de 37 professions dites réglementées.

Omission : que deviendra la qualité du service s’il est moins cher ?  

Et bien d'autres omissions encore...


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4- Quatrième et vraie perversité de ce montage ingénieux : la généralisation, qui va permettre de diviser à l’excès et de refermer le piège.


Les professions dites réglementées sont, on l'a vu ci dessus, un incroyable mélange des genres. Pharmaciens, avocats, notaires, huissiers, vétérinaires, dentistes, médecins spécialistes, kinés,  mais aussi artisans du bâtiment, infirmières, plombiers, serruriers, vitriers, ambulances, auto-écoles… etc


Donc, après avoir regroupé aléatoirement ces professions  sur la caractéristique commune, être réglementées, on admet une relation de causalité entre ces différents métiers, et on va considérer que tous sont concernés au même titre par des mesures de rétorsion .

 

Le piège est subtil.

-        Les professions réglementées sont trop riches

-        Or, beaucoup de riches sont heureux

-   Donc pour être heureux, il faudra que le pauvres récupèrent les richesses des professions réglementées.


Chacune des professions réglementées se voit alors gratifier d’une liste de propositions censées générer une  baisse de  coûts.


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Et Alors, Zorro, n’arrive pas, non. Bien au contraire ! Le piège se referme…

Chacun des professionnels se retrouve pris dans ce piège abscons : il est d’accord sur plein de trucs….  concernant les autres professions. Et bien sur, d’accord sur rien concernant sa profession ! Comment défendre un tel argumentaire ?


Professionnel de la catégorie réglementée, comment réussir à vous faire accorder de l'attention, quand vous irez argumenter pour ta profession, sans vous préoccuper des contraintes infligés aux autres ?


6- Maintenant on a compris : les rédacteurs de ce rapport savaient ou ils voulaient en venir bien avant de faire des sondages bidons pour alimenter leur argumentation. Et ils avaient un objectif, et une ferme intention : celle de baiser un max de gens choisis selon leur idéologie comme étant ceux qui captent les richesses sans légitimité.

 

PS : A noter, un oubli dans la liste des professions réglementées… N’y figurent ni ministres, secrétaires d’états, ni les nombreux  politiques et serviteurs payés par l’état ?

Ne s’agit-il  pourtant pas de  métiers réglementés, censés rendre des services, de  métier auxquels le consommateur ne peut renoncer, des métiers libres d’imposer des tarifs, des prestations, des ordres, des directives que le consommateur doit faire par obligation ? des  métiers soumis à un ordre, celui de la république, censée garantir la probité, la qualité. Et pourtant, des métiers dans lequel on peut favoriser sa famille et ses enfants en les faisant travailler dans son cercle professionnel, en les salariant directement.  Des métiers pour lesquels on est rétribué assez copieusement, d’un salaire complété par des primes d’organisation sur lesquelles on ne demande pas de comptes. Des métiers pour lesquels on touchera une retraite définitive dès lors qu’on les a exercés seulement quelques mois ou années. 

 

 

https://labeilleetlarchitecte.files.wordpress.com/2014/08/rapport-igf.pdf: le rapport intégral

publié par: M.L. - dans colères
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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 22:40

homme heureux

Bloc opératoire. L’image du film est toujours celle de « l’équipe opératoire ».


Le médecin est la personne ressource du bloc. Mais, derrière l’image d’Epinal du bloc opératoire se cache un monde en mouvement perpétuel. Nombre d’acteurs de santé sont présents, sans lesquels le médecin ne serait rien.   Une sorte de spectacle se joue et rejoue inlassablement, un ballet continu, juste ralenti par la nuit. Des acteurs se succèdent dans les rôles à la fois identiques et différents, jonglant entre  les contraintes de l’organisation et les nécessités de l’improvisation. 


Chaque jour le scénario d’un bloc fait intervenir des acteurs permanents, tous les professionnels dédiés au fonctionnement de cette grosse machine, et des figurants que l’on pourrait qualifier d’intermittents de ce spectacle, les patients. Bien qu’ayant un rôle majeur, les patients ne connaissent ni ne maitrisent le scénario. Pourtant, sans eux, rien de tout cela n’existerait… Chaque jour, le ballet des soignants est dédié à une réalisation optimale de scène de prise en charge des patients.  On peut dire que L’hôpital, et en particulier le bloc, est un des seuls lieux ou les figurants jouent un rôle principal.


Pour illustrer, je choisirai forcément ce que je connais le mieux, l’endoscopie.


Les  séances d’endoscopies débutent à 8 heures du matin, et alignent une bonne dizaine de patients, soit  une bonne quinzaine d’examens (fibroscopies de l’estomac et coloscopies), sur la matinée, puis à nouveau sur l’après-midi, dans chacune des 4 salles  de notre grand centre d’endoscopie.

8 heures n’est pas l’heure d’ouverture… loin de là ! Le bloc endoscopie est éveillé depuis un bon moment. Aucun acte opératoire ne peut avoir lieu sans être précédé (puis suivi) de nombreux préalables.

En fait, la journée du lendemain… a commencé la veille.


La veille, aussitôt le dernier patient est sorti de salle, Astrid, l’infirmière instrumentiste,  est intervenue. Elle a regarni tous les tiroirs des chariots d’anesthésie, en matériel et en médicaments, ainsi prêts pour le lendemain matin. Les discrètes femmes de ménage ont accouru (je me demande toujours comment elles sont informées si vite qu’on a fini !). Un nettoyage de salle, ce n’est pas le petit dépoussiérage fatigué que vous faites chez vous. Vidange et échange de tous les flacons, notamment d’aspiration, récurage du sol et de toutes les surfaces horizontales et verticales, vérification de tous les branchements, changement de toutes les poubelles, nettoyage du plan informatique. A chaque fin de programme, le ménage est exhaustif.


Au matin, dès l’aube, bien avant l’arrivée des médecins, premier chapitre du jour, « préparation et mise en état de la salle ».


Caroline, Maria, Coco,  chargées de la désinfection des appareils d’endoscopie sont arrivées à  6h30. Leur boulot commence par un bio nettoyage préalable de tous les  endoscopes. Après une nuit dans une armoire de stockage, les appareils sont considérés comme potentiellement contaminés au plan bactérien.  Tout au long de la journée, ces petites mains souriantes, bavardes et remuantes se chargeront des nombreuses étapes de nettoyage et désinfection/stérilisation de tous les appareils utilisés. Pour chaque acte, doit être  préparé et mis en salle un bac d’eau avec savon désinfectant, ou l’endoscope est rincé, puis brossé juste après l’examen, avant d’aller subir plusieurs étapes de lavage et un passage en machine dans une salle dédiée juste à côté. Chaque geste réalisé par le personnel de lavage est consigné, heure de mise en machine, geste effectué, un document de synthèse est édité automatiquement en fin de lavage et conservé dans le dossier du patient.


Véronique, Emmanuelle, Jean-Pierre, Aurélie, Léocadie, les infirmières(ers),  sont présentes environ 30 minutes avant les médecins. Elles ont procédé à la vérification de leur salle,  particulièrement la disponibilité de tout le petit matériel qui sera utilisé tout au long de la journée. Les pinces à biopsie pour les prélèvements, les anses pour retirer les polypes, les aiguilles pour injecter, les tubulures pour les pompes de lavage. Elles ont préparé les flacons pour aspirer et laver dans les endoscopes, vérifié que ça fonctionnait, et s’il manquait des éléments, les ont cherché dans la réserve. Elles se sont assurées de la présence de flacons en nombre suffisant pour mettre les prélèvements et les adresser au laboratoire. Leur travail, avec l’augmentation de la technicité, n’est pas seulement instrumental. L’ouverture administrative et informatique de la salle est de leur ressort, elles disposent d’un ordinateur spécifique. Toute action y sera tracée, tout au long de la journée, avec les horaires. L’entrée en salle du patient,  chaque acte réalisé, les médecins intervenants, le nombre de prélèvements, tout le matériel utilisé, la sortie de la salle.. Pour finir la préparation de la salle, les infirmières  ont branché les appareils tout juste renettoyés sur les colonnes vidéo. En parallèle, elles ont pris le temps de s’assurer que les brancardiers étaient bien partis chercher les patients dans le secteur d’hospitalisation ambulatoire, de manière à débuter les programmes à l’heure. Elles savent à quel point un programme commencé en retard influence tout le reste de la journée, à courir après le temps, tant les examens sont nombreux, les horaires calculés au plus serré, et les urgences à rajouter nombreuses.


Leur dernière tâche n’est pas des moindres. Il s’agit de s’assurer que le patient entrant en salle est bien le bon patient. Pour ce faire, une check-list de questions est obligatoire à l’entrée de tout patient en salle. Les questions ne doivent pas influencer le patient. On ne lui dira pas : « vous êtes bien Mr ou Mme X ? », mais « comment vous appelez vous ? », « quelle est votre date de naissance ? »

Voila, maintenant, tout est en place au bloc… Les médecins peuvent entrer en scène. Interviennent tout d’abord les médecins anesthésistes, secondés par leurs infirmiers(ières) anesthésistes, puis tous les gastroentérologues du centre d’endoscopie.


Les anesthésistes, au fait… mais, les anesthésistes ne pourraient absolument pas endormir le moindre patient au bloc, si eux aussi n’avaient pas été précédés dans le bloc par les infirmières de la salle de réveil, tôt arrivées. De leur côté, elles ont réanimé la salle de réveil, à l’image de la salle d’endoscopie, afin de recevoir et de réveiller dans les meilleures conditions de sécurité les patients dès leur sortie d’examens. Comme a coutume de dire l’un de mes anesthésistes : je suis un bon anesthésiste pas seulement parce que j’endors bien, mais surtout parce qu’on les réveille bien !


medicament-bateau.jpgEnsuite, et c’est le seul ballet qui se passe ainsi, une fois le décor en place, d’autres acteurs, les malades,  vont s’immiscer dans le scénario ! Les patients sont à la fois acteurs et spectateurs.  Acteurs dans  un rôle improvisé par la circonstance qui les a menés la,  dans un rôle qu’ils ne connaissent pas, redoutent même, et pour autant, toute la scène est concentrée sur eux et autour d’eux. Les soignants, permanents du spectacle doivent en effet tout faire pour faciliter le rôle de chacun de ces figurants du jour que sont les patients.  Et en tant que spectateur, le patient pourra protester s’il est mécontent du scénario de sa prise en charge.


Au centre du système, pris en charge par tous ces médecins et leurs assistants, le patient,  avec ses angoisses, ses questions, sa découverte d’un inconnu qui l’inquiète, n’a pas conscience de l’implacable logique organisationnelle mise en place autour de son seul cas.  Il ne mesure pas combien de métiers et de personnes ont œuvré pour cette logistique, il attend seulement qu’elle réponde à son besoin de prise en charge médicalement correcte, d’attention, d’écoute. 


Chaque jour, pour satisfaire au mieux les besoins des personnes soignées et opérées, ce scenario à la fois identique et différent et sans cesse renouvelé, est aussi en permanente improvisation. Alors, le ballet s’adaptera au mieux de sa flexibilité à chaque patient venant passer son examen. Tous les intervenants ne seront pas forcément concentrés sur le cas du patient, car ils mènent de front de nombreuses tâches. Pourtant, chaque fois, les patients auront l’occasion de croiser un  brancardier aimable et chaleureux, une infirmière qui les salue avec gentillesse dès l’arrivée, une des jeunes femmes du lavage qui glisse un mot gentil en passant, le gastro qui rassure avant l’endoscopie, l’anesthésiste qui détend l’atmosphère avant de piquer un hyper-angoissé. Le rêve serait que les patients se souviennent des côtés positifs de leur prise en charge au bloc, délaissant de leur mémoire les quelques moments d’impatience de certains des acteurs, pressés par le temps, le stress, la charge de travail.


Le bloc opératoire, espace confiné, fermé, au sein duquel le, patient passe un moment plus ou moins long, est une entropie, une sorte de truc incroyable, en bouillonnement permanent, en mutation constante, et pourtant d’une solidité à toute épreuve. Tout au long de chaque journée, dans ce monde en équilibre, des malades se succèdent, bénéficiant sans s’en rendre compte de l’organisation logistique d’un ballet, chaque jour rejoué et réglé par une multitude d’acteurs de santé.  Technicisé, routinisé, et pourtant en pleine humanité, le bloc opératoire travaille avec les médecins, mais ne fonctionnerait point sans les très nombreuses « petites mains » .

 

 

 

PS: les prénoms ont été changés..

publié par: M.L. - dans joies
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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 18:13

Quelle est l’implication des médecins, non pas en tant qu’individus, mais en tant que groupe professionnel,  pour répondre aux attentes prioritaires des patients les consultant ?

Sans aucun sondage, je dirais que les patients attendent :

 

1- d'être traités le mieux possible selon les progrès de la science et de la médecine

2- d'être écoutés avec considération, entendus dans leurs plaintes, et guidés dans leur parcours de soins

 

Ca paraît simple!  Pourquoi autant de difficultés avec ça, voire de polémiques ?

 

1-      Examinons la première attente des patients: « être traités le mieux possible selon les progrès de la science et de la médecine ». Centrons la réflexion sur le seul sujet du médicament.

 

L’idée de base d’un patient est la suivante : Les médecins sont formés aux progrès de la science et de la médecine. Donc, par définition, leurs prescriptions médicamenteuses sont irréprochables !

 

Et, en effet, la formation médicale est centrée sur les indications des traitements. En matière de prescription de médicament, le seul à avoir la science, la connaissance, la compétence pour prescrire est le médecin. Personne d'autre qu'un médecin n'est autorisé à signer une ordonnance.

Si plusieurs parties de l’acte médical peuvent désormais être déléguées (l'administratif, l'information, la reprise d'explications, des reformulations), aucun paramédical ou administratif n’est autorisé à intervenir dans le champ de la prescription médicamenteuse. Seul un médecin est habilité à prescrire

 

Pourtant, cette force théorique, les médecins ne l’exploitent pas…

Une de leurs spécificités est la prescription médicamenteuse, et ils devraient y être irréprochables

Or dans la vraie vie, ce n’est pas démontré.

 

A l'hôpital , l'amélioration des prescriptions hospitalières est obtenue non pas du fait de la prise en main du sujet par les médecins, mais par l'encadrement des pratiques prescriptives, notamment grâce à l'informatisation, et au contrôle pharmaceutique. L'ordonnance de sortie est négligée. Elle omet une partie des médicaments pris avant l'hospitalisation, les noms des traitements d'entrée sont modifiés, les compte rendus d'hospitalisations et les lettres aux médecins traitants oublient la plupart du temps de donner des explications et compréhension sur les changements thérapeutiques.

 

En ville, l'articulation de la pluridisciplinarité est le quotidien des médecins généralistes. On convient que c’est complexe. Pour autant, articuler les différentes pathologies de leurs patients mériterait souvent mieux que d'additionner des molécules, générant des ordonnances longues, trop longues, des interactions négligées, et des indications pas assez remises en cause. De nombreux traitements sont trop prolongés. Les associations médicamenteuses ne sont pas assez prises en compte. L'inspiration de ce post. Un tweet de Docteur V: «  93a Coumadine Advil Inexium et le reste »  Quelles justification à ce genre de mélange si risqué  à un âges si extrême ?

 

Alors qu’ils détiennent un pouvoir phénoménal en étant les seuls détenteurs de la connaissance du médicament, les médecins se mettent en position de  faiblesse… Ils n’ont pas souhaité ou pas su se mobiliser et définir et assurer sous le contrôle de la profession,  la maîtrise et le suivi des critères qualités de leurs prescriptions. Ce sont donc les tutelles qui ont légiféré pour encadrer les prescriptions médicamenteuses.   

Pour les structures hospitalières, depuis 2005, par décret, le « contrat de bon usage du médicament » a fixé pour objectif, d'améliorer le circuit des produits de santé administrés à l’hôpital, -en particulier leurs conditions de prescription et de gestion

Les missions des contrats de bon usage (renouvelés chaque année depuis 2005) sont nombreuses, et imposées aux établissements de santé. Ayant  travaillé sur ce sujet, j’ai pu constater le manque d’implication du corps médical dans le bon usage du médicament à l’hôpital.

Du coup,  contraintes et menaces s’imposent aux médecins, alors qu’ils pourraient le faire de leur plein gré, s’agissant de ce qu’ils savent faire.

 

Pour la ville, l'encadrement des pratiques de prescription médicale est imminent...  ce sera plus voyant qu'en établissement hospitalier, car cela s'adressera directement aux médecins sans passer par les filtres des directions et pharmacies.

Là encore, contraintes et menaces seront au rendez-vous, et une réaction indignée du corps médical est à prévoir.

Et dans certaines situations, s’indigner est un aveu de faiblesse. Tous les médecins savent les imperfections de nombreuses ordonnances. Or elles devraient avoisiner la perfection pour une raison simple : Parce que prescrire des médicaments est une prérogative fondamentale et irremplaçable des médecins, nécessitant 10 années d'étude.  Impossible de retirer  cette compétence au corps médical.

 

Sur le point de la prescription, je pense que le corps médical se met en position de faiblesse, alors qu’il détient une force potentielle. Marquer la vraie spécificité de la profession en faisant son affaire de la qualité des ordonnances, sans laisser la tutelle gérer des obligations et des contrainte eût été bien plus porteur de progrès. 

Si les médecins étaient plus proactifs sur le sujet du médicament, ils trouveraient un bon moyen de rappeler à quel point ils sont irremplaçables, à quel point il serait opportun qu'on les soutienne au lieu de laisser un auditeur extérieur les surveiller, et les sanctionner.

 

2-      Examinons maintenant la seconde demande des patients, « être écoutés avec considération, entendus dans leurs plaintes, et accompagnés dans leurs parcours de soins ».

 

La relation humaine en consultation est une spécificité, et les patients estiment que les médecins devraient y être particulièrement performants.

En réalité, les médecins ont peu de formation psychologique, et leur relation avec les patients est trop souvent parasitée par leurs propres affects. Particulièrement en cas de maladie grave, les médecins sont dans un relationnel « tripal ». Or, justement ce qu'attendent les soignés, ce n’est pas que le médecin y mette son cœur et ses tripes. Ils attendent qu’on tienne compte en priorité de leurs ressentis et de leurs émotions à eux, en tant que malades. 

 

J'incite à aller lire les écrits de Martin Winkler. Même si à mon sens, il cogne indistinctement et trop fort sur les médecins, car il les croit capables de prouesses relationnelles que certains n'ont pas acquises, il a beaucoup raison. Je n'ai pas les compétences pour donner des leçons de relationnel en consultation. Je m’y suis pourtant formée, et ai apprécié d’apprendre des techniques de communication avec les patients. Et puis, surtout, j’ai expérimenté personnellement une annonce épouvantable, et ça marque pour toujours. C’est trop souvent ainsi, allez voir sur les forums de patients… (http://www.forum-thyroide.net/index.html?http://www.forum-thyroide.net/phpBB/login.php?redirect=viewtopic.php&p=304149#304149)

 

La prise en charge des patients, c’est aussi l’aide au parcours de soins. Pourquoi les médecins ne s’emparent t’ils pas du sujet ?. Pourquoi le corps médical rejette t’il en bloc les possibilités qu’on lui offre de définir le dossier médical partagé, de participer à sa construction. De toutes manières il devra le faire in fine, c’est le sens du progrès, des demandes de leurs malades, des tutelles. Là encore, les médecins qui peuvent détenir une force incalculable en maitrisant le sujet se retrouveront accablés, sous la contrainte et les exigences du législateur et le feront de mauvais gré (et mal ?)

 

Sur le  point  du parcours de soins, je pense que les médecins font une seconde erreur. Marquer leur vraie spécificité en s’attachant eux-mêmes à mettre en place un dossier partagé sans hurler sans cesse au loup pour ça,  serait un bon moyen de rappeler à quel point le corps médical est  irremplaçable, à quel point il serait opportun qu'on le soutienne au lieu de laisser un auditeur extérieur les obliger, les surveiller, et les sanctionner.. La proactivité seule permettrait un dialogue constructif autour de la rémunération d’un travail supplémentaire et reconnu. http://farfadoc.wordpress.com/2014/07/17/rustineuse/

 

Reprendre en main son destin : pourquoi être l'objet de tant de critiques et de contrôles ? Démontrer que nous sommes irremplaçables ?


Je suis de plus en persuadée que la solution de sauvetage pour le corps médical consiste à savoir mieux démontrer les points sur lesquels nous sommes « irremplaçables » ( ne suis pas la seule optimiste, cf http://sommatinoroots.blogspot.fr/2014/08/le-pied-dans-louverture-de-la-porte.html)

Nous devrions nous acharner à faire savoir notre savoir-faire…

Pour cela, il faudrait que la profession accepte de s’emparer des sujets qui lui sont spécifiques, afin de les valoriser, tels la prescription, la relation, le dossier partagé.

Si les médecins faisaient leur affaire de la qualité de ces prestations, en décrétant que ce sont des priorités de la profession, en mettant en sourdine leurs lamentations sur toutes les vilenies qu'on leur inflige, non seulement ils pourraient commencer à reprendre en main un destin qui, en l'état actuel, leur échappe, mais ils pourraient aussi expliquer clairement, et plus que probablement avec le soutien des patients, que toutes ces actions…c’est du temps et donc du financement.

publié par: M.L. - dans médecine
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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 21:26

Je supporte de moins en moins les donneurs de leçons.


J’exerce un métier fantastique, et pas donné à tout le monde. Pour y arriver, je me suis beaucoup investie. J’ai bossé  énormément et pas seulement pour les études.  J’ai travaillé  tout le temps. Depuis le début. Sans arrêt. J’ai eu très peu d’interruption, quelques semaines, beaucoup  moins qu’un salarié normal pour chaque enfant. Pareil pour problème de santé. Moins de 10 jours pour une chirurgie de thyroide. Moins de 3 semaines pour un cancer. Aucun jour pour mal au dos. J’ai bossé avec un bras en écharpe, un pouce platré, une attelle de cheville. J’ai bossé de nombreuses nuits, de nombreux week-ends, en plus de la semaine, jamais compensés par des repos compensateurs.


Je supporte de moins en moins les donneurs de leçons.


Maintenant, j’ai plus de  30 ans d’exercice  (Interne à 25 ans). Putain, un professionnel qui a plus de 30 ans de métier, dans tous les autres métiers, il est respecté. Et mieux payé qu’à son début de carrière. Moi, médecin, non. Que j’ai juste vissé ma plaque ou accumulé plus de 30 ans d’expérience, le tarif de ma consultation est le même. En 30 ans, je n’ai aucun bénéfice au titre de l’ancienneté ni à celui de mon investissement.


Je supporte de moins en moins les donneurs de leçons.


Je gagne bien ma vie, au prix d’un travail intense. Et NON , je ne suis pas payée par la sécurité sociale. La sécurité sociale solvabilise les patients, mais c’est un choix de société, ce n’est pas le fait des médecins. L’existence de la sécu ne veut absolument pas dire qu’elle me paye.  L’école est gratuite, on ne répète pas sans arrêt aux enseignants qu’ils sont rémunérés  avec mes impôts. Si la sécu n’existait plus, il y aurait tout autant de malades.   Avant l’existence de la sécu,  les médecins gagnaient mieux leur vie que maintenant.


Je supporte de moins en moins les donneurs de leçons.


J’assure un service public. J’en ai conscience,  et d’ailleurs, cette dernière semaine, étant d’astreinte, j’ai bossé 55 h. J’ai passé la moitié d’une nuit à sauver une vie, et en tant que libérale, sans récupération de repos ensuite. La société change, nous aimons que les magasins ouvrent le dimanche, et c’est ainsi, il doit donc en être de même pour les médecins. Pour autant, cette notion de service public ne peut pas être un fourre-tout qui m’enchaine et m’oblige à accéder à toutes les demandes, voire à toutes les nombreuses exigences des patients. Assurer une mission de service public ne signifie pas que je sois corvéable à merci. Je supporte de moins en moins le harcèlement de patients qui veulent un rendez-vous sur le champ, qui téléphonent ou veulent être reçus  au moindre symptôme.  Je supporte de moins en moins ceux qui veulent qu’on les voie entre 2 et n’acceptent pas que la consultation soit alors plus rapide qu’à l’accoutumée.  Je supporte de moins en moins les rendez-vous non honorés, de plus en plus nombreux. Je supporte de moins en moins ceux qui se pointent avec ½ h de retard pour leur rendez-vous, en exigeant d’être vus quand même. Je supporte de moins en moins que l’on me demande à la fois d’être exemplaire et dans le même temps d’accepter sans broncher toutes les exigences et les incivilités.


Je supporte de moins en moins les donneurs de leçons.


J’aime la médecine.  Une  consultation est une aventure, magique, à chaque patient renouvelée. Une plage de temps préservé ou le patient vient chercher à la fois un diagnostic et un soulagement. Un moment qui lui est consacré exclusivement. Une consultation, intellectuellement, c’est un vrai investissement intellectuel. On ne doit pas se tromper, on doit faire appel à ses connaissances et trouver la bonne piste. En même temps, il est important de se comporter humainement, d’expliquer et d’être en empathie avec chaque consultant. Tout cela dans un temps limité, car d’autres patients attendent et qu’il faut les voir tous.  La consultation, c’est la spécificité du médecin.  La consultation, ce n’est pas seulement faire une ordonnance. C’est un vrai acte intellectuel. C’est pompant.  C’est mon métier. L’acte technique, c’est la même démarche. Il demande une concentration de chaque instant, dans des conditions physiques souvent fatigantes, des heures debout au bloc par exemple.


Je supporte de moins en moins les donneurs de leçons.


Je crois que ce serait mieux de tenir les histoires d’argent à distance des histoires de maladie. Je supporte de moins en moins cette fièvre ambiante, qui tend à affirmer que les médecins sont des vilains détrousseurs de patients, et  profitent d’être payés par la sécu pour prendre des honoraires d’enfer.  Dans la vie, tout à un coût. Je suis d’accord pour que la maladie n’en ait pas ou presque pas, et que ce soit pris en charge par la société. Par contre, l’exigence doit avoir un coût. Le confort doit avoir un coût. Il faut que cesse ce discours de bisounours politique, qui veut laisser croire que toutes les demandes de soins sont légitimes et que tous les refus des médecins sont le signe de leur mauvaiseté. La majorité des personnes que je vois sont en bonne santé, et sont seulement venus se plaindre de maux humains sans gravité. Je ne suis pas le potentat du zéro symptôme à zéro euro. Je ne compterai pas mes efforts et travaillerai pour rien, dès lors qu’il s’agit d’un malade grave, et c’est ainsi que font, je crois, tous les médecins. En revanche, je ne vois pas pourquoi rhume, grippe, ballonnement, médicaments mal pris, douleurs de-ci de-là doivent aussi bénéficier de tout mon temps et de sa gratuité.  A procéder ainsi, on ne fait que m’acculer au mur, et m’épuiser.


Je supporte de moins en moins les donneurs de leçons.


Au début, je remplissais des feuilles de sécu, puis les patients les envoyaient pour obtenir remboursement. La sécu me fournissait gratuitement les feuilles. Après, on m’a demandé puis obligée à passer la carte vitale dans une machine à la place de remplir les feuilles de sécu.  Il a fallu que je m’exécute, mais aussi que je le finance. C’est moi qui fait le travail d’envoi des feuilles de sécu, mais également moi qui le paye. Car l’appareil de carte vitale, sa maintenance ont un coût. La sécu me dédommage symboliquement, d’à peine 20% de ce que cela me coûte. Quand la sécu ne rembourse pas mon patient, on le renvoie automatiquement vers moi.  Pourtant, normalement,  ma compétence s’arrête à l’envoi de la télétransmission. Ou s’arrêtait, car cela va évoluer. Désormais, on a décidé que ma consultation ne s’arrêterait plus à l’envoi de ce fichier. On a décidé, que je devrais, en plus de la consultation, télétransmettre le fichier, puis récupérer moi-même le fruit de mon travail non plus au moment de mon acte, mais au bon vouloir de la caisse de sécurité sociale pour 65% puis d’une des plus de 1000 mutuelles pour les 35% restants.  Je serai donc payée avec retard, à 3, 10, 30 ou 60 jours ?  Et si tout ce dédale de caisse ne fait pas son boulot correctement, je ne serai même pas payée pour le travail que j’ai fait auprès du patient.  Jusqu’à  présent, comme j’étais réglée lors de chaque acte, je n’ai pas connu ce travail d’entreprise consistant à gérer la récupération des honoraires. Cela va totalement changer ma vie, et additionner une nouvelle tâche, et pas des moindres, dans mon temps déjà contraint et très chargé. Mais je suis riche, dit on, alors peu importe ce travail supplémentaire et non rémunéré. 


Je supporte de moins en moins les donneurs de leçons.

 

Dernièrement, on m’allègue que je dois accepter sans broncher encore de nouvelles contraintes. Les voix des patients se mêlent à celles des politiques. Après le coup du tiers payant généralisé, voici le temps des obligations de mise en conformité de cabinet pour l’accès à tous (le mien l’est déjà, je vous rassure).  Une nouvelle fois, les médecins sont sommés de payer une amélioration de qualité demandée par d’autres.  Les patients trouvent normal de ne pas subventionner les médecins à ce titre, et admettent que de telles améliorations obligatoires s’imputent sur leurs revenus.  Imaginez que l’on oblige les salariés à faire ainsi, quel tollé. Si je proteste, les bonnes âmes donneuses de leçon s’indignent, et crient au loup, parce  que "les libéraux demandent des aides de l’état quand il s’agit de payer" …


Je supporte de moins en moins les donneurs de leçons.


Le dernier argument en date, qui prend bien dans les médias, est que je dois me conformer à toutes les exigences à la fois des tutelles et des patients au motif que je fais partie d’une profession réglementée. C’est dans ma nature, j’aime bien savoir de quoi on parle. Alors, je vérifie.  Stupéfaction ! En France, profession libérale règlementée signifie seulement, en tout et pour tout, qu’elle est dotée d’un ordre ou d'une chambre professionnelle et d'un code de déontologie.  Cela n’a aucun autre contour légalement défini. Cet argument fallacieux  utilisé pour justifier des contraintes est donc usurpé.


Je supporte de moins en moins les donneurs de leçons.


Se plaindre est un phénomène sociétal, en tous cas assez typiquement français en ce moment. Mais j’estime que je ne suis pas à plaindre, je ne demande surtout pas que l’on me plaigne.  En revanche, une autre demande courante dans la société, c’est de demander le respect. Et ça, je le dis,  j’aimerais que l’on me respecte. Que l’on arrête de vouloir me donner des leçons de service public et de bonnes pratiques, que cessent de naître chaque jour de nouvelles injonctions auxquelles je dois me conformer sous peine de sanction. Je demande ce respect pas seulement pour moi, mais envers la  profession et les médecins. Je voudrais que l’on accorde un crédit positif aux médecins, que l’on cesse de les accabler, de les dévaloriser, de les rendre responsables des maux des uns et des autres, voire des maux d’une partie de  la société. Le travail médical ne comporte aucun temps de relâche.  Consacrer tout son temps aux autres est fortement consommateur d’énergie.  Il serait bon de nous respecter, et cesser de nous charger la barque de tant d’obligations annexes, et de tâches connexes.  Autour de moi, à mon image, je vois des médecins fatigués.  Fatigués physiquement, de par le nombre d’heures de boulot. Fatigués par l’intensité du travail.  Fatigués moralement, parce que trop de contraintes.  Fatigués parce que trop de demandes, trop d'exigences des patients. Fatigués moralement, parce qu’on leur demande aussi d’assurer et d’assumer des tâches de plus en plus nombreuses, hors de leurs champs de compétences.  Le corps médical ne respire pas la sérénité, comme en attestent ses plaintes et ses luttes. Etre soigné par des médecins fatigués, sous pression, lassés des contraintes extra-médicales, dévalorisés, n’est pas une bonne chose, ni pour les patients, ni pour la santé publique.


Je supporte de moins en moins les donneurs de leçons….  

publié par: M.L.
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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 21:59

J'avais dit que je ne résisterais pas à plagier le Dr Couine et son  BULLSHIT BINGO

et puis le Bingophtalmo de Zigmund

 

voila Les règles

Chaque fois qu’un patient prononce une phrase notée dans une case du bingo, cette case est "gagnée".

Quand 5 cases alignées sont gagnées, levez-vous en criant "BINGO !". Bien sûr, en consultation c’est un peu gênant, et puis, il n’y a rien à gagner, mais vous pouvez le noter dans les commentaires, la plèbe vous félicitera sûrement.

Il y a donc 12 combinaisons gagnantes (5 horisontales, 5 verticales, 5 diagonales)

 

Cas particulier de la gastro, il est tout à fait possible de valider  les 25 cases (hors zémorroides) en une seule consultation. Dans ce cas, prévenez moi, et je vous adresserai un lot. 

 

 

Le GASTRO-BINGO 

Bingo indigeste pour transits difficiles …  

Je suis constipé (e) depuis que j’ai 15 ans

 J’en ai marre

 

C’est pas possible de traiter ma constipation sans médicament ?

 

Qu’est ce que je dois manger ?

 

Qu’est ce que je ne dois pas manger ?

 

J’ai mal au ventre depuis 4, (10, 15)  ans

Tous les 15 jours, j’ai des piques qui durent 5  minutes, c’est quoi ?

 

J’ai mal au ventre quand je suis stressé(e), pourquoi ?

 

Je suis allé(e) aux urgences, mais je ne suis pas guéri(e), j'ai toujours mal au ventre.

 

j’en ai marre, je veux être guéri(e), mais je n’aime pas prendre des médicaments

 

J’ai des gaz

·         qui sortent et     ça me gène

·         qui ne sortent

pas et ça me gène

 

Mes gaz sentent mauvais

 

Je ne mange presque pas  et je mets 2 heures à digérer

 

Après le repas, j’ai l’impression d’être enceinte de 6 mois

 

Ça fait du bruit quand je digère, J’ai des bulles d’air dans le ventre,

Vous pouvez me prendre tout de suite, mon généraliste  a dit de vous voir rapidement

 

Je ne sais pas pourquoi je viens c’est mon docteur qui m’a dit de venir

 

Mon médecin, il a pas tout noté dans son courrier ?

 

- Vous avez déjà été malade ? non. -Vous prenez des médicaments ? oui, contre la tension, le diabète, le cholestérol…

 

J’ai fait une prise de sang, et un scanner, tout était normal. Ah il fallait les apporter ? mais mon docteur, y m’a pas dit .. je peux les rapporter tout à l'heure ?

 

J’aurai ½ heure de retard pour le rendez-vous, je peux venir quand même ?

 

Vous pouvez me prendre entre 2 ?   (pour une consultation de durée normale !)

J’ai horreur d’aller chez le médecin

 

Pour la prise de sang, il faut être à jeun ?

 

Je peux vous régler en chèque ?

 

 

En supplément,

le prurigineux HEMORROIDO-BONGO

Ça me gratte, je pense  que c’est des zémorroides

Ca me fait mal, je pense que c’est  des zémorroides

J’ai des saignements, je pense que c’est des zémorroides

J’ai une boule, je pense que c’est  des zémorroides

 

Toute ma famille a des hémorroides, donc j’ai surement des zémorroides

 

 

publié par: M.L.
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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 22:59

pas-pitie.jpg

N'est-ce pas choquant qu’une carte vitale, par ailleurs si peu informative en matière de santé,  imprime sur certains la marque indélébile d’un  passé révolu. Un passé qu’ils n’ont pas forcément envie  de porter à la connaissance de tout  professionnel de santé rencontré par la suite.


L' étiquetage du passé s'invite dans la consultation au moment du passage de la carte vitale dans la machine.  Ouverture d’un écran :  « CMU --- droits fermés ---- forcer ? »


S’ensuit la  question au patient : tiens, vous avez la CMU ? et la réponse : non, je l’ai eue, mais je ne l’ai plus. Et la remarque, justifiée :  C’est toujours marqué ? s’interroge alors, à juste titre le patient.  


Et oui, cher patient, la CMU du passé est toujours marquée sur votre carte vitale. Même si vous en avez bénéficié au moment d'un passage de vie difficile, même si, depuis, vous êtes devenu ministre, président, ou travailleur normal, vous êtes  à jamais affublé de cette étiquette sociétale. Un jour vous avez été bénéficiaire de la CMU, et manifestement la sécurité sociale souhaite qu’on ne l’oublie jamais. Vous pourrez  mettre à jour aussi souvent que nécessaire votre  carte vitale:  vos  enfants en disparaitront illico dès leur 16 ans et 1 jour, vos  droits de 100% s’effaceront dès franchie la date limite, mais il vous  restera toujours : « CMU--- droits fermés --- forcer ? » .

 

D'ou vient cette grande illogique de laisser figurer cette seule donnée passée sur une carte qui ne comporte par ailleurs aucune information autre que nom, prénom et numéro de sécu ? On imagine de la part de la sécu une sorte de préjugé:   elle penserait, par exemple,  qu’une fois que vous avez  été en CMU,  c’est un peu comme pour la prison… même si vous en sortez, vous avez tant de chances d’y retourner  que mieux vaut ne pas l’effacer ?


Le respect de l'intimitié de la personne est aussi administratif que médical. Au chapitre des petites humiliations répétitives des prises en charge médicales, ce marquage administratif indélébile, à l'instar de la blouse ouverte, ne respecte pas non plus la diginté et la pudeur des patients.     C'est un pur scandale que la seule information pérenne de la carte vitale  soit l’étiquetage discret mais ineffaçable d’une situation passée que le patient n’a pas forcément envie de faire connaitre.« CMU--- droits fermés --- forcer ? »   

Cette stigmatisation administrative mériterait une pétition..

" CMU terminée =   CMU effacée de la carte vitale" .

publié par: M.L. - dans colères
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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 22:05

 

 XiXème siècle : Avant la sécu : les mutuelles existaient déjà.


L'entraide pour les plus pauvres n'a pas attendu la naissance de la sécurité sociale en 1945

Elle existait bien avant.

Et reposait (déjà) sur des … mutuelles.

C'est dans les suites de la révolution française que furent instaurées des «assistances mutuelles» puis des sociétés de secours mutuels, et enfin la mutualité impériale instaurée par Napoléon III vers 1850, et contrôlée par l’administration.

Peu à peu, les mutuelles réussirent à se libérer du contrôle administratif, et fondent les vrais principes du mutualisme dans la charte de la mutualité ( loi du 1er avril 1898) . Les mutuelles peuvent dès lors proposer des prestations à tous, des prestations payantes, bien sur.

 

L'adhésion payante aux mutuelles étant libre, il apparaît vite que les populations les plus concernées par l'aide sociale n'ont pas les moyens de s'assurer. Et donc, très peu de temps après l’officialisation de la mutualité payante, le principe de solidarité fait son apparition, et des dispositifs d'aide sociale sont créés. La loi du 15 juillet 1893 (art. 3) institue une assistance médicale gratuite pour tout français malade et privé de ressources (il reçoit gratuitement de la commune, du département et de l'État l'assistance médicale à domicile, ou s'il y a impossibilité de le soigner utilement à domicile dans un établissement hospitalier). En 1898, une autre loi concernera les victimes d'un accident du travail, puis la loi du 27 juin 1904 crée le service départemental d'aide socialeà l'enfance, tandis que la loi du 14 juillet 1905 crée un dispositif d'assistance aux personnes âgées infirmes et incurables. http://fr.wikipedia.org/wiki/Aide_sociale_en_France


La fin du XIXème siècle avait donc, bien avant la sécu, une vision mutualiste.

 

Début XXè siècle: les assurances complémentaires à but lucratif s'ajoutent aux mutuelles. 

Au début du XXè siècle, seconde étape, l'apparition et le développement des assurances complémentaires . Tout comme les mutuelles, ce sont des organismes de droit privé. La différence entre mutuelles et assurance est significative: Les assurances sont à but lucratif.


Dans les années 30, les salariés sont protégés par l'employeur. Celui-ci est tenu de leur payer une assurance maladie, maternité, invalidité, vieillesse et décès. Problème, ceux qui ne travaillent pas... On commence alors à évoquer l’idée de rendre l'assurance obligatoire, et de donner à l'État le monopole de cette assurance.

 

1945 : L'idéal de la protection sociale pour tous: la création de la sécurité sociale 

Procurer une assurance santé à tous est un idéal qui fera progressivement son chemin dans les esprits.

Le conseil national de la résistance l’intègre à son programme. Il s’agit d’une idée magnifique « un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ».

Dès la fin de la guerre, en 1945, la sécurité sociale est créée, par les ordonnances d’octobre 1945.

 

MAIS : déja des discordances : Ou l'on voit que la sécu a été trustée dès le départ par les mutuelles: 

Dès la création de la sécu, des dissidences sont déjà présentes: certains salariés, déjà protégés par des régimes particuliers, refusent de dépendre de ce nouvel organisme. Une compromis, théoriquement transitoire est choisi. La sécu sera uniquement un régime général pour les salariés de l'industrie et du commerce. A côté de ce régime général, et dès le premier jour, co-existeront les régimes particuliers: mineurs, marins, fonctionnaires, agriculteurs, artisans, commerçants, cadres, puis étudiant. La seule différence: s'assurer est devenu obligatoire, y compris pour ceux relevant d'un régime spécial. On le constate donc: non seulement les mutualités sont restées dans le paysage de la santé, mais elles reçoivent alors officiellement une mission de service public pour gérer et administrer les assurances sociales de tous les régimes spéciaux. Une situation transitoire dont on sait maintenant ce qu'il advint.. elle perdure encore.


L'histoire de la sécu est inséparable de celle de son financement:

Le choix de départ a été de faire de de la Sécu une assurance de type professionnelle, assise sur les revenus du travail (modèle «bismarkien»). Son financement repose donc au départ exclusivement sur un mécanisme d’assurance payé par les actifs.

Les cotisations sont issues de 2 provenances: d’une part les salariés, d’autre part les employeurs.

  • Qui gère l'argent de la sécu
  • non, ce n’est pas l’état qui gère le budget de la sécurité sociale....

  • non, la sécurité sociale n'est pas un service public...

Les cotisations de la Sécurité sociale issues des salaires sont versées à l’URSSAF (union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et allocation familiales). L’URSSAF est un organisme de droit privé. Ensuite, la masse financière est reversée à la «Sécu», puis est gérée paritairement par des «partenaires sociaux», comprenant 2 partenaires: les syndicats de travailleurs et les organisations patronales. Le gouvernement est seulement associé aux discussions et aux concertations.


Ce modèle social fut facile à gérer tant que le pays resta en croissance.

On élargit même l'assiette de la protection sociale, non plus seulement aux salariés, mais à l'ensemble des résidents du territoire français.

Hélas, la crise arriva.

et crise = chômage => baisse des recettes de la sécu

Un jour, il devint impossible de gérer les recettes par une augmentation permanente des prélèvements sociaux.

La baisse des recettes obligea à un changement de paradigme: il fallait commencer à diminuer (ou maitriser) les dépenses.

On a vu que l'état n'avait en fait rien à voir avec la sécu. A partir du moment ou l'équilibre financier se rompait, il fallait oeuvrer pour que l'Etat obtienne un droit de regard sur l'équilibre financier de la Sécurité Sociale Et donc, en 1996, une réforme constitutionnelle accorda au Parlement ce droit de tutelle sur la sécu. On entrait dans l'ère formidable de la maîtrise des dépenses de santé.

La projet de loi de financement (PFLSS) de la sécu confère à l'état des prérogatives sur le budget de la santé:

  • prévoir la perception des recettes,..., mais sans aucun contrôle pour les fixer

  • se prononcer sur les grandes orientations des politiques de santé, et sur leurs modes de financement.

  • fixer par un vote du parlement des objectifs de dépenses... , mais sans aucune possibilité de les limiter.

Ou l'on voit c'est une soit-disant «maitrise des dépenses de santé»! Car en réalité, quelle est la marge de manœuvre de l'Etat dans tout cela. Pas bien large !

 

La maîtrise des dépenses de santé a d'ailleurs vite montré ses limites: des recettes sans cesse en baisse, du fait de l'accroissement du chômage, des dépenses toujours en hausse, et sans réelle possibilité de contrôle.

 

La très fameuse maîtrise des dépenses de santé s'avéra rapidement inopérante.. d'ou l'adjonction d'une diversification des recettes: élargissement de l’assiette des cotisants, avec la création de la CSG et de la CRDS, et  diverses taxes; Mais, dans le même temps ... le nombre de bénéficiaires non cotisants ne cesse d'augmenter. A noter que les exonérations de cotisations devaient en principe être compensées par l’État, mais il n'en a pas les moyens.

Décréter la maîtrise ne suffit pas à la faire devenir réalité ! Diversifier les recettes ne suffisait toujours pas. Les dépenses de santé restaient incontrôlables quoi qu'on fasse. Concernant les dépenses de santé, les économistes sont d'ailleurs formels: aucune solution ne permet de limiter la demande. Les politiques en France ont bien eu l'idée de limiter l'offre de soins en diminuant le nombre de médecins formés. Non seulement cette solution n'a pas marché, mais en plus elle a créé une situation de pénurie médicale.

De recul en recul, la Sécurité sociale en arrive enfin a son actuelle action de sauvetage: faire reculer la part des dépenses de santé qu'elle prend en charge...

C'est la situation actuelle.

La solidarité existe encore, mais se recentre ou tente de le faire, sur les maladies à soins longs et coûteux, sur l'hôpital, sur la prise en charge des plus démunis. Les soins de ville, les soins courants, les honoraires des médecins de ville, les médicaments, les dents, les lunettes, deviennent les parents pauvres de l'assurance maladie.

 

Le discours politique ne peut pas évoquer ouvertement ces recentrages. La mise en accusation des vilains docteurs qui prennent trop cher aux pauvres malades est une option démagogique qui sert de façade aux restructurations. En effet, le recul de la prise en charge maladie par la sécurité sociale est d'autant plus voyant qu'en ville, les honoraires médicaux n'ont pas ou peu été augmentés les 20 dernières années, et que les médecins n'ont réussi à maintenir leur niveau de revenu que grâce un usage extensif du secteur 2, faveur accordée par la sécu, mais prise en charge uniquement par les organismes complémentaires.

La Sécurité Sociale en mode recul, la mutualité en mode avance. ..

 

Le désengagement des dépenses de santé par la sécurité sociale a 2 conséquences

  • la part des dépenses financée par les organismes complémentaires augmente (du coup, leurs tarifs aussi)

  • la part des dépenses à la charge des ménages, le «reste à charge» augmente. Alors, on invoque le secteur 2, et les dépassements d'honoraires. En théorie, la sécu s'en fiche, car elle ne les rembourse pas. En pratique, elle est obligée d'en tenir compte, du fait de la dimension sociale des restes à charge. Car désormais, ce sont les mutuelles qui font pression pour ne plus supporter le financement des honoraires libéraux et notamment de ceux des médecins de secteur 2.

  Le grand retour de la mutualité et des assurances privées.


Et revoila! les mutuelles et les assurances complémentaires retrouvent, quelque 70 ans plus tard, une place de choix dans l'histoire de la protection sociale.

En réalité, l'état est en train de leur transférer une partie des dépenses de santé.

Les mutuelles manifestent un vrai intérêt pour une main-mise sur la santé. Elles en ont l'expérience dans de grands pays.

En France, elles ont commencé à  investir les caisses de la sécu . Ce n'est qu'une première étape d'un engrenage significatif... Un tour de passe-passe, dénommé "Avenant 8" et voici mutuelles et complémentaires qui abondent directement les caisses de la sécu:

 

Précisions sur l'avenant 8: le 25 octobre 2012, un avenant assez controversé (article 7 de l’avenant n°8  à la convention nationale), organisant les rapports entre les médecins libéraux et l’assurance maladie, prévoit de «nouveaux modes de rémunération» des médecins: ceux qui acceptent de s'engager à limiter leurs dépassements d'honoraires recevront une rémunération forfaitaire.

 Pourquoi donc la sécu se mêle t'elle de limiter des dépassements d'honoraires, qui ne sont pas à sa charge?

Sous couvert d'organiser les rapports entre les médecins et l'assurance maladie, l'avenant 8 organise dans le même temps les rapports entre l'assurance maladie et la mutualité.

C'est un savant échange de bons procédés. L'état ne réussit pas à gérer les dépenses de santé. En revanche, il y a une chose qu'il sait très bien faire: exercer des pressions sur les médecins libéraux. Les mutuelles et les assurances ont choisi de déléguer à l'Etat tout le chapitre démagogique... et en échange, elles ont pris en charge le montant de ces dépassements rabaissés, non pas en les remboursant aux patients ou aux médecins, mais en injectant la somme concernée (150 millions d'euros) directement dans les caisses de la sécu.

Jolie acrobatie: venir ouvertement alimenter la sécurité sociale au nom de la diminution du reste à charge des patients!

En pratique, les complémentaires vont bien rembourser les dépassements en question. Mais plus aux patients. Ni directement aux médecins. Et moins que prévu grâce à la pression de l'état. La somme abondée par les mutuelles sera reversée aux médecins sous couvert de la sécu. Très fort ! Un retour en douceur, mais une entrée remarquable de la mutualité et de l'assurance dans le budget de la santé. De quoi ajouter quelques chapitres à ce texte assez rapidement.

http://www.assemblee-nationale.fr/14/projets/pl1412.asp

 

Il ne manquait plus que ... le tiers payant

Comme l'explique fort bien mon collègue Jérome Lehmann,  ici, ne plus faire payer directement les patients permettra de conserver le flou autour de cette question: qui prend en charge les honoraires médicaux. Sous couvert du 1/3 payant, du moment qu'on règle les médecins, quand, petit à petit les mutuelles  prendront le pas sur la sécurité sociale, qui s'en rendra compte ? 

 

Les patients s'en rendront compte... le jour ou ils constateront qu' à leur insu la sécu a disparu dans le chapeau mutualiste, et que les mutuelles, c'est pas gratuit..


Sauvera t'on la sécu ?  

70 ans après sa naissance, la sécurité sociale, est une vieille dame agonisante.

 

Elle a toujours été trop dépensière, n'a pas su capitaliser pour ses vieux jours, n'a pas su se restructurer. D'éminents économistes auscultent ses défaillances financières et proposent des remèdes qui ne rétablissent pas l'organisme. Pendant que les politiques (surtout dans les moments ou ils ne sont pas au pouvoir) et les économistes, réfléchissent à d'improbables solutions, de fins mutualistes s'infiltrent discrètement dans les comptes de la vieille dame. Une fois dans la place, on ne voit pas comment pourrait s'arrêter la spirale de la prise en charge de la santé par les complémentaires...


Exit petit à petit la solidarité sociale. La Sécurité sociale permettait une double solidarité, verticale (entre hauts et bas salaires, les premiers, à taux de cotisation égal, finançant plus du fait de leur plus gros salaire), et horizontale (entre malades et bien-portants). Les complémentaires ne sont pas des organismes solidaires, quoi qu'ils veuillent le faire croire: mutuelles comme assurances donnent beaucoup uniquement à ceux qui payent beaucoup. Et n'offrent pas les mêmes prestations aux malades et aux bien-portants.

 

Il restera éventuellement un petit reste, un petit zeste de sécurité sociale, pour les plus démunis et les plus malades. Mais la vraie solidarité à laquelle aspirait la création de la Sécurité Sociale aura probablement été une histoire brève. Les organismes complémentaires de financement ne se sont jamais éloignés beaucoup, les mutuelles et autres assurances attendent depuis presque 70 ans, et aspirent à reprendre la place qu'elles ont occupé bien avant cette sociale invention.

 

Non, on ne la sauvera pas... la sécu est en soins palliatifs, et en fin de vie...

publié par: M.L.
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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 14:30
publié par: M.L.
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