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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 23:04

 

 

 

 

 

 

 

Famille-3-copie-1

 

 

 

 

Une semaine entière fin janvier.. et à nouveau toute la semaine passée. Et ce n’est pas terminé. Encore en piste jusqu’à demain matin.

 

 

 

 

 

 

L'astreinte... Ils appellent cela les missions de service public… ces missions s’appliquent à beaucoup de médecins. Pas seulement aux généralistes. Pas seulement aux structures publiques. L'astreinte ne se fait pas sur place, différente de la garde. Par contre, elle impose de répondre au téléphone 24 sur 24 et se déplacer dès que l'urgence rend nécessaire l'intervention de la spécialité concernée.

 

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En privé, dès lors que l’on travaille dans une structure dotée d’un service d’urgence, les spécialités d’aval doivent obligatoirement être d’astreinte.  L’astreinte, pourtant,  ne bénéficie d’aucune rémunération pour la plupart d’entre nous, hormis les 3 spécialités cités ci-dessous.

 


En privé, en effet, toutes les spécialités d’aval d’un service d’urgence doivent donc assurer une astreinte. Mais seules 3 d’entre elles sont rémunérées. Les anesthésistes, les chirurgiens viscéraux et les orthopédistes . Tous les autres sont obligatoirement joignables, par conséquent susceptibles d’être dérangés à tout moment, mais ils ne seront rémunérés que s’ils se déplacent pour un acte technique ou une consultation. Une consultation sans dépassement, bien entendu, tout dépassement d’honoraires étant interdit dès lors qu’il s’agit d’une prise en charge en urgence – le patient est supposé ne pas avoir pu faire le choix de son médecin, du fait de l’urgence -. Or une consultation, en urgence,  c’est 23 euros pour un spécialiste. On rechigne à se déplacer pour une consult, vous imaginez bien. Mais ça peut arriver quand même.


Chacun des membres de notre groupe de 12 associés doit être d’astreinte un jour sur 12. Contrainte que nous avons décidé de simplifier en faisant une semaine complète toutes les 12 semaines, soit environ 4 semaines complètes dans l’année. Par semaine complète, s’entend du lundi matin au lundi matin suivant. C’est long, quand on peut être dérangé à tout moment par le téléphone, avec l’obligation de répondre aux appels.


arton1166.jpgLe téléphone aux toilettes, le téléphone dans la salle de bains, le téléphone sur la table de nuit. Tu ne peux faire de projet de sortie, pas aller au ciné, ni au théâtre. Tu sors chez des amis en redoutant d’être dérangé. Astreinte, le mot a une belle signification. Astreinte rime bien avec contrainte ? L’astreinte est une terrible contrainte.  Mission de service public oblige, les médecins doivent être à peu près les seuls travailleurs du territoire à passer des journées et des nuits à moins de 5 mètres de leur portable, susceptible de sonner à tout moment, et ceci sans bénéficier d’aucun dédommagement, ni en rémunération, ni même en temps libéré.


On m’argumentera que je me déplace finalement peu souvent au cours de ces astreintes. Mais je me déplace tout de même, et quand je me déplace pour faire une fibroscopie en urgence, c’est en général en raison d’une hémorragie digestive qui ne peut attendre le lendemain. C’est périlleux, effectué dans des conditions non optimales, avec des gestes techniques complexes. Bilan, 3 heures en moyenne pour un examen. Le temps de rejoindre la clinique, de préparer le matériel et  de le descendre aux urgences ou en réa, de faire l’examen, de laver l’endoscope, faire les compte-rendu, la traçabilité administrative. On ne me consolera pas en me rappelant  que l’acte réalisé dans ces conditions la nuit, le WE, et les jours fériés, est payé 20 euros de plus que l’acte normalement effectué en semaine.


Etre dépendant 24 heures sur 24 de son téléphone est une vraie contrainte. Sous-estimée par ceux qui ne connaissent pas ce genre de fil à la patte. Tenez, vendredi soir. 23 heures… j’étais dans mon bain. Parce que oui, j’ai le droit de faire ce que je veux, malgré tout ! Dégoulinante de mousse, je saisis ce maudit téléphone sur lequel s’affiche joyeusement le nom de la clinique.  Heureusement, il s’agit d’un examen à rajouter pour le lendemain matin. Un petit jeune qui ne peut plus avaler depuis plusieurs jours. Le lendemain, il viendra pour son examen, mais au dernier moment, il va refuser de le faire, parce qu’il veut une anesthésie, et qu’en urgence ce n’est pas possible en raison de contraintes légales. 


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La contrainte, et le cœur qui s’accélère, c’est surtout le WE. Chaque sonnerie déclenche une alerte psychique. Merde, qui est-ce ? ouf, c'est ma mère... pas la clinique ! .


Je ne suis plus si jeune. Je travaille déjà beaucoup la semaine, et la fatigue se fait sentir.  Ces astreintes, du soit disant non travail qui vous contraint pourtant à la vigilance 24h sur 24, je dois les faire, mais ne peux prétendre  me reposer au décours, puisque j’ai travaillé une semaine entière, jour et nuit, sans rémunération supplémentaire .

 

J’en ai marre de ce politiquement correct qui consiste à contraindre ainsi des professionnels, à les faire travailler au nom d’obligations morales, au nom d’un soit disant service public, en fait un service qui arrange le public et les politiques. Ce genre de travail abuse du dévouement  de praticiens dévalorisés que l’on taxe de riches, mais que l’on fait bosser sans vergogne et sans aucune rémunération.  

publié par: M.L. - dans énervements
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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 23:07

La CMU ce n'est pas forcément gratuit, ni synonyme de soins gratuits.

 

Car en réalité, il y a  2 formules de CMU, qui ne concernent pas les mêmes publics.

 

la C.M.U de base correspond à l’assurance maladie pour tous. La formule CMU de base est selon le cas, gratuite ou payante et contrairement à ce que l'on croit généralement, il n'est pas obligatoire d'être nécessiteux pour bénéficier d'une CMU. Il suffit juste de résider en France de manière stable et régulière et de n'avoir pas d'autre formule d'assurance maladie.


En revanche, la version CMU-C , c'est à dire C.M.U complémentaire est une protection supplémentaire accordée gratuitement aux revenus les plus modestes

La CMU-C donne droit à la prise en charge gratuite de la part complémentaire des dépenses de santé (y compris à l’hôpital). Les dépenses de santé sont donc prises en charge à hauteur de 100 % des tarifs de la sécurité sociale avec dispense d’avance des frais.
De plus, la CMU-C inclut des forfaits de prise en charge pour soins dentaires, lunettes, prothèses auditives.  

 

Le tableau suivant explique les principales différences entre la CMU de base et la CMU complémentaire :

CMU de base

CMU complémentaire

Conditions d'affiliation

Résider en France de manière stable et régulière

Ne pas être couvert par un régime obligatoire d'assurance maladie et maternité

Résider en France de manière stable et régulière

Avoir des ressources ne dépassant pas un plafond révisé chaque année  

Coût

Gratuit si revenus inférieurs à un plafond, payant au-delà  

Gratuit

Prestations

Droit aux prestations en nature  

L'assuré a à sa charge : 

·         le ticket modérateur

·         la participation forfaitaire de 1 € sur les actes médicaux

·         le forfait journalier lors d'une hospitalisation

L'assuré ne bénéficie pas du tiers-payant (doit faire l'avance des frais)

Droit à la prise en charge complète des soins (une couverture maladie-maternité complète les remboursements partiels de la sécurité sociale)

L'assuré ne paye pas :   

·         le ticket modérateur

·         la participation forfaitaire de 1 € sur les actes médicaux

·         le forfait journalier hospitalier lors d'une hospitalisation

·         dans la limite de forfaits, les frais pour les soins dentaires, l'orthopédie dento-faciale, les lunettes (verres et monture), les prothèses auditives et autres produits ou appareils médicaux (pansements, cannes, fauteuils roulants, etc.)

L'assuré bénéficie du tiers-payant  

Versement des prestations

Par la caisse primaire d'assurance maladie du lieu de rattachement

·         soit par l'organisme d'assurance maladie

·         soit par un organisme complémentaire inscrit sur une liste agréée.

publié par: M.L. - dans médecine
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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 00:25

equilibre.jpgEtre malade est un sport que l’on peut débuter à tout âge. Contrairement à d’autres pratiques, on peut exceller en maladie y compris  si on ne le débute qu’à un âge avancé. 


Dans tous les cas, quel que soit l’âge d’entrée en maladie, se soigner relève d’un parcours sportif, et qui plus est un sport d’équipe. La première démarche est de trouver un sponsor,  qui acceptera de superviser votre carrière de malade et de la gérer au mieux de vos intérêts.  C’est ce sponsor à tendance généraliste qui décidera de votre carrière, et vous donnera les recommandations pour différents clubs plus spécialisés dans votre domaine.


Chaque club médical que vous serez amené à fréquenter en tant que marathonien ou de coureur d’endurance en maladie sera composé de spécialistes. Tout d’abord, il vous faudra accepter la charte de fonctionnement.  Vous ne pouvez pas adhérer sans un rendez-vous en bonne et due forme. Inutile d’être trop pressé, les délais d’attente sont parfois longs.  Sachez aussi que ce rendez-vous est payant, que vous n’en connaitrez le prix qu’au moment de passer à la caisse. Par contre, si d’autres débours financiers sont prévus par le président du club une fois passée la première rencontre,  pour toute action complémentaire ou chirurgicale que vous effectuerez avec lui, il est tenu de vous prévenir de ce que cela vous coutera.

 

Certains biens portants ont envie de tester avant l'heure un ou plusieurs clubs. Ils intègrent d'emblée l’équipe des hypochondriaques. Et s’ils aiment la pratique du surf, sur le net, c’est dans l’équipe des cyberchondriaques qu’ils seront admis.


Dans la majorité des clubs, on vous demandera de ne pas être un patient passif.  Les responsables de club pensent que vous n’avez pas aucune raison d’oublier de leur apporter les résultats de tous les tournois auxquels ils vous auront demandé de participer. Sous peine de sanction, vous ne devez donc pas oublier de rapporter les résultats des matchs chez le biologiste, le radiologue, les autres présidents de clubs de spécialistes.


Si le spécialiste apprécie votre proactivité pour lui communiquer les résultats de vos tournois, dans pas mal d’autres domaines, il est plutôt enclin à vous inciter de garder silence et tête basse afin de pouvoir faire de vous ce qu’il veut.  Vous aurez donc constamment à gérer les contradictions de votre entraineur spécialiste qui vous souhaite actif mais pas trop. A tout moment, gardez conscience que votre comportement peut le fâcher. Par exemple si vous faites preuve de trop de curiosité, si vous discutez ses avis, si vous prenez d’autres avis, si vous consultez des sites internet.


Tout au début de votre période sportive, il serait bon de tester différents réglages internes vous concernant. Le premier est votre voix, car vous aurez parfois du mal à la faire entendre, et encore plus de difficulté à la faire accepter.  De toutes manières, sachez que, même si vous arrivez à faire entendre votre voix, le responsable du club peut à tout moment

 

  •  Vous couper la parole
  •  Vous dire que vous n’avez rien compris à l’épreuve sportive que vous venez de passer
  •  Vous demander de faire des actions héroïques sans vous expliquer avant de quoi il relève
  •  Vous priver de manger et boire
  • Vous injecter un gaz anesthésique (ils vous aura prévenu), afin d'aller farfouiller dans vos recoins internes et d'enlevez des morceaux de vous que vous ne récupérerez jamais.
  • Vous piquer de tous côtés, voire vous introduire des trucs dans les orifices naturels , en vous prévenant que c’est risqué mais que vous n’avez pas d’autre choix.

 

Votre carrière  dans le sport de malade ne peut être anticipée facilement. Bien que l’on incite les responsables de club de cancérologie, par exemple, à vous donner un document traçant à l’avance votre parcours, sachez que c’est informatif, et que les horaires des rencontres peuvent varier à tout moment.

 

Vos matchs contre la maladie comporteront en permanence des hauts et des bas, des périodes d’attente et des grandes révélations.


Inutile de vous entrainer à être malade souvent,  dans ce sport, on ne s'améliore pas, le club parfait n’existe pas, et le nombre d'aléas ne baisse pas. Même si vous pratiquez beaucoup, vous ne deviendrez jamais un malade parfait, et tous les entraineurs que vous rencontrerez vous ne vous apporteront pas  la totale satisfaction dont vous rêvez.  Ils n’auront de toutes manières, jamais assez de temps pour écouter vos ressentis, refaire toute l’histoire du match avec vous. Ils vous aideront, certes, à panser vos blessures physiques, mais se préoccuperont assez peu de vos blessures à l’âme. C’est surtout le physique qui compte dans tous les clubs de spécialistes, et même chez votre sponsor généraliste. La maladie est un sport qui pourrait vous décevoir en terme d’écoute. Vous aurez constamment l’impression que l’on ne prendra pas assez en compte vos efforts physiques et que l'on n'aura quasiment jamais de considération de votre état mental. Pour autant, bien que vous ressentiez souvent l’envie de quitter le club, la plupart du temps la raison vous dictera de ne pas résilier votre adhésion jusqu’à obtention du résultat escompté.


Le plus important dans le sport de malade reste votre pugnacité : Aucun temps mort n’est permis. En effet, tout temps mort est irréversible, à moins d’avoir la chance unique de tenter ce temps mort pas loin d’un club de réanimation.  A défaut d’être mort, soyez passifs si vous le voulez, ce n’est pas apprécié, mais permis. Et dans tous les cas, prévoyez à terme de sortir du club des malades pour intégrer celui des guéris. C’est autorisé, et même conseillé, et même au plus vite. Tout en ayant conscience qu’en rejoignant le club des biens-portants,  vous intéresserez moins votre sponsor. Finalement, gardez à l’esprit qu’à tout moment, la réintégration dans l’équipe des malades est possible, notamment si vous ne suivez pas les bonnes recommandations de vos coachs médicaux.

publié par: M.L. - dans étonnements
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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 23:48

 

=> ð  1970-1980 : Trop De Médecins

=> ð  Equation : c’est l’offre médicale qui crée la demande 

=> ð  Ne pas tenir compte des pyramides des âges, des  baby-boom de l’après guerre, ne pas imaginer que la population vieillira. Ne surtout pas se dire que ce que l’on décide en 1985 aura des répercussions 15 à 20 ans plus tard (qu’importe, on ne sera plus au affaires)

=> ð  Juste émettre une hypothèse remarquable par sa profondeur : il faut diminuer l’offre médicale pour diminuer la demande de soins.. 

=> ð  En déduire qu’il faut donc réguler de manière drastique le nombre de médecins entrant dans les études médicales, en passant de 8000 à moins de 4000, dans les années 80.

=> ð  Penser pendant 20 ans qu’on avait raison, et que les lanceurs d’alerte sont juste des oiseaux de mauvais augure.  Il n’y a plus d’augmentation du nombre de médecins depuis les années 90..

=> ð  Continuer à éluder les questions  en 2014  en  jonglant  avec les contradictions

o   Pavoiser :  c’est un succès de ne pas avoir augmenté le nombre de médecins

§  Et pleurer sur les déserts médicaux.

o   Oublier de signaler cet évènement  incroyablement imprévu  par tous ces gens accro aux courbes et tables en tout genre:  

§  la population a vieilli et donc  la demande de soins a explosé

o   Omettre les évolutions sociétales :

§ Le patient n’est plus un consultant obéissant venu chercher juste une ordonnance.

§ Le patient du XXIème siècle exige une prise en charge rapide, veut résoudre tous ses problèmes en même temps. Le patient du XXIème siècle a un environnement social dont il faut impérativement tenir compte pour sa prise en charge médicale.   

=> ð  Ne pas admettre que l’hypothèse d’il y a 30 ans ne tient plus debout :

o   L’offre de soins n’a pas augmenté

o   Mais la demande de soins s’est accru, et la notion de « soin » a changé.  D’acte, le soin est devenu parcours de soins, et doit tenir compte de la dimension sociétale.   

=> ð  Négliger les chiffres comme à l’accoutumée :

o    en France, un pédiatre libéral pour 6800 enfants, et en moyenne européenne 1 pédiatre pour 2094 enfants. 

§  Affirmer sans sourciller qu’ils devraient assurer toutes les urgences.

o   Les médecins ont vieilli à la même vitesse que leurs patients.  ¼ d’entre eux est en âge de prendre la retraite dans les 5 prochaines années.  

§  L’offre va donc singulièrement diminuer jusqu’en 2018.

=> ð  Conclure des trucs aberrants

o    Il y a une pénurie de médecins, mais n’empêche, si les patients avaient pu trouver un rendez-vous rapide avec un médecin généraliste ou un pédiatre, ils ne seraient pas allés encombrer les urgences.

o   Continuer inlassablement à ne pas agir sur la demande de soins.  Laisser les médecins tout gérer, les demandes urgentes, la maladie, les polypathologies et le social, sans leur offrir les moyens financiers et logistiques.  Continuer à laisser croire aux patients que l’on peut user et en abuser des soins médicaux pour pas cher, et surtout librement.

=> ð  Imaginer que ce système peut perdurer toujours ainsi ?

o   Matériellement et mathématiquement, il serait irréaliste de penser qu’on ne va pas droit dans le mur en continuant sur la logique actuelle.


o   Je l’ai suggéré dans le post précédent : ce qui est rare est … cher

o   Les médecins deviendront plus rares,  et plus demandés, il devraient donc prendre de la valeur

o   Il est indispensable (et assez urgent) de changer de point de vue sur la manière de considérer les médecins,  et nécessaire de revoir le problème sous un nouvel angle de vision +++ 

publié par: M.L. - dans médecine
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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 23:50

La médecine a mal à la géographie. Désert médical, Zones de non-droit, d’insécurité, jalonnent le paysage.

 

La médecine a mal au recrutement. Désormais, installations et désinstallations font l’objet d’une mobilisation journalistique. Qu'ils évoquent arrivées/départs/départs d’à peine arrivés, on perçoit de la douleur dans la plupart des articles traitant de ces sujets. Séquence pub quand un médecin s’installe, inquiétude rémanente (va-t-il rester),  trémolos quand un autre jette l’éponge ou s’en va discrètement.

 

Les médecins ont beau se sentir mal aimés, ils restent une valeur sure pour l’élu de petite ville. Avoir « son » docteur est un des rares actes politiques objet d’assentiment de la majorité et de l’opposition.

 

Le médecin qui s’installe devient rare et sa pérennité incertaine. Il faut tout d’abord le trouver, mais aussi l'inciter par des mesures appropriées. A tel point que, dans chaque ARS “les référents régionaux à l’installation sont chargés d’aller à la rencontre des futurs et jeunes professionnels et apporter des réponses concrètes aux questions qui leurs sont posées”.

 

J’ai donc décidé de réaliser un tour de presse arrivées/départs. Une abondante littérature relate les arrivées obtenues de haute lutte grâce,  les  batailles héroïques pour trouver la perle rare. Puis rapporte les traumatisants départs. Témoigne enfin du poids des incertitudes de ceux qui rêvent d’un docteur dans leurs villes et leurs villages. Un docteur va-t-il venir ? le docteur va-t-il rester ?

 

 

Rubrique j’hésite :

            « Pourquoi je ne m'installe pas », le témoignage d'une jeune généraliste

Dans le quotidien du médecin, cette jeune généraliste de 30 ans explique son choix de rester remplaçante. Elle n’a pas envie de se sacrifier, veut certes exercer son métier, mais aspire à préserver sa vie de famille et voir grandir ses enfants.

Elle apprécie de continuer à apprendre auprès des plus âgés qu’elle remplace.

Lueur d’espoir, elle ne parle pas de renoncement définitif… dans 5 ans, peut-être, je m’installerai.

 

Rubrique départs :

1.      Le départ le plus spectaculaire, c’est celui de Borée, médecin généraliste en désert du Sud-Ouest, auteur d’un livre sur son épanouissement de MG, qui signe en mai 2013 cet article « Fin de partie ».

 

Borée évoque ses raisons personnelles : « l’isolement,  Les cinémas à 40 minutes, la gare principale à 1h20, les grandes villes à plus de 2 heures de route, le réseau téléphonique mité, la connexion ADSL anémique, le conjoint qui  se tape 2 heures et demie de voiture tous les jours depuis des mois.  

Et son environnement  professionnel isolé et non stimulant:  les confrères du voisinage cordiaux, mais non motivés par la formation, ni par les groupes de paris. L’absence de stagiaires, trop éloigné de la Fac, les étudiants hésitent à faire autant de route, les enseignants du Département de Médecine générale se répartissant volontiers cette main d’œuvre et rechignant visiblement à la partager.  Une patientèle très âgée, polypathologique (30 % de patients en ALD) ,  des actes de plus en plus longs et peu rentables.  

Le bénéfice qui stagne tout en faisant des semaines de 55 heures, l’hésitation à prendre des congés parce que c’est à chaque fois un gros trou dans la caisse, la voiture qui a dépassé les 250 000 km

2.      Les médecins fugitifs, 3 petits tours et puis s’en vont 

Dans nombre de communes, l’élu est prêt à se décarcasser et à faire exploser le porte-monnaie pour avoir un médecin. A Gandelu, dans l’Aisne,  la consoeur venue de Roumanie est restée 6 mois, puis a fait route vers des horizons plus ensoleillé. Vers un village vendéen qui avait déjà vu, lui aussi, s’évaporer son médecin généraliste étranger..

3.      L’investissement dans un médecin étranger, plus risqué que la bourse 

C’est l’histoire de Laignes. 20 000 euros payés à un cabinet de recruteurs pour un couple de médecins roumains, aussi vite reparti qu’arrivés, après avoir fait salle d’attente vide dans les 7 mois suivant leur installation. Et pire, le cabinet de recrutement réclame les sommes restant dues avec intérêts, la bagarre juridique s’éternise autour de plus de 25 000 euros, et .. toujours pas de MG

4.      La tragédie « Burn-Out :« Je jette l'éponge parce que je suis en Burn-out », le cri du cœur d'un médecin manchois -  28/11/2013 quotidien du médecin-   Sujet très médiatique, le médecin qui ne supporte plus le « quotidien usant », les multiples tracasseries administratives, les restrictions de prescriptions, les complications du système de santé, l’exercice médical parasité par toutes ces choses qui il y a dix ans n'existaient pas , les difficultés financières ne permettant pas l’embauche d’une secrétaire, le refus d’ « aligner 50 consultations par jour »

Chaque médecin  se reconnait largement dans ces descriptions apocalyptiques d’une médecine dure à exercer. Les patients versent leur larme en écoutant sur France Bleue le témoignage de ce généraliste qui part, séquence émotion.

5.      La case faits divers et incivilités 

Cet article ne relate pas un départ, mais juste un déménagement vers d’autres lieux moins chauds et plus chaleureux. A Clermont-Ferrand, les  neuf médecins de l’association de médecine d’urgence, découragés, par des incivilités qui perturbaient leur exercice  viennent de déplacer leur maison médicale à l’autre bout de la ville

Petite délinquance au quotidien, menaces verbales, patients embêtés en arrivant et en sortant du cabinet, jets de pierre sur les fenêtres, voiture fracturée sur le parking. Après une explication qui dégénère dans le cabinet avec un patient, l’un des médecins se rend compte qu'il est attendu à la sortie du cabinet, et doit appeler la police à l’aide pour le faire sortir et le raccompagner. Electrochoc qui génère la décision de déménager.

 

Rubrique je m’installe. 

1.      Les proactifs individuels, ils bâtissent la maison médicale… mais après il faut attendre qu’un médecin passe, et rentre dans la cage…

A Rouziers-de-Touraine, en Indre et Loire, petit village de 1 300 habitants c’est un pharmacien qui construit une maison médicale attenante à son officine, puis s'occupe du casting. 3 cabinets sur 6 loués, aucun médecin au départ, mais ça finit par arriver . Petit tour sur les pages jaunes… 2 généralistes sont installés dans la maison médicale.. Soulignons en passant  que cette velléité de construction met en lumière l’intérêt pour une pharmacie de bénéficier d’un médecin juste à côté… 

2.      La mobilisation de tout un village, et ça marche !  : les élus, le conseil général, mais aussi les villageois pour 73 000 euros »,  Domats, une petite commune de l’Yonne de 850 habitants, décide de créer son propre centre de santé municipal. Immédiatement, des candidatures  affluent. Celui-ci accueille déjà deux médecins généralistes salariés à 6000 euros brut mensuel, ainsi qu’une infirmière secrétaire médicale.

 

3.      La mobilisation des élus, et .. ça ne marche pas. SOS : maison médicale flambant neuve cherche MG... A Landudec, en Bretagne, depuis l’ouverture de la maison médicale, aucun médecin n’a souhaité s’y installer.  Le seul praticien du village a passé l’âge de la retraite, réduit son activité, mais il reste et espère. La pub ne marche pas. Il y a deux ans, la commune avait envoyé via le Conseil de l’Ordre du Finistère des brochures à tous les remplaçants de Bretagne. Pour un résultat nul. La solution médecin étranger fait peur, cette Bretagne profonde espère encore voir venir « un bon étudiant de chez nous, qui  pourrait facilement gagner 3 500 à 4 000 euros par mois ». Avis aux intéressés. Ceci dit, question désert, les médecins les plus proches sont à 5 kilomètres et dans un rayon de 10 kilomètres, il y a des médecins. Explication à l’échec ?

 

4.      L’intervention de l’état. 

Victoire vantée sur tous les médias, le premier praticien territorial de médecine générale,  Tiphaine Loiseaux, s'est installé à Aubervilliers. En fait, d’ailleurs, elle était déjà installée, et on est venu lui offrir sur un plateau ce contrat et la médiatisation qui allait avec.

Arme suprême de la politique socialiste, remplisseur de désert (Aubervilliers, pour commencer, banlieue limitrophe de Paris..), le praticien de médecine territoriale vole au secours des villes sous-dotées pour une rémunération garantie de 6 900 euros brut par mois - 3 640 euros net ) pendant deux ans, 35 heures, congé de maladie et  maternité assuré. Le dispositif prévoit que le médecin signataire (jeune médecin généraliste non encore installé ou installé depuis moins d’un an) effectue au moins 165 consultations par mois (38 par semaine) aux tarifs opposables, dans un territoire déficitaire en offre de soins, choisi par son agence régionale de santé (ARS). Le praticien signataire est censé participer à la permanence des soins (PDS), mener des actions de prévention et de dépistage. Le dispositif se veut avantageux en matière de protection sociale. En cas de maladie, le médecin sera indemnisé dès le 8e jour, et durant toute la durée d’un congé maternité.

Le ministère a publié en août 2012 une carte de la répartition régionale de ces premiers   PTMG. 177 postes ont été réservés à l’hexagone (15 en région parisienne, 24 en Rhône-Alpes, 13 en région Centre, 2 seulement en Nord-Pas-de-Calais...), 3 sont destinés à la Corse et 20 à l’Outre-mer.

5.      Le généraliste super heureux qui fait sa pub dans son bouquin, relayé largement par la presse médicale. Que c’est bien d’être généraliste à Paris, faites comme moi !

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6.      Celui qui a enfin trouvé sa voie : un militaire au secours d’un désert 

Après une première carrière de militaire et la retraite a 52 ans qui va avec,  le  Dr Patrick Romary expose sa satisfaction d’avoir vissé sa plaque à Chateauneuf-Val-de-Bargis, petit village de la Nièvre. Ses journées sont chargées, dans une zone qui était déjà un désert médical, il « essaie de travailler de 8h à 21h, plus les matinées du samedi « . Il est content après 6 mois.

 

7.      La chef de clinique qui aurait pu rester à l’hôpital, mais a opté pour la médecine générale en désert médical. Il fallait le faire !

Le Dr Tiphanie Bouchez est l’une des rares chef de clinique en médecine générale. Qui plus est, installée à Roquesteron, dans l’arrière pays Niçois et ses routes montagneuses, avec un pied à la faculté de Nice.  Son poste est financé par le conseil général. Elle jongle entre la fac et le village, passe deux nuits par semaine en dehors de chez elle, exerce en solitaire, et a été reçue comme un miracle par le village. Pas de problème de clientèle, et un médecin qui se perçoit comme un vrai notable et a beaucoup d’ambition pour son village d’adoption. A condition de tenir le coup, car  elle trouve cela fatiguant, et comme tout médecin normal, se tape après les consultations le ménage et la paperasse.

Des chefs de clinique en médecine générale susceptibles d’avoir un exercice similaire, il y en a 74 en France.

8.      L’égaré enfin dans le bon chemin

Un ancien médecin conseil de la sécurité sociale, qui a roulé sa bosse en médecine de campagne puis de ville, le Dr Yves Bigourdan, avant de s’égarer dans le concours de médecin conseil de la sécu . A 57 ans, il revient dans le giron de la « vraie » médecine, dans un « vrai » désert, avec un argument phare : lassitude de son activité sécu à dominante administrative. Carnet de rendez-vous déjà plein 8 jours après son arrivée. On attend un article à 1 an. Quand il aura vraiment pu apprécier ce que signifie « ce sont les patients qui viennent au médecin » et pas les médecins conseils qui lui disent comment faire en pratique.

9.      La brillante étudiante aux ECN qui ne fait pas une spécialité.

Sujet phare de chaque promotion d’ECN, le premier candidat qui choisit médecine générale, alors qu’il aurait pu choisir la spécialité que bon lui semblait,  a droit chaque année aux honneurs de la presse. 2011, la crac, 640ème , Camille M, contre toute attente choisira médecine générale.

Et là, absolument personne ne comprend. Elle s’est trompée ? Voila le génie en question obligé de justifier de cet égarement.  Quoi ! Mais avec ton classement, pourquoi tu ne fais pas cardio, ou je ne sais pas moi…gynéco, chirurgie, neuro ?!"…

10.  Le vieux qui sert encore

On le sort une fois ou 2 dans les médias, à la télé, mais  dans la vraie vie on veut de la médecine de maintenant. Plus de place pour un docteur  Le Menn, qui trimballe encore sa mallette et son stétho à 87 balais bien tassé, en insistant sur les ineffables qualités de la médecine de grand-papa, et en glosant sur ces petits jeunes, dont le mot sacerdoce ne fait pas partie du vocabulaire.

 

Toute cette littérature témoigne d’une évolution sociétale de la médecine. En 2014, plus aucun doute : le médecin se fera rare dans les 10 années à venir...  La diminution du nombre des médecins est en contradiction avec les exigences des patients et des tutelles. Tous veulent bénéficier d’un service médical continu et quasi gratuit. 

Ainsi les médecins constitueraient une profession dont la valeur est reconnue dès lors qu'on en manque ? Ainsi, il faudrait mettre en oeuvre une énergie considérable pour motiver et inciter les médecins à l'installation, mais en revanche, dès lors qu'un médecin a accepté ce challenge, il serait censé accepter d'être à la disposition de tous ceux qui ont besoin de lui ? A la lecture de la presse médicale de 2013-2014, on pressent qu'il va bientôt falloir développer des arguments de fidélisation post-installation. Ah, le vieil adage: ce qui est rare est (théoriquement) cher…

 

 

 

 

PS: merci aux sites EGORA et le QUOTIDIEN DU MEDECIN pour les articles

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2 janvier 2014 4 02 /01 /janvier /2014 16:33

Je vous souhaite une très bonne Année 2014, emplie de bonheurs, d'amitiés, d'amour, de réussites,

et de douceurs chocolatées.

En commençant l'année par une note sucrée, vous pourrez mettre en application ces jours-ci cette sérieuse étude clinique de portée internationale.. sur la durée de vie des boites de chocolat en milieu hospitalier ! 

Meilleurs voeux.

M.L.


Images intégrées 1


Insolite : une étude sur l'espérance de vie des chocolats à l'hôpital

 


  

BMJ  21-28 DECEMBER 2013   VOLUME 347  http://www.bmj.com/highwire/section-pdf/678344/3/1


Le très sérieux British Medical Journal s'est penché sur l'espérance de vie des boites de chocolat en milieu hospitalier et vient de publier une étude inédite sur "le taux de survie des chocolats en milieu hospitalier" ! Une étude d'autant plus d'actualité que lors des fêtes de fin d'année, de nombreux patients remercient les équipes médicales avec des chocolats. 

Partant du principe que les friandises abondent dans les différents services hospitaliers pendant les fêtes de fin d'année et que les boites de chocolat vidées trop rapidement étaient parfois source de conflit au sein des services, des médecins ont voulu mener une étude prospective au sein de trois services hospitaliers de Grande-Bretagne: le service de médecine générale de l'hôpital de Bedford , un service d'hématologie / oncologie de l'hôpital universitaire de Stoke -on-Trent et le service de chirurgie générale de l'hôpital Great Western de Swindon. 

Les chercheurs expliquent très sérieusement : «Nous avons sélectionné pour notre étude une boîte de 350 g de chocolats Quality Street et une boîte de 350 g de chocolats Roses car ce sont deux des plus grandes marques de chocolats disponibles au Royaume-Uni et qu'ils sont souvent offerts aux soignants. A 10 heures du matin, un médecin familier des lieux a posé les deux boites côte-à-côte sur un comptoir proche du service des soins infirmiers et les observateurs ont ensuite enregistré à quelle heure les chocolats ont été pris dans leur boite et mangés, et par qui (par exemple, un médecin ou une infirmière). Ils avaient interdiction d'attirer l'attention de quelque manière que ce soit sur les boites ou de parler de chocolat avec le personnel. Quant aux patients, ils n'avaient pas accès à cette zone.»

Taux de survie d'un chocolat : moins d'une heure !

Au total, au cours des quatre heures de l'étude, 191 chocolats sur les 258 disponibles ont été mangés et les chercheurs ont calculé que la durée médiane de survie d'un chocolat est de 51 minutes. Enfin, «le temps moyen d'ouverture des boites après les avoir posées dans le service est de 12 minutes» ont-ils souligné en insistant sur le fait que les chocolats Quality Street ont survécu plus longtemps à la gourmandise du personnel hospitalier. Ce sont les aides-soignants et les infirmières qui ont été les plus gourmands (avec 28% des chocolats consommés pour chaque groupe). Les médecins sont les 3e plus gros consommateurs avec 15% de chocolats avalés.

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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 00:48

tourbillon.jpg  On ne s’étonne pas assez de ce que l’on a tous les jours entre les mains.


 De petites choses qui font le quotidien. Un nid douillet, un Noël en  famille. Le temps de la santé.  Quand tout va bien, on se dit que cela va toujours être ainsi.  


 Les biens portants ne s’étonnent pas d’avoir la santé..  Tant qu’elle est sans faille, on en profite, sans y penser. Quand c’est moins bien, on prend patience. Mais le jour où elle n’est plus, commence un voyage dans l’inconnu. Une autre dimension de vie. Le chemin qui mène ou non à la guérison est une perpétuelle attente.


 Les médecins, eux aussi, ne s’étonnent pas de ce qu’ils ont tous les jours entre leurs mains. Des  plateaux techniques performants qui accélèrent les diagnostics, des durées d’hospitalisation raccourcies, de nombreuses  contraintes extérieures qui interfèrent, des décors hospitaliers non hospitaliers mais voués à l’efficience.


 Il est loin le temps ou les étudiants apprenaient par cœur « Redécouvrir l’examen clinique, clé du diagnostic  - Olivier Blétry, XII tomes, disponible dans ma bibliothèque ». Nous vivons une époque de survalorisation des soins techniques. Et de quantification et de traçabilité de toutes les tâches médicales. Face à cette technicité, les malades sont dans une forte demande  relationnelle et psychique.  Il  s’indignent souvent d’être bien traités médicalement mais, de leur point de vue,  maltraités psychiquement .


 Une explication à cette incompréhension mutuelle: Le temps médical n’est pas le temps du métabolisme psychique.


 Le malade apprécie certes les apports de la science, de la technique, des progrès médicaux. Il souhaite être guéri le plus efficacement et le plus rapidement possible. Néanmoins, la faiblesse liée à la maladie survalorise la dimension symbolique de son attente, et exacerbe ses demandes psychiques.

 

 Le médecin met en oeuvre sa médecine technicisée pour apporter la réponse la plus rapide et la plus appropriée à la demande de soins. Sans négliger le psychisme de son patient, quoi qu'en affirment certains, il manque de temps pour approfondir cet aspect du problème, et ne comprend pas que ses routines soient perçues comme des agressions.


 On a tous entre les mains le même temps, il  file et s’enfuie à la même vitesse pour tous. Pourtant, la tolérance au temps est différente selon le point vue duquel on se place. Le temps du malade  n’est pas celui du soignant. Du point de vue des médecins, conscients des contraintes, la qualité du soin prime, et le reste est une « option+ », dont on peut se passer. Du point de vue des patients, qualité médicale et qualité de l’environnement de prise en charge doivent constamment être parallèles.  Les prismes de points de vue sur le temps induisent différentes perceptions du même moment, et génèrent de nombreux orages émotionnels.

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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 23:18

"Je consulte parce que j’ai des hémorroïdes"… le classique de la consultation de gastroentérologie… 


Déjà, ce n’est pas parce qu’on a un bouton sur le nez qu’on a un rhume. Alors, de base, ce n’est pas parce que vous avez une douleur située dans le trou de balle que c’est un problème d’hémorroïde.


Au moment de l’examen, la gastroentérologue soupire.  Eh, oui, encore un hémorroïdaire « de papier ».  Hommes, femmes,  des méticuleux du ménage du derrière, qui finissent par venir se frotter au plastique froid de l’anuscope

anuscope.jpg

En rentrant chez elle, la gastroentérologue se dit qu’elle ne peut plus se taire. Car elle connait, elle, le responsable du  feu intérieur qui brûle tant de ses consultants, auxquels sans relâche, elle explique et réexplique qu’il vaut mieux récurer l’évier ou le lavabo que son canal anal si on est fana de propreté.

Alors la gastroentérologue décide d’expliquer sur son blog…  Le PQ, ça ne s’utilise pas comme une brosse à dents…

Brosse-pq.jpg

 


L’explication débute par un schéma du canal anal:


canal_anal.png

Vous voyez des petits points bleus : ce sont les vaisseaux hémorroïdaires. D'ailleurs, des hémorroïdes, tout le monde en a depuis sa naissance. C’est le nom des vaisseaux.  Pourtant, c’est seulement quand les gens s’en plaignent qu’ils disent : j’ai des hémorroïdes.

Les points bleus du bas, ce sont les vaisseaux hémorroïdaires externes,  sous la peau de l’anus.

Ceux qui sont plus haut, ce sont les hémorroïdes internes, à l’intérieur du canal anal, sous la muqueuse.

La ligne dentelée que vous voyez au milieu, c’est la séparation entre la peau extérieure et la muqueuse du canal anal interne.


Il y a un truc de base à savoir, pour la région anale : toute la région anale interne celle qui est autour et au-dessus de la ligne dentelée (qui s’appelle ligne pectinée), est auto-nettoyante.  Nul besoin d’intervention de la main humaine, ni de ses outils de nettoyage.


Pourtant, vous, moi, lui, animés d’un légitime souci de propreté, qu’avez-vous fait au moment d’essuyer. Vous avez poussé, un peu, beaucoup, pour bien nettoyer tout partout, l’extérieur et l’intérieur.


Et vous n’avez pas eu raison…. Parce qu’en poussant au moment de vous essuyer vous avez fait saillir à l'extérieur les vaisseaux internes et la ligne pectinée, des endroits ou la muqueuse est aussi fragile que celle de votre nez. Ensuite, consciencieusement, vous avez frotté avec un papier venu d’on ne sait où. Blanchi avec des produits javellisés, coloré avec de la chimie, rugueux si pas cher. ça vous abime une muqueuse en un rien de temps, une muqueuse toute fine et fragile prévue pour laisser passer les selles, mais pas pour  tolérer des frottements intempestifs de PQ.  Résultat, ça s’érode, ça saigne et ça fait mal.


Ce soir, la gastroentérologue ne veut plus se taire. Elle veut enfin le dire… ne poussez pas en vous essuyant après être allé au cabinet. Si vous voulez récurer  un truc à fond,  il y a mon évier ou le vôtre, mais ayez pitié de votre canal anal. Quand vous vous essuyez, serrez fort les fesses +++ Premièrement, c’est bon pour le muscle anal. Deuxièmement, cela évitera à vos hémorroïdes de gonfler. Troisièmement, cela vous évitera de frotter inutilement une région auto-nettoyante qui ne supportera pas le récurage et qui le fera savoir rapidement, en saignant, en piquant, en chatouillant, en grattant.

 

NB si vous avez plus de 45 ans, du sang dans les selles ou en vous essuyant, vous devez réaliser  une coloscopie, même si vous êtes convaincus d’avoir seulement des hémorroïdes

 

NB 2: le titre que je n'ai pas osé: "La lutte du PQ contre les culs"

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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 22:48

Chère Madame Josée Blanc Lapierre, votre reportage intitulé « Cybercondrie » au JT de France 2 du 13 novembre est navrant. http://www.youtube.com/watch?v=v0Q1AdV7Zzs&feature=youtu.be  Vous avez interrogé Mme Bartes, présidente d’une association de patients reconnue, Vivre sans Thyroïde, en la trompant sur l’objectif de l’interview. Votre reportage était censé « clarifier la notion de recherche d'information santé sur Internet ». Avant de reporter sur ce sujet, Madame, il eut mieux valu mettre au rebut vos idées préconçues. L’authenticité et la spontanéité de ceux que vous avez interrogés, et en particulier de Mme Bartès, vous a permis de les abuser aisément. Vous avez sélectionné dans vos interviews les quelques phrases clés allant dans le sens de vos conceptions, en utilisant à leur insu ceux que vous aviez sollicités, probablement dans l’unique but de faire du tape à l’œil dans un journal de 20 heures.


Qu’apportez-vous au journalisme en le pratiquant de cette manière ?. Le sensationnalisme journalistique ciblé sur le corps médical fait vendre depuis longtemps. Les soit-disants dérives des médecins et autres soignants sont votre pain quotidien. C’est pas glorieux, et ça fragilise la confiance des patients envers leurs soignants. Et voici qu’un autre filon bien polémique s’ouvre à vous, avec des proies faciles et fragiles… les patients. Si vous l’explorez de cette manière, ça promet.


La figure du malade imaginaire n’est pas nouvelle.  Cela vous interpelle que l’hypochondriaque cherche ses informations sur le web. Pourtant, de tout temps, la tendance maladive à chercher des causes à tout symptôme, même anodin, fait partie du faisceau diagnostique de l’hypochondrie. Cela vous parait t’il plus convenable d’avoir les 15 tomes du Larousse Médical comme livre de chevet ? Vous ne l’auriez pas filmé ..  Cybercondrie, ça sonne mieux. Tartiner un reportage de patients trop contents de se livrer à une caméra étant donné que personne ne leur prête autant d’attention, c’est la classe journalistique, ça.  


Les forums de patients apportent des solutions irremplaçables en terme de soutien et d’échange d’expériences. Avez-vous été faire un tour sur Vivre Sans Thyroïde avant de dire que Mme Bartes « se considère » comme une spécialiste des maladies de la thyroïde . En bonne journaliste que vous êtes probablement, vous devriez prendre la peine de vérifier vos informations et d’explorer vos sources. Le forum a pris de longue date l’initiative de s’entourer de médecins. A commencer par ma présence médicale au conseil d’administration, puis un  comité d’experts médicaux et chirurgicaux des maladies thyroïdiennes. Mme Bartes a effectué de nombreuses formations que l’on vous recommande : Education thérapeutique, Relation d’échange avec les patients.. . Elle est invitée en tant qu’intervenante à de nombreux congrès spécialisés, nationaux et internationaux.  


Chère Madame, ouvrir la porte du monde des e-patients, sans connaitre aucun des codes de cette pratique nouvelle et passionnante, c’est aussi critiquable qu’ouvrir un ventre sans avoir appris la chirurgie. Les médias sociaux ne changent pas la relation médecin/malade, ils la font évoluer.  C’est la fin d’une relation à sens unique. L’ouverture des millions de pages accessibles ne rendra pas les gens ni plus anxieux, ni plus malades. Seulement plus informés.  A l’ère du numérique, vous imaginez des médecins hyperconnectés jonglant sur le net avec votre  DMP et toutes les transmissions informatiques, et, face à eux des patients tout juste sortis des pages poussiéreuses du Larousse Médical ou de Maladie Magazine, et n’ayant cherché aucune information sur le Web ?

 

 Quoi que l’on fasse, les idées préconçues anéantissent la réflexion. Donner une image biaisée de la réalité, n’est pas informer mais désinformer. En matière médicale, les préjugés conduisent à de mauvais diagnostics, en matière journalistique à de mauvais reportages dont la seule finalité est le sensationnel. Le vôtre méritera largement le prix Citron du reportage sur la e-santé.

 

 

 

Dominique Dupagne a aussi écrit sur ce même sujet, car c'est lui qui avait été contacté par la journaliste. Merci Dominique!  Médecine 2.0, Journalisme 1.0 http://www.atoute.org/n/forum/showthread.php?t=170997

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 23:35

Hors des sentiers battus des idéologies de gouvernants qui ne cessent de clamer que la médecine est chère et que plus personne ne peut se l’offrir en France, j’ai envie de clamer que oui, mon métier est riche.


Je fais des consultations de riche : dans mon cabinet, tout le monde est traité avec égard. Riche ou pauvre, un peu ou beaucoup malade, aucune consultation ne dure moins de 20 minutes.  Je fais pour tous une médecine riche. Je n’expédie personne, je réponds au téléphone, j’ai une secrétaire ultra-efficace que je paye ultra-cher.  Je fais des dépassements d’honoraires, modérés, et pas pour tous. Ceci dit, j’estime que faire payer moins cher à quelqu’un qui me semble moins riche, c’est en quelque sorte le mépriser. Ma consultation est un service. Mon dépassement de consultation n’excède jamais 20 euros. De ceux qui fument, je n’ai pas pitié. 20 euros, ça leur fera 3 paquets de clope de moins. Pour certains, même des peu fortunés, cette dépense inédite est parfois une sorte d’atout.  D’une part, parce que ce qui coûte un peu plus cher est forcément meilleur, donc cela augmente l’effet positif (placebo ?) de ma consultation. D’autre part, parce qu’ils n’auront pas trop envie de venir souvent étant donné que c’est plus cher, et que finalement, ce tarif plus élevé limite leur envie de consulter de manière trop répétée (effet placebo ?).  Quel que soit le tarif de la consultation, et même pour ceux qui ne payent pas, CMU, prise en charge ALD, etc, le malade de mon cabinet sera vu aussi longuement, écouté, et considéré avec générosité.


Je ne cherche pas à savoir si les malades sont riches : je m’en fous. Je ne fais pas partie de ceux qui ne soignent des patients que s’ils connaissent les coordonnées et taux de prise en charge de leurs mutuelles. Je ne calcule pas mes prix en fonction de ces paramètres. Ce n’est pas de la médecine, mais du business, et ce n’est pas mon genre.


Je cultive la richesse des échanges: j’ai beau être un spécialiste, et pas le médecin traitant, j’essaie dans la mesure du possible d’avoir avec les patients des relations d’échange riches.  Evidemment, si l’on me  consulte ponctuellement pour une thrombose hémorroïdaire à exciser, je ne vais pas en même temps discuter  de leur vie de famille. Mais les spécialistes suivent aussi nombre de patients chroniques, soit pour un temps de vie malade, le cancer du côlon par exemple, soit pour des pathologies  au long cours de type maladies inflammatoires digestives.  En gastro, nous voyons aussi beaucoup de patients atteints de douleurs fonctionnelles, qu’on ne peut pas soigner correctement si les troubles ne sont pas insérés dans leurs parcours de vie, dans leurs soucis personnels et professionnels. Alors, avec tous les patients, j’essaie d’avoir des échanges riches. Je le leur laisse un temps pour parler, d’eux, de leurs douleurs, de leurs émotions. Car, oui, tous les patients sont riches. Et tel riche n’a rien en lui, alors que celui qui parait pauvre est souvent d’une richesse intérieure profonde.  Avoir des échanges positifs rend dans tous les cas la vie plus riche.


J’ai des conditions de travail de riche : au début de mon parcours libéral, j’étais installée dans un cabinet de ville, avec des médecins généralistes, et pas de secrétaire. J’ai appris à taper sur un clavier avec mes 10 doigts pour gagner du temps en faisant les comptes-rendus. J’ai manié le balai après les consultations pour faire le ménage, étant donné l’impossibilité de recruter une personne pour une heure par jour en dehors des heures ouvrables dans un cabinet médical. En endoscopie, on n’avait pas d’aide infirmière professionnalisée. Les médecins se chargeaient eux-mêmes des protocoles de désinfection des appareils d’endoscopie.  Un jour, je suis venue m’installer au sein de Grande Clinique pas loin. Maintenant, j’ai conscience de travailler dans des conditions de richesse que tous les médecins et leurs patients aimeraient connaitre. La clinique gère les locaux et le ménage, j’ai économisé ces préoccupations, je les paye, c’est un échange. Les conditions de travail, de sécurité, de propreté des blocs sont incomparables. La structure m’offre toutes les possibilités d’obtenir des radios, scanners, investigations, au plus vite. Un service d’urgence peut accueillir mes patients 24h sur 24. J’ai le sentiment constant et agréable de la richesse de mes conditions de travail.  Même si pour cela, je paye beaucoup de charges, j’estime que c’est un excellent investissement.


Suis-je riche ? : un médecin n’est pas pauvre. Il gagne bien sa vie. Certains très bien, mais peu font partie du cercle des médecins qui savent « faire » de l’argent. La majorité des médecins gagne très bien sa vie, mais c’est en travaillant beaucoup d’heures et intensément. L’argent rentre dans les caisses à la sueur du front. Une journée entière de consultation sans relâche, avec un patient toutes les 2O minutes, ou une journée d’intervention au bloc, avec la pression, c’est très fatiguant.  Les horaires c’est jamais du 35 heures.  Donc je gagne bien ma vie, et cet argent qui me permet de vivre confortablement, j’ai vraiment l’impression de l’avoir gagné, pas de l’usurper. En tous cas, je m’estime  suffisamment riche pour ne pas penser sans cesse à l’argent, ce qui, à mes yeux, représente la vraie richesse.

 

Toutes ces richesses dans lesquelles je me complais se trouvent dans un registre bien éloigné des agissements politico-mutualistes qui n’ont de cesse de vouloir réglementer mon activité dans sa partie financière. Cette partie financière qui semble être le seul aspect de la médecine. Eh bien, non, l’argent n’est pas l’unique moteur du métier de médecin.


Comme une majorité de mes confrères, j’offre aux patients les meilleures conditions pour les recevoir, je leur consacre du temps, de l’attention, du relationnel, mon assistante les aide pour la partie administrative, je les considère tous avec bienveillance. Il y a de véritables et profondes  richesses dans le métier de médecin, dont le premier luxe est la valorisation de la relation humaine.  

publié par: M.L.
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